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Revue interdisciplinaire d'études hispaniques

1 | 2011 Pouvoirs et écritures

Isabel Ibáñez

Avant-propos

Article

Texte intégral

1Cet ensemble de travaux se propose de cerner comment l’écriture (de fiction ou non) entre en relation avec les stratégies ‘du’ Pouvoir ou ‘de’ Pouvoir en matière de construction d’identité ou, au contraire, d’altérité. Les domaines d’étude sont littéraires (théâtre, prose narrative, poésie, ouvrages didactiques…) ou civilisationnels, au sens large du terme. La période choisie se structure autour du ‘double’ Siècle d’or espagnol constitutif du ‘noyau dur’ de l’identité hispanique, pour des raisons historiques, idéologiques et politiques. Elle inclut donc son ‘avant’, le xve siècle, où d’autres destins sont encore possibles pour la péninsule, et son ‘après’, le xviie siècle, qui peine à gérer et à dépasser cet encombrant héritage ‘identitaire’.

2Ainsi le théâtre religieux du xve siècle exprime-t-il la croyance de principe dans le pouvoir intégrateur de la Religion (étymologiquement, le ‘lien’ qui soude une communauté humaine), même dans le cas de cette altérité maximale que représente le juif déicide et sacrilège (Sébastien Riguet, Université de Pau et des Pays de l’Adour).

3Il n’en va plus de même à l’ère de la modernité, comme le montre l’étude des comedias de batallas (Luc Capique, Isabel Ibáñez, Marielle Nicolas, Université de Pau et des Pays de l’Adour), qui mettent en scène la gloire de l’Un catholique, monarchique, castillan et identitaire.

4A la même période, c’est autour de cette identité que, lors de catastrophes épidémiologiques telle la peste, Gavaldá, dominicain médecin des âmes autant que des corps, propose de réorganiser le corps social attaqué par cette altérité fondamentale qu’est la maladie (Nathalie Peyrebonne, Université de La Sorbonne Nouvelle, Paris 3). D’ailleurs, ne s’agit-il pas de la même entreprise de transformation morale – ou de son symétrique, la subversion morale – que proposent et la prose didactique et la picaresque, que ce soit, comme dans le premier cas, pour trouver une issue à la crise que connaît l’Espagne de Philippe iv (Blandine Daguerre, Université de Pau et des Pays de l’Adour) ou, comme dans le second cas, pour quitter ce territoire de l’altérité par excellence qu’est la marginalité et occuper l’espace central de l’Autre à défaut de devenir l’Autre ? (Cécile Bertin, Université des Antilles et de la Guyane).

5Pendant ce temps, sous d’autres latitudes, la connaissance de l’Autre – l’indien, sa(es) société(s), sa langue – est un moyen efficace de domination progressive en vue de son assimilation par l’identité colonisatrice (Elvezio Canónica, Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3, Nejma Kermele, Université de Pau et des Pays de l’Adour).

6Le xviiie siècle, qui héritera de ces crises non-résolues, tentera également de gérer ce legs littéraire, culturel, et sociologique que fut le florissant théâtre commercial auriséculaire en prétendant le faire devenir ‘Autre’. Ainsi les ilustrados tentèrent-ils d’imposer un nouveau théâtre plus ‘moral’, plus conforme – sur le plan éthique et esthétique – à la nouvelle identité qu’ils désiraient construire pour leur pays. Mais leur entreprise se heurta au goût du public fortement enraciné dans la tradition auriséculaire, obtenant pour seul résultat une scission entre un public populaire ou ‘traditionaliste’ assumant une mythique identité hispanique et un public ‘éclairé’ mais superposé au corps social comme un élément étranger, comme un Autre (Christian Peytavy, Université de Pau et des Pays de l’Adour).

Pour citer ce document

Isabel Ibáñez, «Avant-propos», [En ligne], Numéros en texte intégral /, Pouvoirs et écritures, mis à jour le : 01/05/2017, URL : https://revues.univ-pau.fr/abay/373.