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Revue interdisciplinaire d'études hispaniques

| 2017 Annexe : Rencontre avec Alexis Ravelo et Rafael Reig

Émilie Guyard

Présentation des écrivains

Article

Le texte présenté en annexe est la transcription d’une rencontre qui s’est tenue à l’Université de Pau et des pays de l’Adour le vendredi 29 septembre 2017. Dans le cadre du colloque « Espaces urbains et grands espaces : cartographie du lien social dans le roman noir hispanique contemporain », organisé en collaboration avec le Festival « Un aller-retour dans le Noir », Alexis Ravelo et Rafael Reig ont en effet très aimablement accepté de se prêter au jeu d’une table-ronde suivie d’un débat avec le public1. Les quelques lignes de présentation qui suivent s’adressent à ceux qui ne connaîtraient pas encore ces deux auteurs de polars espagnols désormais incontournables.

Texte intégral

  • 2 Cette auto-description figure sur les pages du blog de...

1Alexis Ravelo, né en 1971 à las Palmas de Gran Canaria, est en passe de devenir l’un des écrivains les plus emblématiques des îles Canaries. Après avoir pratiqué de nombreux petits métiers, l’auteur, qui se décrit lui-même comme « escribidor calvo que sobrevive escribiendo cualquier cosa que le permita mantener su dieta de bocadillos de chopped y cerveza »2, publie son premier roman noir en 2006 autour de celui qui deviendra son personnage fétiche : Eladio Monroy. Eladio est un personnage d’enquêteur atypique dans les pages de la littérature policière : il n’est policier, ni détective privé, ni même journaliste. Ancien chef mécanicien dans la Marine, il complète sa maigre retraite en acceptant des petits boulots qui frôlent souvent – quand ils n’en relèvent pas franchement – l’illégalité. À ce jour, la série consacrée à Eladio Monroy compte cinq romans : Tres funerales para Eladio Monroy (2006), Sólo los muertos (2008), Los tipos duros no leen poesía (2011), Morir despacio (2012) et enfin El peor de los tiempos, publié en 2017.

  • 3 Ces deux derniers romans constituent d’ailleurs les de...

2Si Eladio Monroy lui avait permis de se faire connaître et apprécier du grand public depuis le milieu des années 2000, ce n’est qu’à partir de 2013 qu’Alexis Ravelo obtient enfin la reconnaissance, bien méritée, de la critique. Avec son roman La última tumba, l’auteur gagne en effet le Prix Getafe du meilleur roman noir de 2013. Depuis lors, son succès ne s’est plus jamais démenti : La estrategia del pequinés remporte l’année suivante le plus prestigieux de tous les prix littéraires de littérature policière en Espagne : le Prix Dashiell Hammett du meilleur roman noir décerné par le Festival de Gijón et Las flores no sangran est lauréat du Prix du Meilleur Roman du Festival Valencia Negra en 20153. Malgré l’absence de personnages récurrents dans ces trois romans, La última tumba La estrategia del pequinés et Las flores no sangran présentent un univers romanesque d’une grande cohérence. Tous trois racontent les aventures – ou plus précisément les mésaventures – de petits escrocs condamnés à magouiller pour tenter de s’extraire d’un milieu qui les condamne à la misère.

  • 4 Dans une interview accordée à El País en 2016, Alexis ...

3Comme on l’aura compris, tous les romans noirs de l’auteur ont un point commun : dans des îles Canaries rongées par le chômage, le trafic de drogue et la corruption, qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’image idyllique que l’on en trouve sur les brochures touristiques, les romans noirs de Ravelo racontent les déboires de petits malfrats dont les coups tournent presque toujours mal. Comme il le dit lui-même, Ravelo s’intéresse aux petites gens. Il ne sait pas – ou plutôt ne veut pas – écrire sur des personnages de gagnants ; il préfère laisser cette tâche à des magazines tels que Forbes ou Hola4.

4Rafael Reig est né à Cangas de Onís, dans les Asturies, en 1964, mais il a vécu en Colombie pendant son enfance, a poursuivi ses études à Madrid pour soutenir finalement une thèse consacrée aux prostituées dans le roman du xixe siècle à New York. Depuis quelques années, il est l’heureux propriétaire d’une librairie qu’il a ouverte dans son village de Cercedilla dans la Communauté de Madrid.

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5Rafael Reig a publié ses premiers romans dans les années 1990 (Esa oscura gente, Exadra, 1990 ; Autobiografía de Marilyn Monroe, Júcar, 1992 et La fórmula Omega, Lengua de trapo, 1998) mais c’est avec la publication de Sangre a borbotones en 2002 qu’il obtient la reconnaissance du public et de la critique. Ce roman présente de nombreuses similitudes avec Guapa de Cara publié un an plus tard : les deux volumes, qui peuvent être qualifiés de romans noirs d’anticipation métafictionnels, sont situés dans un Madrid imaginaire des plus surprenants. Dans l’univers alternatif inventé par Rafael Reig, l’Espagne a été envahie par les Etats-Unis après la mort de Franco. L’US Iberian Federation est désormais une colonie nord-américaine et ses habitants sont contraints d’y parler une langue dérivée de l’anglais, nommée « l’anglo ». Suite à la disparition du pétrole, Madrid est submergée par les eaux et la célèbre Avenue de la Castellana est devenue un canal qui divise la ville en deux : d’un côté se trouve la Rive Droite, résidentielle et bourgeoise ; de l’autre, la Rive Gauche abrite les classes moyenne et inférieure de la population.

