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Revue interdisciplinaire d'études hispaniques

| 2016 Partie 1 - Existentialisme littéraire

Rocío Charques Gámez

Existentialisme dans le premier roman de Miguel Delibes : La sombra del ciprés es alargada

Article

Le premier roman de Miguel Delibes, La sombra del ciprés es alargada, s’interroge sur des questions existentialistes. Bien que le roman ne soit pas véritablement une réussite du point de vue esthétique et qu’il ne manifeste pas non d’idées philosophiques très élaborées, il laisse cependant poindre des thématiques qui seront développées dans d’autres ouvrages de l’auteur et est avant tout représentatif du genre du roman existentialiste, pratiqué dans l’Espagne de l’après-guerre. Cet article analyse la présence de ces questions existentialistes et leur traitement dans La sombra del ciprés es alargada.

The first novel by Miguel Delibes, La sombra del ciprés es alargada, focuses on existentialists questions. Although this novel is not an achievement from the artistic point of view and it does not offer a great development of philosophical ideas, it shows subjects that appear in his next works and, above all, is an example of the type of existentialist novel written in Spain in postwar years. This article analyzes the presence and treatment of these issues in La sombra del ciprés es alargada.

La primera novela de Miguel Delibes, La sombra del ciprés es alargada, gira en torno a cuestiones existencialistas. Si bien la novela no supone un gran logro desde el punto de vista artístico ni posee una gran elaboración de ideas filosóficas, deja entrever temáticas sobre las que girarán otras obras del autor y, sobre todo, representa un ejemplo del tipo de novela existencialista que se cultiva en España en los años de posguerra. Analizamos, en nuestro trabajo, la presencia y tratamiento de estas cuestiones existencialistas en La sombra del ciprés es alargada.

Texte intégral

La misión del novelista consiste en descifrar al hombre.
Miguel Delibes,
España 1936-1950:
Muerte y resurrección
de la novela, 2004, p. 130.

  • 1 Cité par Gemma Roberts, Temas existencialistas en la n...

  • 2 Ibid., p. 49-50.

  • 3 Voir César Alonso de los Ríos, Conversaciones con Migu...

  • 4 Eugenio G. de Nora indique que c’est le roman de Delib...

1L’angoisse de la mort est le thème fondamental du premier roman de Miguel Delibes, La sombra del ciprés es alargada. Bien que Delibes ne se soit pas servi des théories philosophiques existentialistes au moment de l’écriture de son histoire, son approche du conflit de l’individu face à la mort confirme son intérêt pour une thématique tout à fait existentielle. Gonzalo Sobejano parle à propos de ce type de roman espagnol de l’après-guerre d’un « realismo existencial », où les auteurs examinent les conflits de l’individu en recréant des situations pour les analyser1. Parmi les caractéristiques de ce roman citées par Sobejano, nous retiendrons, par rapport au livre de Delibes, la présence puissante de l’environnement ainsi que l’importance des aspects éthiques sur la problématique métaphysique2. Le traitement de l’angoisse existentielle face à la mort dans La sombra del ciprés es alargada constitue l’axe central de notre article, où nous nous proposons de l’analyser en prenant appui sur une lecture linéaire du texte. Dans un premier temps, nous présenterons un tableau général faisant remonter la genèse du roman à sa source autobiographique. En effet, ce premier roman, La sombra del ciprés es alargada, qui, pour mémoire, remporta le prix Nadal en 1947, naquit d’une nécessité vitale, et plus exactement de la nécessité de Delibes de se libérer d’une obsession infantile : la mort. Sa présence accompagne l’élaboration de l’œuvre de bout en bout, ce dont témoigne l’auteur : « La muerte es una constante en mi obra. Yo diría más. Diría que es una obsesión »3. Cette obsession était apparue chez lui dès l’enfance, lorsqu’il imaginait la façon dont on descendrait son père défunt par les escaliers de leur maison. Le protagoniste Pedro est un alter ego de l’auteur et, comme l’enfant Delibes, il est très tôt préoccupé par des idées transcendantales. L’auteur évoque également cette nécessité qui le poussa à prendre la plume à 27 ans, alors qu’il collaborait à El Norte de Castilla, pour se présenter au Prix Nadal. Seule son épouse et ses parents étaient dans la confidence. L’événement fit grand bruit dans les coulisses du journal quand le jeune Delibes annonça qu’il avait remporté ce prix prestigieux. Cela n’empêcha pas les critiques de pleuvoir contre cet auteur fraîchement débarqué dans le monde des Lettres. Il dit les comprendre et même, dans certains cas, les partager4. On reprocha notamment à La sombra del ciprés sa construction un peu décousue, visible dans la seconde partie du roman où se succèdent de façon désordonnée des atmosphères hétéroclites. Dans cette perspective, Sanz Villanueva conclut :

En esta primera parte de La sombra del ciprés es alargada hallamos una historia de acentos personales y casi novedosos en el panorama de la narrativa española de fines de los cuarenta. La segunda, en cambio, no alcanza la personalidad de la anterior y coincide con el tono existencialista, barnizado de tremendismo, bastante común en la prosa novelesca de entonces, en el caso del vallisoletano pasado por el tamiz de una concepción cristiana de la vida que insiste en proclamar la fe de Pedro.

