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Revue interdisciplinaire d'études hispaniques

| 2017 Partie II - Filiation empêchée, transmission récusée et construction d’identité

François Romijn

Exposer et intégrer la découverte de ses « origines »

Article

Cet article contribue à la compréhension des transformations contemporaines du lien social posées par les nouvelles possibilités d’enquêter sur son « ancestralité » au travers de tests génomiques commercialisés via Internet. Nous nous appuyons sur une pragmatique de l’exposition, centrée sur des vidéos publiées en ligne où des usagers de ces tests découvrent les proportions dans lesquelles leurs origines peuvent être estimées. Notre réflexion porte sur l’espace de discussion privilégié qu’offre le cas d’usagers issus de Porto Rico. L’histoire mouvementée de l’île de la Caraïbe et le brassage culturel qui en a résulté, expliquent notamment que de nombreux Portoricains souhaitent préciser leurs origines (africaines, européennes, amérindiennes, etc.). Nous thématisons les logiques sociales et esthétiques sous-jacentes à l’exposition de ces découvertes, entre excitation, drame, dramatisation et insignifiance, la fonction du public en tant que témoin et soutien moral. Nous esquissons également quelques-unes des dynamiques d’intégration de ce nouveau savoir : les théorisations empiriques élaborées à partir des pourcentages reçus, les effets en termes de capacités qui se manifestent sur une base diachronique singulière, etc.

This article considers some effects of ancestry-related direct-to-consumer genomic tests uses. More precisely, we investigate the exposition, via online video broadcasted on YouTube, of the very moment users discover the estimated percentages the test attributes to his/her origins. We will be focusing on a fieldwork specifically based on Puerto Rican users. The loaded history of the Caribbean island (colonization, slavery hub) and the cultural intermingling that emerges from the former, explain in particular why many Puerto Ricans, from all ages, wish to specify their origins (African, European and Taínos, the native indigenous peoples of the Caribbean). The investigated videos require an analysis focusing on the articulation of the social (capacities and believes underlying these genomic discoveries) and aesthetic logics (the exposition of these discoveries supports peculiar characteristics) operating. We discuss the omnipresence of other viewers in these videos and the ways the audience somehow serves both as a support and a witness through the constant oscillation between excitation and drama that implicates the discovery of one’s origin. Furthermore, we outline the layman theorizations based upon these discoveries. Capacitating effects come out from an intriguing diachronic basis. Having ancestors from a specific region of the planet builds up some users’ self-confidence and identity.

Este artículo contribuye a la comprensión de las transformaciones contemporáneas del lazo social, enraizadas en las nuevas posibilidades que el Internet proporciona al usuario para descubrir su ascendencia a través de pruebas genómicas. Nos centramos específicamente en una pragmática de la exposición, mediante la grabación de vídeos que capturan el momento en que los usuarios de estas pruebas descubren cuáles pueden ser las proporciones en que se evalúan sus orígenes. Nuestra reflexión se fundamenta en el espacio de discusión privilegiado que ofrece el caso de los usuarios oriundos de Puerto Rico. El deseo de muchos puertorriqueños de aclarar sus orígenes (africano, europeo, amerindio, etc.) se debe a la historia turbulenta de la isla caribeña y a la mezcla cultural que resulta de dicha construcción histórica. Los vídeos que forman parte de nuestra encuesta requieren un análisis que articula una lógica social (los efectos capacitarios y las creencias subyacentes a estos descubrimientos) y estética (la exposición de estos descubrimientos adquiere características singulares). Subrayamos la omnipresencia del ‘otro’ en el momento en que los usuarios descubren sus raíces ancestrales, así como la función que desempeña el público que observa estos vídeos, ya que no sólo sirve de testigo sino también de apoyo emocional en las distintas fases que jalonan el descubrimiento de sus orígenes, las que oscilan desde el entusiasmo al drama. En este artículo también planteamos unas teorías empíricas basándonos en los porcentajes recibidos y, por otro lado, estudiamos los efectos capacitarios que se manifiestan en una línea diacrónica específica. El hecho de tener antepasados procedentes de una zona geográfica específica refuerza la confianza en sí de algunos usuarios. Esas afirmaciones reconcilian la disyuntiva entre la ascendencia y la vida actual del usuario.

Texte intégral

Introduction

  • 1 Anders Nordgren, E. Thomas Juengst, « Can genomics tel...

I feel I belong to something bigger than myself and I am not just hanging here, and that my ancestors got through all the trouble, diseases and the perils of life for me to be able to exist. Thank you.
Anders Nordgren, E. Thomas Juengst1

  • 2 Lesley Goldsmith et al., « Direct-to-consumer genomic ...

  • 3 Il n’existe pas de définition bien arrêtée pour désign...

  • 4 Pascal Ducournau et al., « Tests génétiques en accès l...

  • 5 Le secteur qui voit naître ces compagnies est très flu...

  • 6 Pour l’anecdote, la compagnie https://www.dna-worldwid...

  • 7 Royal et al. présentent, dans leur article, une liste ...

1Depuis ces quinze dernières années, les effets conjugués de la chute des coûts de séquençage du génome et l’omniprésence d’Internet ont permis d’amplifier la mise à disponibilité de tests génétiques auprès d’usagers lambda2. Ces tests sont, dans le champ anglophone, désignés par l’appellation direct-to-consumer afin d’insister sur ce caractère directement accessible à l’usager. Nous emploierons l’acronyme DTC GT3 (pour direct-to-consumer genetic test) afin de désigner ces tests. Par l’envoi postal d’un échantillon de cellules épithéliales (un test salivaire) auprès d’une compagnie commercialisant ces tests, la personne reçoit, dans les quatre à huit semaines, un courrier électronique l’invitant à découvrir des indications plus ou moins circonstanciées pouvant notamment porter sur ses prédispositions en matière de santé (GeneticHealth, 23andMe, DNAfit, etc.), sa capacité de mémoire, de longévité, sur ses origines généalogiques, sur le profil génétique de son partenaire idéal (InstantChemistry ou GenePartner), sur la nutrition (NutraHacker) ou encore ses performances sportives, etc. On constate une généticisation relativement inédite de toute une série de domaines de la vie sociale4, et il est probable que nous assistions à une hyperspécialisation croissante de ce secteur5 dans les prochaines années6. Dans le cadre de cet article, nous allons questionner dans le même mouvement le recours à des DTC GT permettant aux usagers de découvrir leur « ancestralité »7, comme le soutiennent ces compagnies et, d’autre part, l’investissement d’espaces sur Internet où sont exposées ces découvertes.

  • 8 Superior Health Council, op. cit.

  • 9 Fredrik Barth, Ethnic Groups and Boundaries : The Soci...

  • 10 Pierre Petit a signalé le caractère embarrassant de l...

  • 11 Nous renvoyons vers les travaux d’Alondra Nelson, not...

2Ces tests font l’objet d’une réception très large. À la différence de ceux qui portent sur « la santé », la commercialisation des tests en matière d’ancestralité profite d’une législation beaucoup moins restrictive. Ils font d’ailleurs l’objet d’une terminologie variée. Les commentateurs les classifient parfois8 vis-à-vis d’autres catégories de tests en les qualifiant de « ‘life-style’-related genetic traits » ou encore de « recreational genetic tests ». Les promoteurs de ces tests les nomment quant à eux : « genealogy test », « ancestry test », « genetic ancestry », « genetic genealogy », « ethnic roots », « bio-geographic ancestry », « ethnicité génétique », etc. Les termes « ethnicity » et « ancestry » semblent revenir le plus fréquemment, et ce sont aussi ces qualifications que mobilisent le plus souvent leurs usagers. Discutons-les brièvement. L’usage du terme « ethnicity » (ethnicité en français) attire l’attention. Depuis Fredrik Barth (1969) et le changement de paradigme qui a découlé de son ouvrage9, l’acception scientifique du concept d’ethnicité (ou d’ethnie) renvoie largement à l’idée d’une catégorie qui ne va jamais de soi. La catégorie serait sans substance. Tout à l’inverse, les identités ethniques (comme les identités nationales) seraient nécessairement dynamiques, se constituant dans les interactions entre groupes. Cette conception barthienne de l’ethnicité s’inscrit en opposition avec les discours essentialistes qui ont longtemps circulé (en anthropologie classique, dans les administrations coloniales, dans les musées, etc.10) et qui continuent d’ailleurs aujourd’hui de se manifester dans les catégories de sens commun, en faisant de l’ethnie une sorte de concrétisation d’une spécificité culturelle. En invitant ici la personne à « explorer son ethnicité » à travers l’usage d’un test génomique, les promoteurs de ces tests sous-entendent qu’il est possible de découvrir dans notre génome une substance à notre identité ethnique. Dès lors, ils ne promeuvent en rien une conception dynamique de l’identité ethnique mais s’appuient plutôt sur la notion de race. Une conception « raciste » au sens premier du terme, que les usagers mobilisent d’ailleurs fréquemment11.