6Dans les pages de Todo está perdonado (publié 2010 et lauréat du prestigieux Prix Tusquets de novela), le lecteur retrouve Carlos Clot, le détective privé qui apparaissait dans Sangre a Borbotones et Guapa de cara. Ce roman, qui se situe de nouveau dans le Madrid inondé décrit plus haut, est à la fois un roman policier et un portrait très ironique de l’Histoire récente de l’Espagne. L’enquête sur la mort de Laura Gamazo, fille d’un riche industriel madrilène, le jour de sa noce est l’occasion de reconstituer l’histoire de cette famille depuis la Guerre Civile jusqu’à la période que le narrateur surnomme très ironiquement l’« Immaculée Transition ».

  • 5 Rafael Reig, Ce qui n’est pas écrit, Paris : Métailié,...

7Lo que no está escrito publié en 2012 et traduit en France sous le titre Ce qui n’est pas écrit, conduit le lecteur dans un espace totalement différent des romans précédents5. Qualifié par l’éditeur Points de « thriller », ce roman raconte l’histoire d’un père de famille divorcé qui décide d’emmener son fils adolescent en montagne pour un weekend de randonnée. Avant de partir, il oublie (volontairement ?) le manuscrit du roman qu’il est en train d’écrire chez son ex-femme. Or, à mesure que Carmen se plonge dans la lecture dudit manuscrit, elle est gagnée par l’angoisse : le roman est un polar sombre et violent dans lequel la femme perçoit des menaces à peine voilées contre elle ou contre son fils.

  • 6 Rafael Reig, La position du pion, Paris : Métailié, 20...

8Un árbol caído (Tusquets Editores, 2015) est le second roman de Rafael Reig publié en France6. Ce roman, qui peut être qualifié de chronique désenchantée de l’histoire récente de l’Espagne, raconte l’histoire de plusieurs familles espagnoles entre 1962 et 2003 prises entre compromissions et renoncements idéologiques. Quant aux deux derniers ouvrages de l’écrivain, Señales de humo et La cadena trófica, ce ne sont pas des romans conventionnels. À mi-chemin entre le roman et l’essai, qualifiés par leur auteur de « Manuels de littérature pour cannibales », ces ouvrages ont pour personnages Fernando de Rojas, Lázaro de Tormes, Cervantès, Gabriel García Márquez, etc… et revisitent l’histoire de la littérature espagnole et hispano-américaine de façon totalement personnelle et iconoclaste mais très érudite !

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9Ces deux auteurs passionnants, fervents amateurs de romans policiers et de littérature en général, ont accepté de répondre à nos questions et nous ont livré leur conception personnelle du roman noir et plus précisément de la dimension de l’espace dans leur œuvre.

Notes

1 Nous profitons de cette occasion pour remercier chaleureusement Stéphane Laborde et Jean-Christophe Tixier, organisateurs du Festival « Un aller-retour dans le Noir », pour leur soutien et leur aimable collaboration.

2 Cette auto-description figure sur les pages du blog de l’auteur intitulé Ceremonias. Pequeñas píldoras para leer rápido y pensar despacio consultable à l’adresse suivante :<https://alexisravelo.wordpress.com/>

3 Ces deux derniers romans constituent d’ailleurs les deux premiers ouvrages de l’auteur canarien publiés en France Mirobole : Les fleurs ne saignent pas, Bordeaux, Mirobole, 2016, 441 p. et La stratégie du pékinois, Bordeaux, Mirobole, 2017, 315 p.

4 Dans une interview accordée à El País en 2016, Alexis Ravelo déclare : « No sé escribir sobre triunfadores. De eso se encargan ‘Forbes’ y ‘Hola ». Interview du 3 août 2016, consultable sur <https://elpais.com/cultura/2016/03/08/actualidad/1457429131_890449.html>

5 Rafael Reig, Ce qui n’est pas écrit, Paris : Métailié, 2014, 240 p. Publié en édition de poche chez Points en 2015 : Paris : Points, 2015, 288 p.

6 Rafael Reig, La position du pion, Paris : Métailié, 2017, 288 p.

Pour citer ce document

Émilie Guyard, «Présentation des écrivains», [En ligne], Numéros en texte intégral /, Roman Noir: espaces urbains et grands espaces, Annexe : Rencontre avec Alexis Ravelo et Rafael Reig, mis à jour le : 09/01/2018, URL : https://revues.univ-pau.fr/abay/2438.