2Si le roman présente un certain nombre de défauts signalés par la critique et admis par le jeune écrivain, La sombra del ciprés nous intéresse néanmoins par sa thématique.

3Cette contextualisation succincte étant posée, nous commencerons l’analyse du roman en effectuant, comme nous le signalions plus haut, une lecture linéaire de l’œuvre. Ce parcours sera l’occasion de s’arrêter sur les aspects qui paraissent fondamentaux pour aborder la thématique existentialiste telle qu’elle se manifeste dans La sombra del ciprés es alargada. Ce thème apparaît d’abord dans des énoncés épigraphiques, à deux reprises. Le premier sert d’incipit, il s’agit d’un fragment de Hoguera viva, recueil de poèmes (1941) de Manuel Alonso Alcalde, collaborateur à El Norte de Castilla pendant plus de quarante ans :

¿Por qué esta ansia, este amor,
estos supremos anhelos en el hombre?
¿Por qué existe un destino de amar,
bárbaro y triste, en la ruina de carne
que movemos?

4Ces vers font signe vers ce grand moteur qui met le monde en branle et auquel ne pouvons échapper : l’amour, destin barbare et triste auquel nous ne saurions nous soustraire.

  • 5 Muñoz Quirós analyse l’importance de l’apparition d’Av...

5La seconde citation de l’auteur de Valladolid appartient à un proverbe arabe et est incluse au début du premier chapitre du livre premier. Cette citation annonce le chemin de souffrance que doit parcourir le protagoniste sur fond d’amitié perdue : « Un amigo hace sufrir tanto como un enemigo ». La souffrance, l’amour, les aspirations suprêmes, l’amitié… tel est le premier faisceau thématique qui délimite un espace aux résonances existentialistes. Mais il est un second espace, géographique et intime à la fois, qui se superpose à celui que nous venons d’évoquer, qui le prolonge en quelque sorte. Nous nous référons à l’importance qu’acquiert la ville d’Avila dans le roman de Delibes. Avila, ville provinciale dont le protagoniste est issu, et qu’il a dans la peau, ou plutôt dans l’âme. Il y a symbiose entre les deux5. Ou, comme le signale encore Sanz Villanueva :

  • 6 Santos Sanz Villanueva, « Prólogo » a Miguel Delibes, ...

El gran acierto de la obra se localiza fuera de este ámbito de la psicología. Consiste, ante todo, en el hallazgo de un espacio narrativo cerrado que se ciñe con justeza a la acción […] la criba de detalles concretos de la capital […] logra, sobre todo, un ambiente que sintoniza a la perfección con el estado emocional del muchacho.6

  • 7 Marisa Sotelo remarque comment Delibes se dédouble dan...

6On pourrait parler d’une forme de déterminisme puisque le personnage principal, Pedro, alter ego de Delibes7, confesse qu’Avila a participé à la formation de son caractère. On repère ici une communion entre l’esprit du personnage et le lieu où il habite ; comme, de fait, cela était arrivé à Miguel Delibes, qui aimait à répéter qu’il était comme les arbres qui grandissent et meurent là où on les a plantés. Cette idée trouvera ses formulations les plus abouties dans le roman lui-même. Le déterminisme du milieu est souligné dès les premières lignes de l’œuvre :

  • 8 Miguel Delibes, La sombra del ciprés es alargada, Barc...

Yo nací en Ávila, la vieja ciudad de las murallas, y creo que el silencio y el recogimiento casi místico de esta ciudad se me metieron en el alma nada más nacer. No dudo de que, aparte de otras varias circunstancias, fue el clima pausado y retraído de esta ciudad el que determinó, en gran parte, la formación de mi carácter.8

  • 9 César Alonso de los Ríos, Conversaciones con Miguel De...

7Miguel Delibes, dans ses conversations avec César Alonso (1971), signale comment le choix de cette ville est motivé par la possibilité de tisser un lien étroit entre une ville et un homme, entre Avila et Pedro, entre la ville et l’idée de la mort : « Desde el primer momento, Ávila se me representó como lugar ideal para ambientarla, porque el frío mineral que la envuelve y el frío físico de la nieve se adecúan a la perfección con la idea de la muerte »9. Toute la première partie du roman se déroule dans cette ville de province, où retournera finalement le protagoniste.