3La notion de langue anglaise « ancestry »12 (ancestralité) renvoie quant à elle aux notions de « family or ancestral descent ; lineage »13. Elle apparaît dans les formules promotionnelles : « Ancestry lab testing is performed to determine your bio-geographic ancestry and can open many more doors to your past. What better way to find out about your relatives from long ago than to research your genetic makeup ? Your DNA is passed down from generation to generation, so this type of testing will reveal much about the history of your family »14, « Chaque famille a une histoire. Découvrez la vôtre™ »15, etc. On s’approche ici de la notion de filiation généralement traduite en anglais par descent16. Il ne faut toutefois pas y voir le principe anthropologique17, reconnu dans toutes les sociétés, de transmission de la parenté, laquelle n’étant généralement opérée qu’avec un seul parent (patri- ou matrilinéaire) : « On est enfant du père ou de la mère et on appartient au groupe de parenté du père ou de la mère. Cela ne signifie pas que les conditions physiologiques de la conception soient ignorées. Elles ne sont simplement pas prises en compte. C’est pourquoi la filiation est aussi appelée l’“idéologie de la descendance” »18. En fait, plus techniquement, les tests qui nous occupent consistent en un examen des variations génotypiques d’une personne afin d’évaluer la proportion dans laquelle son ADN est partagé avec ce qui est considéré comme le patrimoine génétique représentatif d’une série de populations cibles dont dispose la compagnie. Cette correspondance est établie à partir des résultats d’études réalisées préalablement auprès de personnes possédant un patrimoine génétique relativement caractéristique d’une population ou d’une région du monde.

  • 19 Pour une description plus détaillée des techniques ut...

4La vente de ces tests liés à l’ancestralité – la catégorie le plus souvent utilisée par les usagers de ces tests et que nous utiliserons désormais – s’organise elle aussi selon une logique de spécialisation accrue du type d’offre proposé. Les tests peuvent porter spécifiquement sur les variations du chromosome Y et permettent d’explorer l’ancestralité de l’usager dans le lignage de ses ancêtres de sexe masculin (un type de test permettant notamment aux généalogistes de trancher sur la question de savoir si deux familles partageant le même nom sont liées génétiquement). Les variations de l’ADN mitochondrial, transmis par la mère, fournissent des informations sur l’ancestralité des femmes de la lignée d’individus dont est issu l’usager (ce type de test est utile pour les généalogistes car l’ADN mitochondrial préserve les informations des ancêtres féminins alors que les archives historiques pourraient avoir perdu toute trace de parenté du fait de la non conservation des noms de jeunes filles). Les tests GWAS (pour genome wide association studies) centrés sur les single nucleotide polymorphism (SNP’s)19 permettent d’évaluer un grand nombre de variations génétiques chez la personne (la compagnie ancestry.com, par exemple, prétend tester 700.000 mutations). Bien que les usagers puissent décider de tester spécifiquement leur lignage paternel ou maternel en choisissant le test ad hoc, ceux-ci semblent le plus souvent chercher à évaluer de manière indifférenciée leurs deux lignages.

  • 20 Voir également le texte de Jean-Luc Bonniol et Pierre...

5Une fois les mutations génétiques de l’usager comparées avec la base de données de la compagnie, il lui est alors transmis une estimation de ses origines géographiques en termes de pourcentages et de probabilités20. Plus précisément, ce sont généralement plusieurs dizaines de comparaisons qui sont effectuées entre des séquences sélectionnées de manière aléatoire au sein de l’ADN de l’usager et le patrimoine génétique d’individus représentatifs de la région du monde testée. Ces séries d’analyses, pour chaque catégorie « d’ethnicité génétique », permettent d’établir une fourchette de probabilités. Dans ce cadre, le pourcentage reçu correspond à la valeur médiane au sein de cette distribution de probabilités. Il n’y a donc dès lors qu’une faible chance que ce pourcentage corresponde au degré réel de l’« ethnicité génétique » de la personne.

  • 21 Bernard Lo, Lindsay Parham, « The impact of Web 2.0 o...

6Ces compagnies peuvent également, le cas échéant, fournir à la personne la possibilité de contacter d’autres usagers avec lesquels ils partagent une partie significative de leur patrimoine génétique. Il est dès lors possible à ces derniers de retrouver des parents issus d’une ascendance commune, avec lesquels le lien social d’interconnaissance a été perdu ou oublié. Les outils fournis par ces compagnies permettent également de construire des arbres généalogiques très denses, au travers desquels il est parfois possible de remonter des générations d’ascendants sur plusieurs siècles. Une dimension sociale qu’exploite tout particulièrement ces compagnies, « these ‘‘consumer genomics’’ or ‘‘recreational genomics’’ websites facilitate social networking among people with similar concerns or test results »21, mais pas seulement. En effet, les usagers eux-mêmes semblent tout particulièrement s’adonner au partage de leur expérience (en particulier en ce qui concerne ces tests de nature « généalogique ») en dehors des espaces aménagés par ces compagnies. Notre analyse va expressément porter sur les questions que pose l’exposition du moment de la découverte des spécificités de leur ancestralité sur une plateforme de vidéo en ligne.

  • 22 De nombreuses occurrences apparaissent également au t...

  • 23 Les vidéos relatant la réalisation d’un test portant ...

7Nous assistons en effet à une pratique tout à fait singulière : de plus en plus de personnes ayant réalisé l’un des tests susmentionnés partagent leur expérience sur les réseaux sociaux. Le nombre de vidéos publiées sur YouTube peut être estimé à plusieurs centaines de milliers, si l’on prend en considération les différentes possibilités de recherche par mots clés réalisables, dans la seule langue anglaise22. À titre d’illustration, en réalisant, en novembre 2015, une recherche sur cette plateforme à partir des mots clés « DNA MY RESULTS », nous tombons sur environ 88.500 résultats. La même recherche, réalisée en août 2016, donne 144.000 résultats. Parmi ces vidéos, une majorité manifeste porte sur le volet ancestralité23. À tout le moins, le fait qu’autant d’usagers cherchent à rendre compte en ligne de leurs découvertes atteste que cette expérience singulière éveille chez la personne une inclination manifeste à partager celle-ci avec autrui.

  • 24 Voir Eviatar Zerubavel, Ancestors and Relatives : Gen...

8On ne peut qu’enfoncer une porte ouverte en signalant que la façon dont nous percevons notre ancestralité est largement influencée par des facteurs d’ordre sociologique24. Pour aller plus loin, il faut précisément profiter de ces efforts de mise en commun des régions du monde dont seraient issus les ascendants de ces usagers pour questionner plus finement la façon dont la personne s’arrange avec les tensions qui en découlent. Au travers d’une analyse pragmatique de l’exposition, nous décrirons quelques-unes des dynamiques au travers desquelles la personne intègre ces découvertes qui sont pourtant désubjectivantes, et questionnent a fortiori sa position de sujet agissant. Nous préciserons la façon dont ce retour sur soi qu’imposent ces efforts d’exposition (au travers de ces vidéos) mène étrangement – ce nouveau savoir se situe finalement loin de ce qui fait l’identité de la personne – l’usager à opérer une forme d’intégration identitaire. Ces personnes ne disent pas seulement qu’elles ont telle proportion de leur génome originaire de telle ou telle région du monde, mais elles traduisent aussi ces découvertes pour autrui. Nous serons attentifs aux caractéristiques de l’exposition, aux théories empiriques mobilisées, aux ressources critiques éventuellement engagées par la personne, qui semblent s’établir sur la base de ces découvertes.

Site et méthode

  • 25 Les usagers enquêtés feront souvent référence, le cas...

  • 26 Peter Wade et al., « Genomic research, publics and ex...

  • 27 « The genetic makeup of Puerto Ricans is very mixed »...

  • 28 Ces catégories sont le plus souvent mobilisées dans c...

9Nous nous sommes appuyé sur un matériel empirique de 74 vidéos publiées sur la plateforme YouTube. Parmi celles-ci, nous nous sommes plus particulièrement focalisé dans le cadre de ce texte sur 21 vidéos réalisées par des usagers s’identifiant comme Portoricains (vivant soit sur l’île, soit aux États-Unis25). Porto Rico (en forme longue Estado Libre Asociado de Puerto Rico en espagnol, et Commonwealth of Puerto Rico, en anglais) est un « territoire non incorporé » des États-Unis. Les habitants s’y expriment tantôt en espagnol (la langue des usages quotidiens), tantôt en anglais (la langue de l’enseignement notamment). Trois raisons au moins nous ont amené à centrer notre analyse sur les caractéristiques de l’exposition et des ressources critiques de Portoricains découvrant leur ancestralité. Tout d’abord, peu de travaux sociologiques interrogent à ce jour ces nouveaux usages en matière de génétique, l’essentiel de la littérature s’étant focalisé sur les États-Unis et l’Europe26. Bénéficiant toutefois d’une facilité d’accès au marché américain, de nombreux usagers portoricains semblent avoir recours à ces tests. Finalement, l’histoire mouvementée de l’île (la colonisation, l’esclavage) et le brassage culturel (mestizaje) qui en a résulté, expliquent que la majeure partie des habitants bénéficient d’origines tout à fait plurielles (ce qu’ils partagent d’ailleurs avec l’ensemble de la population latino-américaine), ce dont les usagers enquêtés semblent avoir particulièrement conscience27, ceux-ci rappelant généralement cette qualité en introduction de leur vidéo. La nature présupposée plurielle de leur ancestralité les conduit à vouloir mieux se représenter leurs origines, et en particulier à préciser les proportions respectives de leur hypothétique patrimoine génétique « africain », « européen » et « amérindien »28 :

I am hundred percent Puerto Rican, but of course, in terms of ethnicity, it doesn’t say much because as you guys know Puerto Rican people / latino people, we tend to be very mixed with a lot of different things. So, it’s really hard to pinpoint who you really are or what you are in terms of percentage. You know, we are a mix of Americans, of Africans. We are mixed with Europeans. So, it’s hard to know exactly what I am and I have always wondered what percentage it was […]. (vidéo n°17)

Hello there, ancestry-DNA-YouTube community, what is my name ? It doesn’t matter. All that’s matter is that I did my DNA test, because I want to see what percentage of each and every continent that I have in me. Why ? Because, I was born in Puerto Rico, born and raised. (vidéo no 10)

Being that my family ancestors have lived in the Caribbean, I can be anything. I can be Black, White, Asian, Native American, you’ll never know, I never know, that’s why I took this test. (vidéo no 18)

10Les résultats de ces tests sont en effet principalement présentés sous la forme de pourcentages, mais aussi de diagrammes en boite (box plot). C’est avant tout sur la base de ces proportions reçues que se noue l’exposition des découvertes de ces usagers dans leur vidéo.