8Un résumé de l’action principale laisse encore mieux apparaître les différentes idées métaphysiques qui se font jour au fil de l’ouvrage. L’oncle de Pedro confie l’éducation de son neveu orphelin au précepteur Mateo Lesmes, en échange d’une pension mensuelle. Peu après, Pedro est rejoint par Alfredo, du même âge que lui, avec lequel il noue une grande amitié, que le décès de l’enfant fait ensuite avorter. À la faveur d’une conversation avec les enfants, au mirador des Cuatro Postes, le tuteur est à l’origine des premières méditations du personnage principal. C’est à compter de ce moment-là que le caractère introspectif du garçon est mis en exergue, lui qui commence déjà à se poser des questions existentielles. La leçon du tuteur peut être résumée en une formule : le détachement envers tout et envers tous. Il prône dans son discours la non-ambition afin d’éviter la souffrance consécutive à la perte irrémédiable, tant des choses que des personnes. Ensuite, Pedro réfléchit à ces idées qu’il fait siennes. Ces croyances constituent le fond de sa doctrine existentielle et, par voie de conséquence, elles font de lui un être asocial et tourmenté.

9L’atmosphère de la maison de Lesmes va déterminer le caractère passéiste et triste du personnage principal. De fait, le silence règne entre les quatre murs. Apparemment, la personnalité de l’enseignant s’impose sur celles des autres occupants des lieux, et d’abord sur son épouse. Du moins Pedro le perçoit-il ainsi lorsqu’il commence à vivre en leur compagnie (« Doña Gregoria, como un eco sincero y fiel de su marido, era también una mujer tristona. Lo que no sé es si lo era de natural o por reflejo », p. 26), bien qu’il hasarde ensuite qu’une même inclination à la tristesse les aurait peut-être réunis : « Podría ocurrir que tanto don Mateo como su mujer lo fuesen por naturaleza, y precisamente ello hubiese constituido el punto de atracción que acabara por llevarlos al altar » (ibid.). Il conclut finalement que le mari aurait transmis son caractère à son épouse : « Tampoco era difícil que el pesimismo innato en alguno de ellos se hubiese transferido a su consorte en virtud de la todavía no expuesta teoría de los “caracteres comunicantes” » (ibid.). Bien qu’ils semblent partager le même caractère, Pedro constate qu’ils correspondent à deux types de personnes différentes, puisque, en accord avec la théorie des similitudes entre les arbres et les hommes qu’il développe tout au long du roman, Lesmes appartiendrait, tout comme lui, au genre d’homme introspectif et tourmenté (qu’il compare au cyprès), tandis que Gregoria ferait partie des équilibrés et des vitalistes (qui seraient semblables aux pins).

10D’autre part, il y a la fille du couple, Martina, qui est bien plus jeune que lui, raison pour laquelle il ne trouve pas d’affinité avec elle. De fait, la tristesse et l’isolement semblent irrémédiables, jusqu’au jour où apparaît Alfredo qui, à l’inverse de Pedro, n’est pas déterminé par la lourdeur de cette atmosphère. Son arrivée fait naître en Pedro un espoir, car il pourrait enfin trouver quelqu’un avec qui partager quelque chose dans « aquella existencia monótona y fría » (p. 26). Il y a là un premier indice d’optimisme, de joie, dans l’âme du petit. Mais cette joie, comme toute joie, est passagère. La réalité est que tout a une fin, que nous le voulions ou non.

11De ce point de vue, La sombra del ciprés es alargada fonctionne comme un roman d’apprentissage dans lequel on nous fait voir le chemin que Pedro parcourt depuis les débuts de son éducation jusqu’au moment où il décide de s’en aller pour finalement retourner dans sa ville natale. Les mois passent, et Pedro est toujours obsédé par le passage du temps et par la fugacité des choses. Par exemple, à la fin des vacances, il observe que toutes les bonnes choses ont une fin, que la vie est une succession de moments que nous ne pouvons pas arrêter. C’est à la fin des vacances qu’il s’en rend compte : « Transcurridas ya [las vacaciones], empecé a darme cuenta de que nada hay largo en la vida por muy largo que quiera ser » (p. 55). Par conséquent, nous découvrons la prédisposition du garçon à faire siennes les pensées de son tuteur qui, peu de temps après, expose ses idées transcendantales devant les garçons. Si nous poursuivons la lecture du roman, nous observons que les idées sur la fugacité de la vie sont exposées un peu plus tard. Une année s’est écoulée depuis que son oncle l’a laissé avec Mateo et sa famille, et l’enfant fait un bilan de cette période. Le passage du temps, qui a si peu d’influence sur la plupart des enfants, est un sujet sur lequel Pedro médite. Un autre extrait qui souligne le caractère du garçon est le suivant :

Había pasado un año de mi existencia desde el día que mi tío me llevara a casa de don Mateo a bordo de una carretela descubierta. De entonces acá me quedaba la huella de unos cuantos días, muy pocos, que destacaban sobre la uniformidad de los demás con características peculiares. Opiné, para mis adentros, que si la vida normal se componía de otras sesenta unidades como ésta, tenían mucha razón los que afirmaban que la existencia era un soplo, el transcurso fugaz de un instante, una realidad que sólo daba tiempo para meditar que, aun pareciéndonos mentira, ya habíamos vivido la vida que nos correspondía. (ibid.)

  • 10 « Se trata de una obra mediocre, de un libro balbucie...

12Un des moments les plus importants dans la biographie du protagoniste est, comme nous l’avons déjà évoqué, celui où Lesmes expose ses idées sur la vie pendant une promenade jusqu’au mirador des Cuatro Postes. La date choisie, le jour de la Toussaint, est sans doute tout aussi symbolique. Dans son discours sur le bonheur, Lesmes raconte comment il faut apprendre à se contenter de peu pour l’atteindre. La non-ambition en constitue la pierre angulaire et s’accompagne de plusieurs exemples concrets retenus pour leur valeur édifiante. Mais l’exemple le plus frappant dont est assortie cette théorie est tout droit tiré de l’accident dont est victime la petite chienne de la famille, qui perd une de ses pates après un accident au moment où les enfants se disposaient à retourner à la maison. Dès lors, le garçon formule le raisonnement suivant : si le chien n’avait pas eu quatre pattes, il n’aurait pas senti la perte de la quatrième. Il ne faut posséder aucune chose pour ne pas avoir à supporter leur perte. En termes de vraisemblance, on pourrait se demander s’il était opportun d’utiliser des exemples si évidents, dont les ficelles sont un peu grosses, et de les expliciter quand même. Cependant, il convient de souligner qu’après avoir écrit le roman, Delibes évoque lui-même ces maladresses présentes dans ses premières œuvres et il en fait amende honorable10. Retournons à notre récit. Pedro observe une relation de cause à effet entre les paroles de Lesmes et l’accident auquel il a assisté. Mais par la suite il débouche sur la conclusion qu’il ne s’agit pas d’une relation accidentelle, mais d’une intervention proprement divine : « Adivinaba, detrás de todo ello, la mano de Dios mostrándome por señas lo que la vida era y lo que de ella cabía esperar » (p. 62). C’est à ce moment-là que Pedro signale qu’une nouvelle étape de sa vie est en train de s’ouvrir et que l’enfant se tient en retrait pour laisser place à l’homme : « Presentí que comenzaba a hacerme hombre por dentro […] » (íbid.). Ses pensées prennent un tour obsessionnel et débouchent sur une solution pour trouver le bonheur. En effet, puisque le garçon se sent incapable de cultiver la capacité du prendre et du laisser sans ressentir de la souffrance, il adopte la voie négative du renoncement comme étant la seule envisageable :

Pensé en la fuerza lógica de las aseveraciones del señor Lesmes. La felicidad o la desdicha era una simple cuestión de elasticidad de nuestra facultad de desasimiento, La vida transcurría en un equilibrio constante entre el toma y el deja. Y lo difícil no era tomar, sino dejar, desasirnos de las cosas que merecen nuestro aprecio. Aquí estribaban las posibilidades de felicidad de cada humano: en que su facultad de desasimiento fuese más o menos elástica, en que el hombre estuviese más o menos aferrado a las cosas materiales. Por ello tal vez el secreto básico estuviese en el hecho de no tomar nunca para no tener que dejar nada. Era un remedio negativo, de renunciación, pero, con certeza, el adecuado a mi calidad humana, desprovista de reservas y de capacidad de sacrificio. Lo cuestionable consistía en saber si el hombre tiene una probabilidad de subsistir sin aprehender nada, desasido de todo, desconectado de los seres y las cosas que le rodean; si el individuo es capaz de desarrollar su individualidad propia y primitiva sin necesidad de echar mano de otros recursos extraños a sí. (p. 63)

13Par contre, cette solution ne s’avère pas non plus satisfaisante car l’isolement absolu est impossible, ce qui l’engage sur une voie sans issue. Le protagoniste se définit, à ce moment, comme un être hyperesthésique et il mesure toute la différence qui le sépare des autres :

El hombre absolutamente aislado era inconcebible. En ese equilibrio entre el toma y el deja, no era solución posible el no tomar nada para no tener que dejar nada. La encrucijada del desasimiento, en más o en menos, había de llegar forzosamente para todos. (p. 64)

  • 11 Stephen Hart explique comment les images du roman son...

  • 12 La novela existencial española de posguerra, Madrid :...

14Une autre image11 qui sert d’exemple à la théorie exposée apparaît un peu plus loin dans le roman, lorsque Pedro imagine un homme marchant sur un chemin et cueillant différentes fleurs sur son passage. Chacune de ces fleurs a un nom : amour, fils, augmentation de catégorie professionnelle et de salaire, santé. L’homme continue son chemin et perd chacune de ces fleurs sur son parcours vital. La simplicité et l’évidence de l’image s’avèrent encore une fois critiquables, mais, comme Oscar Barrero le signale, c’est là une des caractéristiques générales du roman existentiel espagnol : l’explication des symboles est due au lien des romanciers avec la littérature réaliste espagnole d’après-guerre12.