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  • 29 Cette mise en forme varie selon la compagnie mobilisée.

Illustrations du type d’infographies reçues29

11Cette exposition se déploie d’une personne à l’autre sur un continuum allant d’une présentation tout à fait sommaire et factuelle de leurs résultats (de leur DNA results) à une description approfondie des raisons qui les ont initialement motivées. Les développements opérés à partir de l’exposition de ces pourcentages, qui sont en soi des bribes complètement inhumaines, fragmentaires et donc désubjectivantes, requièrent que l’usager fasse un retour sur sa subjectivité afin de traduire auprès d’autrui ces découvertes. Les usagers prennent généralement soin de souligner dans le titre de leur vidéo leur appartenance portoricaine : PUERTO RICAN Family Tree DNA results ! Taino, European, African, and EAST ASIAN ? (vidéo no 7) ; Ancestry DNA Results ! (Puerto Rican) (vidéo no 4) ; My Ancestry DNA Results ! Finally !!! Shocking !! Puerto Rican Dna Unraveled (vidéo no 14)… Les questions qu’ils se posent ou la synthèse des résultats de leur test apparaissent parfois dans ces titres. Les usagers ont entre 15 et 55 ans et un équilibre entre le nombre de femmes et d’hommes semble se manifester. Ces personnes semblent, dans la plupart des cas, se filmer depuis leur domicile, à partir de la webcam de leur ordinateur ou avec l’aide d’un téléphone portable.

  • 30 Anna Harris, Susan E. Kelly, Sally Wyatt, « Autobiolo...

  • 31 Jean-Louis Genard, « Investiguer le pluralisme de l’a...

  • 32 Pascal Viot, Luca Pattaroni, Jérôme Berthoud, « Voir ...

12Ces vidéos offrent dans le même mouvement l’accès à une réalité sociale difficilement pénétrable autrement, mais ce médium apporte surtout un point de vue idoine pour une analyse de l’exposition de ces découvertes. Dans un article où elles se sont intéressées à ce type de vidéos, Harris, Kelly et Wyatt ont proposé le néologisme d’autobiologies pour désigner les récits singuliers de ces usagers de tests génétiques30. Le format audiovisuel, contrairement à celui de l’entretien notamment, dont la logique propositionnelle tient du régime du plan31, permet plus adéquatement d’honorer des niveaux de coordination moins formalisés que la personne entretient avec le monde, caractérisés par un rapport au corps, et non pas seulement au discours. L’action de ces usagers ne se réduit pas uniquement à des mots, ces vidéos apportent une dimension visuelle qui enrichit les possibilités pour la personne de rendre compte de son expérience. Le travail sur l’ordre processuel de ces vidéos, sur le « processus de rupture dans l’enchaînement d’attentes et de réponses – les règles grammaticales nécessaires pour assurer le maintien » de la personne32, permet précisément de mieux pénétrer les effets de ces découvertes. L’image permet sans pareil de montrer comment la personne est à même de passer des degrés de l’agir aux degrés du subir ; s’ajoute également une esthétique du phénomène social étudié (et de sa force évocatrice) inhérente à l’exposition de ces découvertes, qui doit être considérée en soi comme partie intégrante de leur expérience.

  • 33 Nicolas Auray, « Le Web participatif et le tournant n...

13L’une des difficultés les plus pressantes qui se posent à l’être humain aujourd’hui est de parvenir à définir son identité dans un monde caractérisé par un pluralisme de visions du monde sans précédent, ce qui a entrainé a fortiori des transformations majeures tant dans notre rapport à soi que dans notre rapport aux autres. La question identitaire « oblige à rouvrir perpétuellement la manière dont [les individus] se définissent eux-mêmes »33. Afin d’apporter une réponse à cette problématique, Anders Nordgren et Eric Thomas Juengst rappellent à juste titre que de nombreuses théories ont cherché, au cours des deux derniers siècles, à identifier des fondements naturalistes universels permettant de déterminer empiriquement qui nous sommes :

  • 34 Anders Nordgren, Eric Thomas Juengst, op. cit., p. 15...

Phrenology, psychoanalysis, Social Darwinism, scientific materialism and behaviorism represent this tradition in the nineteenth and twentieth centuries, and now so does the appeal to genomic science as a key to self-knowledge in the twenty-first.34

  • 35 Jean-Luc Bonniol, Pierre Darlu, op. cit., p. 203.

  • 36 Nicole Prieur, « La transmission de l’origine dans le...

  • 37 Ibid., p. 187.

14Ces diverses traditions intellectuelles, parmi lesquelles nous pouvons notamment ajouter la physiognomonie, mettent en rapport l’humain avec le corps, et elles tracent précisément des ponts entre le vivant et l’humain. Une articulation qui s’avère toujours difficile à assurer, ces réductions au vivant étant toujours à la fois possibles mais dramatiques. Elles sont toujours tentantes et sont en même temps l’objet de débats infinis, notamment en tant que vecteur potentiel de déresponsabilisation de l’individu. Elles sont le plus souvent remises en question par une partie des sciences sociales parce qu’elles s’avèrent réductrices ou s’appuient sur des présupposés qui échappent dans une certaine mesure à la critique scientifique. Dans cette généalogie, les tests génomiques DTC en matière d’ancestralité bénéficient d’une solidité scientifique un peu plus aboutie. Leurs usages correspondent également à une forme d’apogée libérale : libre aux usagers d’élaborer cette fois eux-mêmes des correspondances entre ce qui fait leur identité et les pourcentages reçus. Une « irruption de traits invisibles » dans la conscience de nos origines, qui était jusque-là « simplement investie par la mémoire familiale ou collective et/ou les apparences physiques »35. Ils répondent également à un contexte contemporain au sein duquel le « récit des origines est de plus en plus problématique et les failles dans leur transmission de plus en plus nombreuses »36. Préciser, penser et représenter ses origines constituent néanmoins toujours un besoin irrémissible37.

15La génomique – et ses toujours plus nombreuses applications individuelles –, serait devenue l’une des réponses clés à l’inquiétude identitaire au xxie siècle. À la différence de Juengst et Nordgren, qui présentent un point de vue relativement classique et déterministe de ces tests génomiques qui viendraient réconforter l’individu, nos observations nous amènent à considérer qu’ils n’éclairent qu’une partie du problème : ces découvertes génomiques sont tout à la fois rassurantes et troublantes. En outre, ces usagers manifestent peu le fait d’être rassurés, ils manifestent surtout beaucoup d’ambivalence dans la manière à travers laquelle ils intègrent ces découvertes.

Caractéristiques de l’exposition. Du drame à l’insignifiance, en passant par la dramatisation

16Les usagers se filment, dans la majorité des cas, face caméra, pivotant, selon leur habilité technique, de leur visage à l’écran d’ordinateur au fil de ce qui sera énoncé dans la séquence vidéo. Ils explosent souvent en préambule en quoi consiste le test qu’ils ont réalisé, au travers d’une modalité d’exposition qui se situe entre le mode d’emploi et la recette de cuisine. Ils décrivent – parfois très rigoureusement – la réalisation du test en exhibant le kit acheté auprès de la compagnie :

It’s an actually genetic testing so, you have to spit in this handy-dandy test tube […]. You have to spit in that and then you close it with a little tab and, there is a blue liquid that is, I guess, used to protect your DNA. You shake it for like three seconds, you close it up and you put it in this ziplog baggy. The really cool part is that they give you an actual package first class, free postage. You just put your results in there and you ship it up. In six to eight weeks you get your results back. That’s pretty cool. (vidéo n°17)

17Il faut remarquer une tendance qui se répète dans l’exposition de ces usagers. Elle n’est d’ailleurs pas réductible à la population ciblée dans cet article mais tout à fait transversale et il importe de l’esquisser. L’exposition de ces découvertes sur soi, sur son patrimoine génétique, allie étroitement trois dimensions : l’excitation de la découverte – de la surprise, du surprenant, du choc – qui se décline parfois sous les traits de la dramatisation, quand ces émotions semblent intentionnellement mises-en-scène ; le drame, quand ces découvertes endossent un caractère simultanément dangereux ou tragique pour certains usagers ; et finalement l’insignifiance de la présentation de propriétés a priori sans grande portée, relativement anodines, avec lesquelles on joue, on se surprend. L’excitation de la découverte, la dramatisation, le drame et l’insignifiance se rejoignent et se disjoignent de diverses façons dans ces vidéos. Détaillons plus avant certaines de ces configurations.

18Insistons tout d’abord sur le souci de ces personnes de ne pas seulement communiquer les informations reçues mais de partager le moment de sa découverte :

Hi everybody, I just got the email that says I have my DNA results. I am gonna find out at the same time as you. I am so excited. I said before I think I am 20% Native American, 30% African, and 50% European. Just a guess. We are going to find out together […]. (vidéo no  14)

  • 38 Certains usagers déclarent parfois qu’ils n’étaient p...

19Ces usagers se filment le plus souvent en train de découvrir leurs résultats en les consultant pour la première fois face caméra ou juste après les avoir consultés. Ce qui semble animer au premier titre l’exposition de leur expérience repose sur le partage de leur surprise. Bien que l’usager dispose bien entendu de la possibilité de simuler la découverte des résultats de son test génétique, ou de re-jouer la scène parce que la prise réalisée ne lui convient pas en l’état38, les vidéos examinées ne laissent le plus souvent pas de doute quant au fait que c’est bien la première fois que les informations reçues sont consultées.

20Aux côtés de cette focalisation sur la surprise, on constate également l’importance réservée au surprenant, et à deux niveaux. Dans l’attente des résultats, l’usager sur-communique des hypothèses, des prédictions qui fondent des attentes se voulant souvent les plus étonnantes possibles. Parmi la multitude des propriétés généralement mises à sa disposition, la personne semble principalement insister sur les traits qui lui apparaissent les plus originaux : « Oh my goodness (silence de quelques secondes), I am 2% central Asian, I knew it ! » (vidéo no 14). Inversement, on constate le souci de mettre à l’écart ce qui ne serait pas jugé suffisamment fun ou jugé ennuyeux (boring).

  • 39 Vidéo 17 (partie 2).

  • 40 D’autres usagers se filment en présence d’un proche o...

21En outre, les usagers insistent sur ce qui serait leur être le plus vrai, le plus profond. Aux côtés de cet accent mis sur la surprise et le surprenant, c’est la sur-communication du choc, de la stupéfaction, de l’excitation manifeste, et surtout de l’émotion que les acteurs cherchent à capturer via cette vidéo : « I wanted to capture sort of my raw emotion », « I want to give you guys that live reaction, you know, a raw type of reaction » (vidéo no 17). Cela passe aussi par des « Oh my god, it’s so fucking exciting »39, « This is crazy »40, « I am shocked ! I am shocked ! I cannot believe » au moment d’accéder aux informations attendues depuis plusieurs semaines : « So here, we are. Oh my god ! So, I am going to the first one. Africa. I am 22 percent African, which is so fucking cool », ou encore dans la prégnance de l’anxiété juste avant de découvrir leurs propriétés : « […] We have no idea what are our main DNA is versus another ethnicity. So, here we are (en expirant nerveusement) » (vidéo no 17). Cela était particulièrement apparent dans la vidéo de Valeria qui, en présence de sa petite sœur, passait indifféremment de l’espagnol à l’anglais :

Valeria : Oh yo no puedo. Gaby : Just do it ! Valeria : Ay, Gaby, it’s embarrassing ! If everything comes up directly, I am gonna be so disappointed. Gaby : Just do it ! (la petite sœur insiste) Valeria : Nooooooo ! (en hurlant). (vidéo no 7)

22Certains usagers se mettent à pleurer, séchant nerveusement leurs larmes face caméra. La jeune Angie (vidéo no 11) rapporte qu’elle était la veille si excitée en découvrant ses résultats « I was screaming, I was dancing […] », qu’elle n’a pas pu réaliser la vidéo qu’elle souhaitait alors partager. Ces usagers s’adonnent en quelque sorte à la magnification de leur émotion brute. Ils célèbrent le caractère émotionnel de cette expérience en lui ménageant une place singulière dans leur vidéo. L’excitation laisse alors parfois la place à la dramatisation, à la mise en scène intentionnellement tournée vers l’exaltation des émotions (sur-réaction d’excitation, de surprise, larmes, etc.). On peut apercevoir dans cette dynamique qu’elle s’accompagne de la production d’un geste de nature esthétique. Il faut aussi la concevoir comme une façon de résoudre la tension inhérente à ces découvertes. Alors même que l’intégralité de la démarche ne peut être perçue de manière totalement « authentique » par le spectateur, tout semble construit pour éluder ce qui trahirait ces marques d’inauthenticité.

23On peut également observer différentes modalités de jeu. On constate que de nombreux usagers, avant même de consulter leurs résultats, formulent une série d’hypothèses, de prédictions (parfois synthétisées sous la forme d’un tableau, vidéo no 20) sur ce qui sera dévoilé dans les secondes qui suivent. Ce qu’ils déclinent parfois sous la modalité de la devinette ou du pari :

My predictions were that I was gonna be 75 percent European, around 15 percent American, and (faisant un geste ondulatoire de la main) 10 percent African. Now, my results are amazing. So. I just stop talking and get right to it… (vidéo no 4)

I got my DNA from Ancestry.com, I am gonna open up now. We have been waiting all day for being together. And, here are my predictions. Here is what I think. I was born and raised Puerto Rican, so I know I am Puerto Rican but, looking into my family history, I have found I do have a paternal lineage to Spain, and also, my maternal lineage is linked to Spain as well. So I think my DNA results will come out high in Spain and, we will see what else comes out. I think there is also Italian and some African, Native American (se tournant ensuite vers un membre de sa famille situé derrière la caméra), You don’t think so ? (en se mettant à rire nerveusement). Ok, we’ll see. I am gonna open up this now ! […]. (vidéo no 9)

  • 41 Vladimir Jankelevitch, L’ironie (1936), Paris : Champ...

24En jetant un œil sur ces vidéos, le lecteur pourra difficilement passer à côté du recours à différents registres de l’ironie, registres au travers desquels l’usager intègre la découverte de ses propriétés génomiques en la teintant d’humour, d’autodérision, de sarcasme. Découvrant qu’une partie de son patrimoine proviendrait de Grande-Bretagne, un usager âgé d’environ 25 ans lançait par exemple un « Hello Governor ! » (vidéo no 18). C’est sans doute parce que l’ironie est à la fois sérieuse et comique qu’on la retrouve souvent dans ces vidéos. Comme l’indique Vladimir Jankélévitch, « l’ironie n’est pas “neutre”, mais littéralement tragi-comique ; l’un-et-l’autre plutôt que ni-l’un-ni-l’autre… […] L’ironie transcende la disjonction des catégories et en consacre la relativité »41. C’est là une autre façon de caractériser l’intégration de ces propriétés génomiques qui, avec celles que nous avons brièvement présentées, ménagent constamment la tension entre le drame, l’insignifiance et la dramatisation.

Inférences génotypiques, ressources critiques, croyances et capacités

25Quittons désormais les caractéristiques de l’exposition pour envisager les autres dynamiques au travers desquelles l’usager intègre ces informations sur ses origines. L’une de ces dynamiques s’observe dans les modalités de renforcement de la confiance en soi qui semble parfois s’exercer au travers de ces découvertes. Pour ces usagers, se découvrir un pourcentage élevé dans la catégorie « Native American » se traduit le plus souvent par une certaine distinction que l’on s’empresse de souligner : « Native American, 20 percent ! Super excited about that. That seems kind of the highest side for the average Puerto Rican. Definitely excited about that. […]. I think it’s somewhat historically accurate » (vidéo no 6). Dans cet extrait en particulier, on constate que l’auto-gratification que s’adresse ce jeune homme, utilisant d’ailleurs le pseudonyme Chris Taino, émerge d’emblée d’une comparaison avec la proportion qui serait selon lui généralement rencontrée chez les autres usagers portoricains. Miguel Gonzalez, un homme âgé d’une quarantaine d’années, explicite davantage ce type de valorisation :

Hello guys, my DNA results just came back, I am doing this video to share the results. So, here they are. According to DNA.com, my genetic makeup is 24% African. Of that, 4% is from North Africa. That’s not secret because Puerto Rico was one of the hubs for the slave trade and, according to this, I am 5% from Senegal, 5% Benin/Togo, 4% Mali […]. A big surprise, and basically unexpected : 16% Native American. This is great ! Of course, Puerto Rico was populated by Taino Indians. And supposedly, they were wiped out within the first 50 years of Columbus landing there and colonizing the Island. So, I am glad, the DNA of Native American carried over and I really proud of this (avec une pointe d’émotion perceptible). (vidéo no 12)

Image 10000000000001C2000000711169D359D4741000.jpg

Vidéo no 12

  • 42 L’étude statistique menée par Martinez-Cruzado et al....