15Un autre événement marquant son séjour chez Lesmes est la visite d’un couple, les parents de Gregoria. La narration des aventures vécues par Felipe, le mari – il est marin –, surprend les enfants et les enthousiasme, à tel point Pedro décidera, à la fin de ses études, de choisir cette même profession.

16Par ailleurs, la visite au cimetière apporte une explication au titre du roman, La sombra del ciprés es alargada : Pedro compare les personnes avec les cyprès et les pins qu’il y observe, et Alfredo ne peut pas dissimuler son aversion envers les premiers en signalant l’ombre d’un cyprès se projetant au sol sur un enfant, Manolito García. Cette visite se termine sur la vision d’un cortège funèbre dans lequel un jeune pleure la perte de sa compagne. Dès lors, Pedro décide de rester célibataire. Cette vision suppose un autre exemple pratique de la théorie exposée par l’enseignant qui se transforme ainsi en prémonition, puisque Pedro occupera la place du jeune veuf quand mourra son ami.

17La succession des saisons accentuent le caractère introspectif et pessimiste du protagoniste qui ne se reconnaît pas comme un homme normal :

Pero yo – empezaba a empaparme de ello – no era un ser normal. No. No era como los demás que me rodeaban. Profundizaba más sobre las cosas y me martirizaba con posibles cosas venideras, frecuentemente sin razón alguna. (p. 91)

  • 13 « Siempre giraban mis torturas en derredor del viudo,...

18Le caractère pessimiste et obsessionnel de Pedro augmente quand Alfredo tombe malade suite à une promenade nocturne qu’ils font en plein hiver. La maladie de l’ami augmente chez le protagoniste ses cauchemars et, finalement, vient confirmer sa théorie de la vie comme perte quand l’ami meurt13. À partir de ce moment, la mort vient s’installer dans sa pensée d’une manière constante. Le premier livre se referme au moment où Pedro part d’Avila pour entreprendre ses études de marin marchand. La décision de se consacrer à ce métier vient, comme nous le signalions déjà, de la visite de Felipe. La vie religieuse avait été une autre des options envisagées, mais l’idée de devoir se consacrer aux autres contrariait ses plans. Par contre, la vie de marin lui permettait de continuer en contact avec la société sans devoir nouer des liens profonds avec qui que ce soit.

19Quant au second livre, il faut signaler qu’il s’ouvre avec cette citation de la Genèse : « No es bueno que el hombre esté solo ». Cette citation peut s’interpréter comme un résumé de cette partie parce que le protagoniste tombera amoureux et négligera son dogme. Après ses études à l’École Nautique de Barcelone, Pedro embarque sur le San Fulgencio, où il vit ses premières expériences de guerre. Contrairement à ce qui arrive dans sa vie intime, Pedro parvient à évoluer et à grandir dans la sphère professionnelle. De fait, il finit par occuper le poste de capitaine sur l’Anthracite. En revanche, il continue à chercher une vie intérieure, concentrée et isolée, à l’écart de tout stimulus externe. A ce moment-là, il pense avoir atteint son objectif consistant à « vivir autónomamente, sin conexiones cordiales, sin afectos… » (p. 163). « Prefería vivir a obscuras, ignorando, que palpar una felicidad que a la larga se muda y se trastrueca » (p. 164), affirme-t-il.

20Trois nouveaux personnages sont remarquables dans ce livre dans la mesure où ils arrivent à mettre fin à l’isolement de Pedro : Julián Royo, un caricaturiste ; le pilote, Luis Bolea ; et Jane. D’abord, la rencontre dans un café de Málaga avec Julián Royo est digne d’intérêt car la caricature qu’il fait de Pedro souligne certaines de ses caractéristiques extérieures et en suggère d’autres, plus intimes. Par ailleurs, un autre objet métaphorise alors l’état d’esprit du protagoniste : il s’agit de la corvette mise en bouteille que lui donne le fils de son armateur. Cette double image du protagoniste – la caricature et la corvette dans sa bouteille – le conduisent à se représenter lui-même comme un « individuo deforme, viscoso y complacido » (p. 164). Ainsi commente-t-il :

Veía en los rasgos de Julián Royo una interpretación elemental pero sincera de mi propia deformidad; en la obra del hijo de mi antiguo naviero una realidad evidente, cuyo origen y proceso desconocía, pero que simbolizaba, con un verismo meticuloso, mi excéntrica idiosincrasia. (p. 164)

  • 14 Il convient de signaler ici que Miguel Delibes ne cro...

21D’autre part, et bien que Pedro se montre réfractaire à toute forme de relation avec autrui, son amitié avec Luis Bolea se resserre. Il l’accepte finalement, considérant que cette relation prendra fin au fil du temps. En réalité, le pilote est à l’opposé de Pedro, puisqu’il représente la joie de vivre, l’exubérance vitale, et il joue un rôle semblable à celui d’Alfredo dans le premier livre, dans la mesure où sa présence lui permet de sortir du cercle vicieux dans lequel il s’est enfermé. À un moment de l’histoire, le protagoniste tombe malade, à cause de ses obsessions psychologiques. Bolea décide alors de l’amener chez lui, dans sa maison de campagne, et il essaye de faire renaître en lui le désir de vivre. Le temps passé dans la propriété lui permet de se stabiliser et de conforter son idée sur la relation entre les arbres et les hommes, et plus précisément « entre el aspecto externo de los árboles y la conformación del alma de los hombres » (p. 220). S’opère alors en lui un changement de posture face à la vie. Son obsession maladive semble disparaître quand il s’enfonce dans un taillis, la Castañera, pendant sa retraite à la campagne. S’enfoncer dans la nature pour méditer lui apporte un grand calme qu’il regrette de ne pas avoir trouvé avant. Il comprend, comme Julián Royo l’avait expliqué à propos des arbres, qu’il existe une sorte de déterminisme14 dans la vie humaine. Les derniers moments passés à la campagne lui font penser à une nouvelle option de vie. En fait, la discussion qu’il a avec Sole, belle-mère de Bolea, parvient à le convaincre qu’il est sur le mauvais chemin et que l’on a besoin d’un équilibre dans la vie. Il est marqué par le récit du destin funeste du beau-frère de Sole, atteint de la même obsession que Pedro. Retrouvant alors Jane, il s’engage dans une relation amoureuse qui produit en lui un changement vital et lui offre une tranquillité absolue allant à l’encontre de tous ses préjugés. Ainsi, reprenant encore l’image de l’arbre, il soutient : « Sobre el tronco del ciprés que sombreaba mi corazón Jane había depositado igualmente una distinta simiente que había arraigado y florecido bajo el celo de sus constantes cuidados » (p. 242). Les idées qui lui viennent alors à l’esprit sont caractérisées par la proportion et la mesure, l’équilibre entre le corps et l’esprit, entre l’intériorité et l’extériorité. La transcendance est celle qui apportera la paix à son esprit. Finalement, il admet la mort comme un fait naturel et il acquiert la ferme croyance d’une rencontre ultérieure des âmes dans une nouvelle vie :

Me daba cuenta ahora de que es un error en la vida guiarse sólo por el cerebro; que en la vitalidad íntima, como en la externa, como en la del mundo en que nos movemos, todo debe fundarse en el criterio de la proporción y del equilibrio; que todo lo que el uso tiene de humano, lo tiene de inhumano el abuso, el exceso y la desproporción. Había llegado a topar con esa armoniosa coincidencia de la parte en el todo, de mi yo en el mundo circundante. (p. 242-243)

22Mais une fois de plus, le destin lui réserve une nouvelle épreuve. Après son mariage avec Jane aux États-Unis, le jeune couple se sépare. Pedro prépare en Espagne un foyer pour la famille et il doit repartir aux États Unis lorsqu’elle lui annonce l’arrivée de leur futur enfant. Pendant son voyage de retour, il est assailli par de nombreux cauchemars et de mauvais pressentiments qui, malheureusement, deviennent réalité : depuis le bateau, il est témoin de l’accident mortel de sa femme et suite à ce malheur, il retourne à Avila. Ses idées de bonheur étant désormais caduques, Avila devient le seul réconfort qu’il puisse trouver dans un monde où lui sont interdits tout lien ou toute relation avec autrui :

La rememoré con ansias anormales, casi bestiales de poseerla, de identificarme con ella, de relajar a su amparo mi atormentado espíritu y dejarle que se impregnase de su añeja y nostálgica substancia […] Me convencí entonces de que también las almas precisan de un clima propicio para poder pervivir; de que era Ávila lo único que me restaba en el seno de la tierra, de que entre sus piedras milenarias y sus nevadas almenas extraería mi decrecida vitalidad el estímulo suficiente para rehacerse. (p. 271)

  • 15 César Alonso de los Ríos, Conversaciones con Miguel D...