26Il semble qu’être en soi porteur et passeur d’une partie du patrimoine génétique du groupe ethnique qui peuplait42 l’île au moment de la colonisation, et qui a été décimé des suites de celle-ci, soit pour cet usager une réelle source de fierté. On voit ici s’esquisser une forme de capacitation qui s’observe sur une base diachronique tout à fait singulière. Se savoir le descendant d’ancêtres de telle ou telle région du monde alimente une confiance en soi qui s’élabore le long d’un parallèle entre l’histoire des ascendants et la vie quotidienne de l’usager. C’est une dynamique tout à fait intéressante qui se manifeste ici. La découverte des résultats de ces tests transcende l’individu, lequel se trouve confondu dans une histoire qui dépasse complètement son individualité tout en valorisant d’une certaine façon l’individu, en termes de distinction, d’autosatisfaction. C’était prégnant dans l’introduction qu’un de ces usagers énonçait dans sa vidéo : « Hello there, ancestry-DNA-YouTube community, what is my name ? It doesn’t matter. All that’s matter is that I did my DNA test, because I want to see what percentage of each and every continent that I have in me » (vidéo no 10). Cet usager laissait par-là sous-entendre que c’était moins son nom, ce premier habit de ce qui fait son individualité, qui importait que les proportions au travers desquelles son origine s’exprimerait dans les résultats de son test. Aussi, bien que cela semble aller de soi de nos jours, il faut rappeler que le caractère réjouissant d’avoir une ascendance qui réfère à des populations « victimes » est un type d’attitude relativement récent.

27Nous avons indiqué que les usagers énonçaient dans de nombreux cas des hypothèses prédictives sur ce qu’allaient donner les résultats de leur test. Il est sans doute à considérer que ces prédictions découlent d’une articulation entre les souhaits, les informations issues de leur réseau familial et les théorisations profanes échafaudées par certains usagers. Il n’est pas étonnant alors de constater que la découverte de ces pourcentages puisse inversement se traduire par de véritables effets de déception. Prenons par exemple le cas de Valeria, cette jeune femme d’une vingtaine d’années consultant pour la première fois ses résultats en compagnie de sa petite sœur :

Valeria : Oh my god !

Gaby : It’s really cool !

Valeria : Oh, shit. Gaby : It’s a lot of European. Oh you got more African than New World !

Valeria : What is New World ? Ooooh, es nativo americano (affiche une expression de déception)

Gaby : East Asian, two percent ? What ?

Valeria : Almost all Latinos have East Asian.

Gaby : What ?

Valeria : It could be a part of Native American also, because, they came from there.

Image 10000000000001C20000007007609D41CFC220D8.jpgVidéo no 7

28On constate une déception manifeste dans le fait de découvrir que ses résultats indiquent qu’elle possède comparativement une faible proportion du patrimoine « Native American ». On observe d’ailleurs cette tentative de se refaire en soulignant que les pourcentages de la catégorie « East Asian » pourrait grossir la proportion de son patrimoine génétique « amérindien », puisqu’il est considéré que les individus qui sont à l’origine venus peupler l’Amérique latine provenaient de l’Est asiatique. Cette déception rejoint le volet tragique de l’exposition de ces découvertes, qui ne se traduit pas ici par un rejet des résultats mais plutôt par une forme de résignation.

29Notre souci de préciser les dynamiques à l’œuvre dans l’exposition de ces découvertes, nous amène également à interroger la façon même dont ces usagers se focalisent sur ces pourcentages. Nous l’avons souligné, ces découvertes sont essentiellement soumises à l’usager sous la forme de pourcentages. Il est parfois frappant de constater que se découvrir quelques pourcents de plus ou de moins occasionne des effets significatifs dans le compte-rendu de la personne. Le cas d’Angie en offre une illustration :

Another 16 percent, Hispanic Peninsula, it was expected, but I thought it would be 14 percent, no, I am 16 percent ! Which is a real shocker. (vidéo no 11)

30Alors qu’elle estimait partager 14% de son patrimoine avec celui que l’on reconnaît comme caractéristique des habitants de la Péninsule hispanique (y vivant depuis des siècles), découvrir que c’est en fait, deux pourcents de plus, à savoir 16%, se traduit par ce que la jeune femme qualifie de « shocker » (une surprise, un choc). Un autre usager s’efforce d’estimer ses futurs résultats dans une vidéo réalisée en amont de ses découvertes (vidéo dans laquelle il se filme déballant le kit comprenant le test génétique qu’il vient de recevoir) :

I believe I will be the most, close to have if not have, European descent, Spaniard. And, a little less, maybe in the 30th, or 40th, at least. And, a very strong percentage of “Native American”. I believe I will be in the 20th at least, maybe in the 30th […]. (vidéo no 20)

Image 10000000000001C20000007DE8AEF06603F05054.jpgVidéo no 20

31Cette tendance de nombreux de ces usagers à se focaliser sur ces pourcentages et à les mobiliser comme s’ils étaient le tout de l’expérience qu’ils cherchent à relater dans leur vidéo est en soi tout à fait frappant. Il serait utile d’entreprendre un questionnement plus approfondi visant à documenter ces pratiques à l’aune de la tendance sociétale qualifiée de la quantification de soi (quantified self). Dans cette perspective, il faudra nécessairement revenir sur la question du pouvoir du sujet sous-jacent à la production toujours plus importante de données provenant de la personne. Se pose en effet la question de l’univers politique de ces données (propriétés génomiques, algorithmes, big data, quantified self, etc.) : en particulier dans la relation entre la « production » de données qui viennent de soi-même et la responsabilité de l’individu choisissant de produire ces données et de se découvrir au travers de celles-ci. Aussi, il serait intéressant d’approfondir, en situation d’entretien, le niveau de compréhension que l’usager a des indices statistiques qui accompagnent le cas échéant son DNA test.

  • 43 Cet usager découvre qu’il partage, selon les résultat...

32Une autre dynamique de l’engagement de ces usagers aux prises avec ces découvertes renvoie aux théorisations profanes que ceux-ci formulent et, par là, à certaines facettes de leurs ressources critiques. On observe toutes sortes d’interprétations venant étayer leurs découvertes ou visant à les contester indirectement. Mentionnons le cas de l’usager utilisant le pseudonyme « Ricandsanmal » (vidéo no 10), qui s’attendait à découvrir un patrimoine génétique où seraient proportionnellement mises en exergue des origines africaines. Se découvrir un patrimoine africain dans une proportion de 36% suscite davantage sa perplexité que sa déception et l’amène à douter des résultats du test. « I was assuming that I will be at least 60 percent an African, right ? I want to get some explanations ! Is this true ? » La sur-communication de sa texture capillaire, le plan sur le photomontage de sa famille sont les outils lui permettant de mettre en question ces « 37% ». Une prédiction qu’il justifiait rétrospectivement43 en insistant tour à tour sur la texture frisée de ses cheveux : « You see me ? You see my hair ? (en penchant sa tête vers la caméra de sorte à rendre plus visibles ses cheveux). It’s not that curly like an African I guess, but (en pointant l’index et en l’agitant) it was curlier at one point », puis sur la couleur de peau de ses parents, qu’il illustre par un photomontage où son visage apparaît au milieu de celui de chacun de ses parents : « […] I am gonna show you how my hair used to be and how my skin color of both my parents (l’usager tourne sa caméra vers l’écran où un photo-montage laisse apparaître son visage entre ceux de ses parents).

33Valeria, cette jeune femme qui semblait déçue de ne pas retrouver une plus forte proportion de la catégorie « New World » dans le test qu’elle a utilisé, découvre qu’elle partage une partie de son patrimoine génétique avec la population scandinave. L’étonnement fait alors d’emblée place à un commentaire portant sur la couleur de ses cheveux « Scandinavia ? Norway. Really ? I have red hair, it doesn’t show here, bad lightning (en passant de l’écran d’ordinateur à son visage). It’s like auburn ». La couleur de ses cheveux semble ici évoquée de sorte à rendre plus intelligible cette information perçue de manière incongrue. Une autre jeune femme âgée d’environ 25 ans (vidéo no 4) découvre que 22% de son patrimoine génétique proviendrait du continent africain : « And, I don’t know, I was surprised by this. I was also very happy because, growing up I always loved to dance on african music. So, yes, I just think, it’s pretty cool […] ». On ne discerne pas très bien si l’évocation de son appétence pour les musiques qu’elle qualifie d’« africaines » est censée justifier son patrimoine génétique ou s’il s’agit d’opérer une correspondance, une façon de se retrouver dans ces résultats qui font l’objet, chez elle, d’une surprise. Ashattack95 expose un propos relativement similaire quand il rapporte avoir eu préalablement ce sentiment de détenir une ascendance issue du Nigéria :

[…] 36% African, out of this 36%, 12% comes from Nigeria, 7% comes from Ivory Coast/Ghana, in my case it’s Ghana. I figured out I had Nigerian in me, but, I wasn’t one hundred percent sure, you know it’s just one of those gut feeling that you have, but you can’t be sure, it’s cool to see that I was right though. (vidéo no 18)

  • 44 Troy Duster, « Ancestry Testing and DNA : Uses, Limit...

  • 45 Le fichier brut comprenant l’ensemble des mutations g...