23Le sentiment d’angoisse prend fin quand Pedro entre à nouveau dans le cimetière où est enterré Alfredo et qu’il glisse dans sa tombe l’alliance de sa compagne. Il laisse ensemble, en paix, les deux personnes qui lui ont rendu la vie, et il retourne à Avila. La paix obtenue est absolue lorsqu’il admet l’existence de Dieu. La fin du roman, à savoir la mort de Jane, constitue – ainsi que l’auteur lui-même s’en fait l’écho –, l’aboutissement logique des faits présentés et elle n’est associée à aucune espèce de fatalisme cosmique. Le romancier l’indique ainsi : « En fin, Pedro pierde a su mujer porque la tesis pesimista de la novela así lo exigía, no porque yo sea fatalista »15. Toutefois, le pessimisme du roman ne doit pas nier le fond religieux de celui-ci, véritablement mis en évidence dans les dernières lignes du roman :

Ya no me encontraba solo. Detrás dejaba a buen recaudo mis afectos […] Me sonreía el contorno de Ávila allá, a lo lejos. Del otro lado permanecían Martina, doña Gregoria y el señor Lesmes. Y por encima aún quedaba Dios. (p. 278)

  • 16 La novela existencial española de posguerra, Madrid :...

24Comme l’explique Oscar Barrero : « Su pesimismo existencial es independiente de una convicción religiosa, pero no la contradice, al basarse en una valoración suprema de la vida ultraterrenal »16. La vie après la mort est indiscutable dans l’idéologie du protagoniste qui critique la cécité des hommes n’ayant pas voulu ouvrir les yeux face à la mort, en oubliant eux-mêmes qu’ils n’y échapperaient pas. En revanche, à la fin du roman, il reste en paix avec ses morts et trouve son propre chemin, qui l’amène à retourner à Avila, seul lieu au monde où il trouve l’harmonie, et où le corps et l’esprit paraissent trouver un équilibre parfait.

  • 17 Gemma Roberts précise à ce sujet : « No es necesario ...

25Bien que Miguel Delibes admette ne pas utiliser de références philosophiques pour son premier roman, il y présente les principales problématiques existentialistes17 par le biais d’un narrateur-protagoniste dans lequel l’auteur lui-même se dédouble, extériorisant par là-même une obsession de son enfance. La peur face à la mort, surtout face à la mort de l’être aimé, obsède le protagoniste qui doit chercher un chemin qui le soulage. Différentes solutions sont recherchées pour éviter cette souffrance et elles passent, tout d’abord, par le renoncement au contact avec les autres après la mort de l’ami d’enfance, Alfredo. Finalement, la transcendance et le retour aux origines – à Avila concrètement –, deviennent la solution à ses angoisses, l’équilibre parfait entre le physique et le spirituel. Les images utilisées ne sont pas toujours très subtiles et la critique n’a pas laissé passer les défauts du roman, essentiellement concentrés dans le deuxième livre. Nous ne jugerons pas les réussites esthétiques de cette œuvre, dont les maladresses sont signalées par l’auteur lui-même, mais nous retiendrons l’habileté de l’auteur à brosser le portrait de ce personnage hyperesthésique. Le premier roman de Delibes est avant tout une première tentative, un premier contact avec un genre qui verra fleurir des œuvres célèbres ayant pour titre Cinco horas con Mario (1966) ou « plus » tardivement El hereje (1998), entre autres. En quelque sorte, ce premier roman de Delibes, roman d’apprentissage, devient une échappatoire lui permettant d’exprimer son angoisse personnelle face à la mort, ainsi qu’un premier essai dans un genre littéraire qu’il ne devrait ensuite jamais abandonner.

Bibliographie

Alborg, Luis, Hora actual de la novela española, t. I, Madrid : Taurus, 1958, 349 p.

Alonso de los Ríos, César, Conversaciones con Miguel Delibes, Madrid : ed. Magisterio Español, 1971, 235 p.

Barrero Pérez, Óscar, La novela existencial española de posguerra, Madrid : Gredos, 1987, 306 p.

Buckley, Ramón, Problemas formales en la novela española contemporánea, Barcelona : Ed. Península, 1968, 214 p.

Delibes, Miguel, « Prólogo », Obra completa, t. 1, Barcelona : Destino, 1964, p. 7-22.

Delibes, Miguel, España 1936-1950: Muerte y resurrección de la novela, Barcelona : Destino, 2004, 165 p.

Delibes, Miguel, La sombra del ciprés es alargada (1948), Barcelona : Ed. Destino, 1969, 278 p.

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Notes

1 Cité par Gemma Roberts, Temas existencialistas en la novela española de postguerra, Madrid: Gredos, 1973, p. 48.

2 Ibid., p. 49-50.

3 Voir César Alonso de los Ríos, Conversaciones con Miguel Delibes, Madrid : Ed. Magisterio Español, 1971, p. 37.

4 Eugenio G. de Nora indique que c’est le roman de Delibes le plus critiqué, « no sin razón, pues ofrece en efecto algo de desconcertante – aunque se trate ya de un relato valioso y extrañamente personal – debido a una forma estilística rígida, estereotipada y arcaizante, en correspondencia con un “tempo” lentísimo y con un leitmotiv filosófico-moral monocorde y obsesivamente sombrío ». In : La novela española contemporánea (1939-1967), t. III, Madrid : Gredos, p. 111. Alborg remarque, quant à lui, l’excès de descriptions et d’explications qui laissent apparaître l’influence du réalisme traditionnel. Luis Alborg, Hora actual de la novela española, t. I, Madrid : Taurus, 1958, p. 212.

5 Muñoz Quirós analyse l’importance de l’apparition d’Avila dans ce roman et souligne : « la contemplación de Ávila no es una simple observación, va mucho más allá del planteamiento puramente estético. La figura de Santa Teresa de Jesús adquiere también un significado especial. Y es en este momento cuando el maestro Don Mateo va a razonar su planteamiento vital, no lejano del mundo de la nada y la desnudez que los místicos también dicen, no lejos de la apreciación profunda del sentido del vivir, del tiempo, de la materia ». José María Muñoz Quirós, « Miguel Delibes: contemplación de un paisaje abulense », Trasierra, IIª época, nº 6, 2007, p. 139.

6 Santos Sanz Villanueva, « Prólogo » a Miguel Delibes, La sombra del ciprés es alargada, Barcelona : Ed. Bibliotex, El Mundo, 2001, p. 11.

7 Marisa Sotelo remarque comment Delibes se dédouble dans ses personnages en suivant la théorie soutenue par Unamuno dans ses Tres novelas ejemplares y un prólogo.

8 Miguel Delibes, La sombra del ciprés es alargada, Barcelona : Ed. Destino, 1969, p. 13. La pagination des citations ultérieures du roman de M. Delibes apparaît dans le corps du texte.

9 César Alonso de los Ríos, Conversaciones con Miguel Delibes, op. cit., p. 38-39.

10 « Se trata de una obra mediocre, de un libro balbuciente. Como muchas primeras novelas no es mala por lo que le falta sino por lo que le sobra. Sin embargo, y pese a considerarla malograda, es una novela con fuerza, que mete el frío en los huesos ». M. Delibes, « Prólogo », Obra completa, t. 1, Barcelona : Destino, 1964, p. 13.

11 Stephen Hart explique comment les images du roman sont utilisées pour présager les morts. Ce sont surtout des symboles virtuels tels que le cyprès, le veuf, le froid, le bouquet de roses, Janus, les poissons rouges, la corvette et le matelot noyé. « La Mort, la prédestination et le symbolisme des images dans La sombra del ciprés es alargada de Miguel Delibes », Imprevue, 1990; 2: p. 7-26.

12 La novela existencial española de posguerra, Madrid : Gredos, 1987, p. 244.

13 « Siempre giraban mis torturas en derredor del viudo, del negro luto, del picar de los canteros, del pino redondo y aromático elegido por Alfredo para reposar eternamente… Me asomaba con frecuencia a la angustiosa teoría del desasimiento. Paulatinamente iba conformándome en ella. “Vivir es ir perdiendo”, me decía; e incluso, aunque parezca aparentemente que se gana, a la larga nos damos cuenta de que el falso beneficio se trueca en una pérdida más. Todo es perder en el mundo; para los que poseen mucho y para los que se lamentan de no tener nada ». Miguel Delibes, La sombra del ciprés es alargada, op. cit., p. 105.

14 Il convient de signaler ici que Miguel Delibes ne croyait pas au déterminisme, fait qui contraste avec le fond de son premier roman. Il s’en explique en ces termes à Alonso de los Ríos: « No creo que exista fatalismo, ni siquiera un determinismo en mis libros. Hay, tal vez, una rutina, porque en el fondo yo soy un rutinario. Yo crezco donde me plantan, como los árboles ». César Alonso de los Ríos, Conversaciones con Miguel Delibes, op. cit., p. 39. Les derniers mots du passage sont ceux que répète le personnage de Julián Royo dans La sombra del ciprés.

15 César Alonso de los Ríos, Conversaciones con Miguel Delibes, op. cit., p. 43.

16 La novela existencial española de posguerra, Madrid : Gredos, 1987, p. 193.

17 Gemma Roberts précise à ce sujet : « No es necesario […] que Delibes haya leído a Sartre, para que en su preocupación por la relación de los muertos con el mundo de los vivos, se aproxime a las teorizaciones del filósofo francés en torno a lo que éste considera ontológicamente como una estructura esencial de la relación del “ser-para-otro” ». Temas existenciales en la novela española de postguerra, Madrid : Gredos, 1978, p. 218.

Pour citer ce document

Rocío Charques Gámez, «Existentialisme dans le premier roman de Miguel Delibes : La sombra del ciprés es alargada», [En ligne], Numéros en texte intégral /, L’existentialisme en Espagne, Partie 1 - Existentialisme littéraire, mis à jour le : 29/04/2017, URL : https://revues.univ-pau.fr/abay/1819.

Quelques mots à propos de :  Rocío  Charques Gámez

Rocío Charques Gámez. Docteur en Littérature espagnole par l’Université d’Alicante. Membre associée du laboratoire de recherche LLC-Arc Atlantique (EA 1925)

rochini@hotmail.com