34Ces usagers élaborent des théories qui semblent parfois tout à fait improbables afin d’intégrer ces découvertes. Il faut par ailleurs noter que les usagers que nous observons dans ces vidéos ne reviennent pratiquement pas sur la validité ou l’exactitude du test. Or, il n’est pas rare de rencontrer des usagers découvrant des résultats qui ne concordent pas lorsqu’ils ont recours à différentes compagnies ou types de tests44. Notons dans la foulée que certains usagers (vidéos no 17), après la réalisation de leur test génétique initial, multiplient les usages de leur raw data45 sur différentes plateformes en ligne, au travers desquelles ils peuvent affiner et additionner le nombre d’informations reçues sur leurs origines.

  • 46 Anders Nordgren, Eric Thomas Juengst, op. cit., p. 169.

35Dans l’ensemble, il faut considérer que la façon dont la personne intègre ce nouveau savoir sur ses origines relève largement d’une question de croyance. La personne croit ou non aux pourcentages qui lui sont présentés. Nordgren et Juengst ont noté que les informations reçues sont généralement validées quand elles vont dans le sens d’une connaissance antérieure, et contestées quand elles desservent socialement46. Les dynamiques observées permettent d’affiner ce constat. Les catégories au travers desquelles la personne se découvre semblent généralement adoptées quand elles correspondent à celles dans lesquelles l’usager se reconnaît, s’identifie ou souhaiterait s’identifier. On le voit par exemple chez l’usager se prénommant Chris Taino, qui ne porte aucune critique sur ses résultats. Il apparaît tout au contraire particulièrement satisfait de ces « 20% Native American ». Les résultats semblent également acceptés comme tels quand ils n’éveillent pas de tension chez l’usager : « Yeah so, I think this test is pretty accurate, I would highly recommend it to the one of you who wanna know where your family exactly is from or just have an idea […] » (vidéo no 18), ou lorsqu’ils participent d’un travail de distinction de la personne : les résultats alimentent la spécificité de l’usager, une spécificité marquée ici dans ses gènes. Parfois cependant, les résultats découverts sont par trop inintelligibles, et bouleversent certains usagers, notamment parce qu’ils contredisent des récits qui fondent l’histoire familiale :

My mother is half native-american. And I am less than one percent « Native American ». I don’t know how they are going to explain that. (Vidéo n° 23)

36Nous assistons dès lors à des modalités d’écrasement de l’espace d’élaboration de l’humain sur la base des seuls signes issus des résultats de ces tests génomiques.

37Revenons également sur la présence d’autrui inhérente à ces vidéos. Comment peut-on finalement interpréter cette pratique, en expansion d’ailleurs, qui amène ces usagers à partager la découverte de leurs origines ? Cette question en soi doit faire l’objet d’une réflexion plus circonstanciée. Esquissons toutefois quelques éléments de réponse. Premièrement, cette pratique s’inscrit dans une tendance beaucoup plus large, favorisée par la multiplication et l’omniprésence des réseaux sociaux, qui consiste à exposer sa vie quotidienne. Des pratiques qui participent d’un affaiblissement sans précédent des frontières entre le privé et le public. Ensuite, publier cette vidéo permet également de publiciser le fait d’appartenir à un groupe plus qu’à un autre. L’identification à un groupe, qu’il soit ethnique ou national, ou encore qu’il soit plus largement, comme ici, une catégorie identitaire (« Native American », « African », « Nigerian », « Spaniard », etc.), qualifiée d’ « ethnique » ou d’ « ancestrale », nécessite la confrontation avec autrui. Barth (1969) a été le premier à systématiser la démonstration dans sa théorie dynamique de l’appartenance ethnique, qui s’étend potentiellement à toutes formes d’appartenance. Bien sûr, mettre en commun ses découvertes, c’est dans le même mouvement une façon d’obtenir un soutien, de faire d’autrui un support. Il n’est sans doute pas anodin qu’une jeune femme (vidéo no 9) rapporte avoir attendu toute la journée que sa famille soit rassemblée avant d’ouvrir finalement le lien menant à ses résultats (« We have been waiting all day for being together »). On pouvait également percevoir à quel point l’énonciation de ses prédictions l’amenait à considérer les regards et les expressions de ses proches : « I think there is also Italian and some African, Native American (se tournant ensuite vers un membre de sa famille situé derrière la caméra), You don’t think so ? (en se mettant à rire nerveusement). Ok, we’ll see. I am gonna open up this now ! ».

  • 47 George Herbert Mead, L’esprit, le soi et la société, ...

  • 48 Pensons une seconde aux applications de plus en plus ...

38Finalement, ces informations à caractère génétique offrent une connaissance relativement formelle de soi, peu contestable, à tout le moins peu contestée par ces usagers. Ne serait-ce pas l’une des dimensions recherchées ou du moins valorisées par la personne, ce besoin de connaissances formalisées afin de soutenir des identités contemporaines qui se veulent de plus en plus flexibles ? Nous pourrions soutenir le postulat que se découvrir empiriquement plutôt que dans la fluidité de choix existentiels soutienne la consistance incertaine des êtres humains. Cela pourrait permettre de comprendre pourquoi ces informations à caractère génétique sont investies et présentées de manière partiale. Dans ce cadre, il pourrait être pertinent de considérer qu’autrui, le spectateur de ces vidéos, fasse l’objet d’une instrumentation. Le travail d’intégration identitaire semble s’exercer sur une base unidirectionnelle. Cette intégration ne s’opère pas via le retour de l’autre, elle ne s’opère pas dans le reflet du miroir au travers duquel se construit l’identité de l’interactant47. Ces propriétés génétiques semblent pouvoir en effet faire l’objet d’une élaboration qui se passe dans une certaine mesure du retour de l’autre. Le miroir est essentiel et plus que jamais orienté face à l’action48 ; or son reflet semble étrangement relégué. Il est une lucarne plus qu’un reflet auquel nous prêtons attention. Il ne s’agit évidemment pas de minimiser la place occupée par autrui dans l’expérience du recours et du partage de ses propriétés génétiques. On a d’ailleurs pu constater son omniprésence. L’hypothèse à approfondir serait plutôt que ce type d’information à caractère génétique, s’inscrivant sous un horizon aussi bien probabiliste que déterministe, suspend dans une certaine mesure la nécessité du retour de l’autre dans le processus de constitution identitaire.

Conclusions. Préciser ses origines entre subjectivation et désubjectivation

39Alors que l’humain cherche à définir son identité dans un contexte caractérisé par un pluralisme sans précédent des visions du monde, la référence génétique aux origines est un moyen propice – plus que jamais aujourd’hui, comme en témoigne l’engouement général pour la généalogie – de se distinguer mais aussi de stabiliser notre identité. Alors même que ces données relativement objectivantes / désubjectivantes rendent problématique la position de sujet agissant, il semblait pertinent de partir de l’exposition de ces découvertes perceptible dans ces vidéos, une exposition requérant un retour de la personne sur sa subjectivité. Ce double recours aux tests génétiques d’une part et, d’autre part, l’investissement de vidéos au travers desquelles cette expérience est exposée, racontée, interprétée, contribuent à la consolidation de la personne, et révèlent l’une des façons infinies dont les technologies numériques sont mobilisées par l’humain pour traiter le tourment identitaire.

40Nous avons esquissé dans ce texte des dynamiques au travers desquelles la personne s’accommode de la découverte des propriétés génomiques relatives à son ancestralité. Dans cette perspective, nous avons pu préciser quelques-uns des risques de cette nouvelle pratique mais aussi des opportunités permettant de se découvrir dans des facettes jusqu’alors inaccessibles à l’usager lambda.

  • 49 Nicole Prieur, op. cit., p. 187.

41En effet, alors même que chacun des pourcentages reçus sont associés à des probabilités (ils correspondent à la valeur médiane d’une distribution de probabilité), ils semblent avant tout être perçus sous un prisme déterministe et non pas probabiliste. Les usagers ne semblent pas véritablement prendre de distance critique avec cet indice statistique, qui se présente sous les traits d’un réalisme formel. Ces pourcentages marquent la personne (« I am 21 percent native american »), et constituent, comme toute « sacralisation ou crispation sur les origines […] un véritable obstacle au travail de subjectivation »49.

Les origines singularisent un individu à partir du moment où il les reconnaît, les ignore, les renie, les transmet et les oublie. […] Les origines ne sont pas une réalité immuable, inaltérable qui parlerait d’une pureté perdue qui serait à préserver et à sauver […].

42L’origine ne se laisse pas réduire à un point fixe ou définitif de notre histoire, ni à une date ou à un lieu de naissance, et encore moins à un pourcentage… C’est ce qui semble pourtant apparaitre dans les cas où la personne intègre sans aucune distanciation ces indications sur ses origines.

43Nous avons explicité une tendance transversale dans la façon dont la personne expose la découverte de ces pourcentages : elle semble osciller entre l’excitation, voire l’ivresse que lui procurent ces découvertes, la dramatisation inhérente à la sur-communication de son émotion, le caractère tragique d’une révélation ne correspondant pas toujours aux attentes et l’insignifiance feinte d’une conduite empreinte de jeu et d’ironie. Dans ces vidéos, les personnes jouent, jouissent et s’émeuvent de cette tension – sans jamais l’évoquer – et du décalage entre la grande publicité (le côté scientifique notamment) et leur intimité cachée (leur ADN). Au travers de ces différentes compositions, l’usager semble évoluer, avec une certaine virtuosité parfois, dans un registre où il semble se poser en extériorité par rapport à sa subjectivité.

44Au-delà de la crispation parfois manifeste liée aux pourcentages et aux oscillations entre le drame et l’insignifiance, nous avons pu observer des efforts d’intégration identitaire passant par des dynamiques permettant à la personne de réinjecter son humanité ; pas nécessairement comme un sujet autonome, critique et responsable mais du moins comme un sujet empreint de vulnérabilité. En effet, bien que ces pourcentages soient manifestement perçus comme des causalités assez formelles, ceux-ci font néanmoins l’objet de valuations, ils sont estimés, commentés ; ils produisent des rentes positives ou négatives et ouvrent sur des spécificités peu couvertes dans l’analyse sociologique. Nous avons notamment montré certaines de ces dynamiques en termes de doute, de déception, de renforcement de la confiance en soi s’opérant sur une base diachronique singulière, etc.

45Il importe d’être attentif aux développements opérés dans ce secteur de la génomique personnalisée, en particulier à leurs effets sur le rapport à soi et à autrui. Si les vidéos que nous avons ici étudiées constituent un espace d’observation privilégié des transformations qu’occasionne l’accès à ces nouveaux savoirs (du lien social, de la subjectivité, de la problématisation des identités, des frontières entre le public et l’intime), toutefois, elles ne s’y limitent aucunement. Bien des pistes de recherche pourraient s’ouvrir sur la base de ces pratiques relativement nouvelles. Nous avons brièvement attiré l’attention sur l’usage très spécifique que les compagnies commercialisant ces tests font du vocabulaire de l’origine ethnique et nationale. Il importerait, au-delà des utilisateurs de ces tests sur lesquels nous nous sommes ici centré, de mener une étude en amont, et de questionner plus finement l’interface, les discours et la mise en forme que mobilisent les promoteurs de ces tests.

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URL des vidéos discutées

Vidéo no 1 – <https://www.youtube.com/watch?v=XEkVs3oRclA>

Vidéo no 2 – <https://www.youtube.com/watch?v=K1C-Xv1FWjg>

Vidéo no 3 – <https://www.youtube.com/watch?v=zX59Kj4RTM0>

Vidéo no 4 – <https://www.youtube.com/watch?v=nbR4EcIGdMk>

Vidéo no 5 – <https://www.youtube.com/watch?v=HJdNJ0c9-Rw>

Vidéo no 6 – <https://www.youtube.com/watch?v=Rzz8sO0NEMw>

Vidéo no 7 – <https://www.youtube.com/watch?v=5aNFamhum38>

Vidéo no 8 – <https://www.youtube.com/watch?v=jU4mMOSW4Kg>

Vidéo no 9 – <https://www.youtube.com/watch?v=Pe0oJFmv7oE>

Vidéo no 10 – <https://www.youtube.com/watch?v=CxfunZqOiLw>

Vidéo no 11 – <https://www.youtube.com/watch?v=nTERqO9aIhI>

Vidéo no 12 – <https://www.youtube.com/watch?v=WNNN_q6f4KU>

Vidéo no 13 – <https://www.youtube.com/watch?v=a5sOUNQGb6M>

Vidéo no 14 – <https://www.youtube.com/watch?v=2gOqt1DPpB8>

Vidéo no 15 – <https://www.youtube.com/watch?v=NNgeM5In9wg>

Vidéo no 16 – <https://www.youtube.com/watch?v=YrUaKkXFqnk>

Vidéo no 17 (partie 4) – <https://www.youtube.com/watch?v=2iLpH9ecwjE>

Vidéo no 17 (partie 1) – <https://www.youtube.com/watch?v=WdxpIQ2YXiE>

Vidéo no 17 (partie 2) – <https://www.youtube.com/watch?v=YWrgIii8mvg>

Vidéo no 17 (partie 3) – <https://www.youtube.com/watch?v=ZWMMazTxJuI>

Vidéo no 18 – <https://www.youtube.com/watch?v=bRImAOOnxCw>

Vidéo no 19 – <https://www.youtube.com/watch?v=cSqOm7lEAho>

Vidéo no 20 – <https://www.youtube.com/watch?v=ksgoy-WrffI>

Vidéo no 21 – <https://www.youtube.com/watch?v=6-2A6N7Laaw>

Vidéo no 22 – <https://www.youtube.com/watch?v=ArLW_mt8Is0>

Vidéo n°23 - https://www.youtube.com/watch?v=YoS5pbz-fLI

Notes

1 Anders Nordgren, E. Thomas Juengst, « Can genomics tell me who I am ? Essentialistic rhetoric in direct-to-consumer DNA testing », New Genetics and Society, 2009, vol. 28, no 2, p. 161

2 Lesley Goldsmith et al., « Direct-to-consumer genomic testing : systematic review of the literature on user perspectives », European Journal of Human Genetics, 2012, no 20, p. 811

3 Il n’existe pas de définition bien arrêtée pour désigner un DTC GT ; la notion recouvre en quelque sorte l’achat par Internet – dans l’immense majorité des cas, mais pas nécessairement – d’un service auprès d’une compagnie privée visant l’analyse de l’ADN (de l’ARN, protéines le cas échéant) de la personne. Les tests ainsi désignés prennent presque systématiquement la forme de tests salivaires disponibles à l’achat via des sociétés commerciales possédant un site web (http://dnatestingchoice.com). Certaines sociétés peuvent également proposer des tests sanguins consistant en la prise d’un échantillon de sang dans la pulpe d’un doigt.

4 Pascal Ducournau et al., « Tests génétiques en accès libre sur Internet. Stratégies commerciales et enjeux éthiques et sociétaux », Médecine/Sciences, 2011, vol. 27, no 1, p. 95-102.

5 Le secteur qui voit naître ces compagnies est très fluctuant. De nouvelles sociétés apparaissent, d’autres disparaissent silencieusement, sans que l’on connaisse toujours les raisons spécifiques les ayant menées à cesser leurs activités (rapport du SHC, « Direct-to-consumer genetic testing services », Publication of the superior health council, 2012, no 8714, p. 9). Certains commentateurs prédisent une augmentation de leur nombre, d’une part du fait de la diminution croissante des coûts de réalisation des tests et d’autre part, du fait de la prolifération des découvertes scientifiques liées au génome qui fournissent de nouvelles opportunités (Pascal Su, « Direct-to-Consumer Genetic testing : A Comprehensive View », Journal of Biology and Medicine, 2013, no 86, p. 359-365). On ne sait que peu de choses quant au poids économique du secteur. Selon certaines projections cependant, le marché de ces DTC GT atteindrait l’équivalent de 230 millions d’euros d’ici 2018 (Su, ibid., p. 360). Sur le thème du secteur et de sa législation, voir l’excellente synthèse réalisée par Hogarth, Javitt, & Melzer (Stuart Hogarth, Gail Javitt, David Melzer, « The current landscape for direct-to-consumer genetic testing : legal, ethical, and policy issues. », Annu Rev Genomics Hum Genet, 2008, 9, p. 161-182).

6 Pour l’anecdote, la compagnie https://www.dna-worldwide.com/ propose un test permettant d’évaluer le patrimoine génétique de nos animaux de compagnies.

7 Royal et al. présentent, dans leur article, une liste détaillée des compagnies proposant de tels tests en 2010. D. R. Royal et al., « Inferring Genetic Ancestry : Opportunities, Challenges, and Implications », The American Journal of Human Genetics, 2010, no 86, p. 662.

8 Superior Health Council, op. cit.

9 Fredrik Barth, Ethnic Groups and Boundaries : The Social Organization of Culture Difference ‬(1969), Oslo : Universitetsforlaget, 1998.

10 Pierre Petit a signalé le caractère embarrassant de la notion d’ethnicité, qui connait des usages se situant à plusieurs niveaux : concept scientifique au sens dur, catégories du sens commun, mais aussi des catégories utilisées dans les engagements et les discours politiques pour justifier des orientations sur le bien commun.

11 Nous renvoyons vers les travaux d’Alondra Nelson, notamment The Social Life of DNA : Race, Reparations, and Reconciliation after the Genome, Boston : Beacon Press, 2016 et Genetics and the Unsettled Past : The Collision of DNA, Race, and History, New Brunswick, N.J. : Rutgers University Press, 2012, pour des développements approfondis sur les relations entre l’usage des catégories raciales et le recours à la génétique. Voir aussi l’ouvrage de Stefania Capone, Les Yoruba du Nouveau Monde. Religion, ethnicité et nationalisme noir aux Etats-Unis, Karthala, Paris, 2005.

12 Le terme ancestría (ancestry) est un néologisme en espagnol, le concept d’ascendencia étant plus fréquent. Voir Ernesto Schwartz-Marín, Peter Wade, « Explaining the visible and the invisible : Public knowledge of genetics, ancestry, physical appearance and race in Colombia », Social Studies of Science, 2015, vol. 45(6), p. 891.

13 <http://www.dictionary.com/browse/ancestry?s=t>

14 https://www.choicedna.com/our-testing-services/ancestry-lab-testing/. Traduction libre : « L’examen clinique de votre ancestralité vise à en déterminer les ressorts “bio-géographiques” et peut ouvrir bien d’autres portes de votre passé. Quelle meilleure façon de découvrir vos aïeux que de rechercher votre patrimoine génétique ? Votre ADN est transmis de génération en génération, et de fait, ce type de test va révéler énormément de choses sur l’histoire de votre famille ».

15 <http://www.ancestry.fr/cs/offers/subscribe?sub=1>

16 À l’inverse, le terme anglais « filiation » correspond au français « descendance ». Selon Christian Ghasarian, ces « faux amis ont engendré bien des ambiguïtés et des contresens dans les interprétations réciproques. Notons par ailleurs que certains anthropologues français préfèrent parler de “descendance” plutôt que de “filiation” (Lévi-Strauss, 1949 ; Verdon, 1991) ». Christian Ghasarian, Introduction à l’étude de la parenté, Paris : Seuil, 1996, p. 57.

17 « Elle détermine de qui on acquiert son identité sociale et son statut, de qui on hérite les droits de propriété, les titres, les obligations, etc. Elle n’est pas forcément biologique. Le lien de parenté tracé par la filiation est avant tout social. En droit français, elle est légitime, naturelle ou adoptive ». Op. cit., p. 57.

18 Ibid.

19 Pour une description plus détaillée des techniques utilisées, voir : Mark D. Shriver et Rick A. Kittles, « Genetic ancestry and the search for personalized genetic histories », Nature, vol. 5, 2004, p. 611-618.

20 Voir également le texte de Jean-Luc Bonniol et Pierre Darlu, « L’ADN au service d’une nouvelle quête des ancêtres ? », Civilisations, 2014, 63, p. 201-219, sur les différentes stratégies et méthodes des généticiens/généalogistes.

21 Bernard Lo, Lindsay Parham, « The impact of Web 2.0 on the Doctor-Patient Relationship », Journal of Law Medical Ethics, mars 2010, no 38, p. 19. Traduction libre : « Ces sites web de “consumérisme génétique” ou de “génétique récréative” facilitent la mise en réseau de personnes partageant des mêmes préoccupations et des résultats génétiques de même nature ».

22 De nombreuses occurrences apparaissent également au travers des mêmes mots clés en langue espagnole.

23 Les vidéos relatant la réalisation d’un test portant sur des prédispositions génétiques en matière de santé (health-related) apparaissent nettement moins nombreuses. Il faut sans doute considérer qu’il est plus aisé d’évoquer ses origines que les prédispositions que l’on aurait à développer des pathologies. Il ne faut cependant pas généraliser au niveau de l’ensemble des usagers de ces tests génomiques la pratique de diffusion de leur expérience en ligne. La majorité des usagers de tels tests ne le font sans doute pas, car il y aurait manifestement beaucoup plus de vidéos.

24 Voir Eviatar Zerubavel, Ancestors and Relatives : Genealogy, Identity and Community, Oxford ; New York : Oxford University Press, 2012.

25 Les usagers enquêtés feront souvent référence, le cas échéant, au fait qu’ils sont « Puerto Rican, born and raised », autrement dit qu’ils ont été élevés à Porto Rico, de parents portoricains. La catégorie ethnique Boricua est utilisée dans ce cadre (dérivée du nom, en langue arawak, donné à l’île de Porto Rico par les Indiens Tainos qui peuplaient l’île avant la colonisation : Boriquen signifiant la Terre des hommes courageux). Ces catégories ethniques sont mobilisées dans l’opposition faite aux descendants de Portoricains qui vivent, parfois depuis deux ou trois générations, aux États-Unis. Soulignons à ce propos que davantage de Portoricains vivent sur le continent (surtout dans l’État de New-York et en Floride) que sur l’île.

26 Peter Wade et al., « Genomic research, publics and experts in Latin America : Nation, race and body », Social Studies of Science, 2015, vol. 45 (6), p. 776.

27 « The genetic makeup of Puerto Ricans is very mixed » (vidéo no 17) ; « I am Puerto Rican, so I know, as being Puerto Rican, you are a mixture of many different [moment d’hésitation] of many different races » (vidéo no 04).

28 Ces catégories sont le plus souvent mobilisées dans ces vidéos, lesquelles peuvent servir de classifications de sens commun comme le rappellent Wade et al., « Genomic research, publics and experts in Latin America : Nation, race and body », Social Studies of Science, 2015, vol. 45(6), p. 777.

29 Cette mise en forme varie selon la compagnie mobilisée.

30 Anna Harris, Susan E. Kelly, Sally Wyatt, « Autobiologies on YouTube : narratives of direct-to-consumer genetic testing », New Genetics and Society, 2014, no 33, p. 71.

31 Jean-Louis Genard, « Investiguer le pluralisme de l’agir : Discussion de l’ouvrage de Laurent Thévenot L’Action au pluriel. Sociologie des régimes d'engagement », SociologieS [En ligne], Grands résumés, L’Action au pluriel. Sociologie des régimes d'engagement, mis en ligne le 06 juillet 2011, disponible sur : <http://sociologies.revues.org/3574>.

32 Pascal Viot, Luca Pattaroni, Jérôme Berthoud, « Voir et analyser le gouvernement de la foule en liesse. Eléments pour l’étude des rassemblements festifs à l’aide de matériaux sonores et visuels », ethnographiques.org, 2010, no 21 [en ligne], disponible sur : <http://www.ethnographiques.org/2010/Viot,Pattaroni,Berthoud>, consulté le 13.07.2015.

33 Nicolas Auray, « Le Web participatif et le tournant néo-libéral : des communautés aux solidarités », in : S. Proulx, F. Millerand, J. Rueff (dirs.), Web relationnel : mutation de la communication?, Montréal : Presses Universitaires de Québec, 2009, p. 20.

34 Anders Nordgren, Eric Thomas Juengst, op. cit., p. 157-172.

35 Jean-Luc Bonniol, Pierre Darlu, op. cit., p. 203.

36 Nicole Prieur, « La transmission de l’origine dans les nouvelles formes de filiation », Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 2007, no 38, p. 176.

37 Ibid., p. 187.

38 Certains usagers déclarent parfois qu’ils n’étaient pas satisfaits de la « qualité » de leur premier enregistrement et soulignent alors explicitement qu’il ne s’agit du moment précis où ils ont découvert leur « DNA results ».

39 Vidéo 17 (partie 2).

40 D’autres usagers se filment en présence d’un proche ou communiquent la découverte de leur « résultats » au téléphone (mise en abîme de ce besoin de communiquer ces résultats).

41 Vladimir Jankelevitch, L’ironie (1936), Paris : Champs, Essais, 1964, p. 133.

42 L’étude statistique menée par Martinez-Cruzado et al. indique que le patrimoine génétique amérindien que possède aujourd’hui un Portoricain a une probabilité plus marquée de provenir du groupe ethnique indigène, les Tainos. Juan Carlos Martínez-Cruzado et al., « Reconstructing the Population History of Puerto Rico by Means of mtDNA Phylogeographic Analysis », American Journal of Physical Anthropology, 2006, no 128, p. 150.

43 Cet usager découvre qu’il partage, selon les résultats de ce test, un patrimoine africain à 37%. Cette découverte le laisse perplexe dans la mesure où, comme il l’indique : « I was assuming that I will be at least 60 percent an African, right ? I want to get some explanations ! Is this true ? » La sur-communication de sa texture capillaire, le plan sur le photomontage de sa famille sont les outils lui permettant de mettre en question ces « 37% ».

44 Troy Duster, « Ancestry Testing and DNA : Uses, Limits – and Caveat Emptor », in : Barbara Prainsack, Silke Schicktanz, Gabriele Werner-Felmayer (dirs.), Genetics as Social Practice: Transdisciplinary Views on Science and Culture (Theory, Technology and Society), London, New York : Routledge, 2014, p. 62.

45 Le fichier brut comprenant l’ensemble des mutations génétiques testées par la compagnie. Un document que l’usager peut télécharger sur le site de la compagnie où il découvre ses résultats.

46 Anders Nordgren, Eric Thomas Juengst, op. cit., p. 169.

47 George Herbert Mead, L’esprit, le soi et la société, Nouvelle traduction et introduction de Daniel Cefaï et Louis Quéré, Paris : Presses Universitaire de France, 2006,

48 Pensons une seconde aux applications de plus en plus variées (Snapchat, Instagram, Facebook, Flicker, Periscope, Whatsapp, Flashgap, etc.) permettant de capturer et de projeter sur des réseaux sociaux nos vies quotidiennes, dans nos activités les plus familières et éloignées d’un public élargi, aux plus formellement publiques.

49 Nicole Prieur, op. cit., p. 187.

Pour citer ce document

François Romijn, «Exposer et intégrer la découverte de ses « origines »», [En ligne], Numéros en texte intégral /, Filiation, imaginaires et sociétés, Partie II - Filiation empêchée, transmission récusée et construction d’identité, mis à jour le : 27/11/2017, URL : https://revues.univ-pau.fr/abay/2057.

Quelques mots à propos de :  François  Romijn

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