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Líneas
Revue interdisciplinaire d'études hispaniques

1 | 2011 Pouvoirs et écritures

Isabel Ibáñez

De l’union sacrée et de l’identité dans deux comédies de batailles : El Brasil restituido de Lope de Vega et Pérdida y restauración de la Bahía de Todos Santos de Juan Antonio Correa

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La perte de la colonie portugaise de Bahia du Brésil aux mains des Hollandais puis sa reconquête en 1625 par la flotte castillano-portugaise commandée par don Fadrique de Toledo fut un événement de grand retentissement dans la péninsule ibérique. Preuve de ce retentissement, sa diffusion massive par le biais de divers media dont le théâtre, vecteur privilégié de la propagande monarchique. En cet annus mirabilis pour le régime du favori Olivares que fut 1625, la célébration dramatique de la victoire d’outremer sur les Hollandais venait à point nommé conforter le projet d’Unión de Armas, première pierre dans l’édifice des réformes projetées par le Comte-Duc. Cependant, cette unión autour de la personne sacrée du roi d’Espagne glorifiée par deux comedias de batalla, l’une du Castillan Lope de Vega, l’autre du Portugais Correa, fut portée sur les planches selon deux conceptions différentes du rassemblement contre l’Autre, entendu comme l’hérétique et/ou le non-hispanique. Cette unité, absorption au cœur de l’identité castillane chez le premier, devient, chez le second, revendication d’identité implicite au sein d’une unión librement consentie.

La pérdida de la colonia portuguesa de Bahía del Brasil a manos de los holandeses y su reconquista en 1625 por la escuadra castellano-portuguesa capitaneada por don Fadrique de Toledo fue un sonado acontecimiento de gran trascendencia en la península ibérica. Como prueba de tal transcendencia, su difusión masiva por distintos media entre los cuales el teatro, vector privilegiado de la propaganda monárquica. En aquel annus mirabilis que fue 1625 para el régimen del valido Olivares, la celebración dramática de la victoria ultramarina sobre los holandeses venía en buen punto para respaldar el proyecto de ‘Unión de Armas’, primera piedra del edificio de reformas proyectadas por el Conde-Duque. Sin embargo, aquella ‘unión’ en torno a la persona sacra del rey de España celebrada por dos comedias de batallas, una del castellano Lope de Vega, la otra del portugués Correa, fue proyectada al tablado según dos conceptos distintos de la alianza contra el Otro, o sea contra el hereje y/o el no-hispano. Esta unidad, mera absorción en el seno de la identidad castellana en aquél, viene a ser en éste, reivindicación implícita de identidad en el marco de una ‘unión’ libremente consentida.

Texte intégral

Les faits historiques

  • 1 Pour plus ample information, voir John H. Elliott, El ...

1Dès 1624, dans le cadre d’un plan d’action visant à assurer le commerce, vital pour l’Espagne, avec le nord de l’Europe, Olivares entreprit de vaincre les Provinces Unies rebelles sur leur propre terrain, c’est-à-dire la mer. Dans cette optique il renforça l’escadre de Dunkerque (mise sur pied entre 1621 et 1622) dont les effets furent effectivement dévastateurs pour la flotte hollandaise. L’alliance avec l’Angleterre s’étant éloignée avec l’échec du projet de mariage anglais (entre le Prince de Galles et l’Infante espagnole), il s’agissait d’assurer une autonomie et une suprématie maritimes dans le nord en particulier, sans oublier la protection du trafic avec les colonies américaines. Les événements du printemps 1624 donnèrent amplement raison à ce choix politique1 : en mai, une expédition maritime hollandaise aborda la côte brésilienne, mal défendue, et prit la ville de San Salvador de Bahia, profitant de la présence dans la ville d’une forte communauté judaïsante. Les habitants s’enfuirent pour la plupart dans la campagne environnante mais, sous l’impulsion du belliqueux évêque portugais don Marcos Texeira (puis, à sa mort, du Capitaine don Francisco de Moura), ils organisèrent une résistance armée faite d’escarmouches suffisamment meurtrières pour enfermer de fait les Hollandais derrière les murailles de la ville dont ils perfectionnèrent la défense, si bien qu’en quelques mois elle était devenue une place bien plus difficile à prendre qu’elle ne l’avait jamais été.

2La nouvelle de la prise de Bahia arriva en juillet à Lisbonne puis en Castille et l’indignation puis la riposte qui s’ensuivirent furent unanimes. Faisant assaut de patriotisme, Portugais et Castillans rivalisèrent de générosité, autant sur le plan financier et matériel qu’en envoi d’hommes de toutes conditions. Ainsi, en février 1625, sous le commandement de don Fadrique de Toledo, une escadre comptant 12 000 hommes et 52 bâtiments leva l’ancre depuis le Cap Vert où les 22 navires portugais sous le commandement de don Manuel de Meneses l’avait ralliée. Des renforts venus d’autres points de la côte brésilienne permirent un débarquement des Castillans et de leurs troupes italiennes et une prise assez rapide des avant-postes fortifiés, mais la ville paraissait inexpugnable et elle attendait des renforts par mer de Hollande. Portugais et Castillans rivalisèrent de bravoure sous ses murs mais en réalité leur victoire fut facilitée par deux faits : le retard pris par la flotte de secours hollandaise qui avait eu à essuyer plusieurs tempêtes et les dissensions internes dans le camp hollandais provoquées par l’ineptie du gouverneur hollandais Schouten, qui fut d’ailleurs renversé et remplacé par Hans Kyff. Le 28 avril, celui-ci demanda à capituler et bien que ses conditions eussent été rejetées, celles qu’imposa don Fadrique furent généreuses : les vaincus livreraient la ville en l’état, biens et hommes, jureraient de ne pas engager d’action militaire contre l’Espagne de là à trois mois, temps nécessaire pour rejoindre la Hollande à bord des navires chargés de vivres et armés pour leur assurer l’autonomie et la sécurité pour ce laps de temps. Le 1er mai, la ville fut évacuée par ses défenseurs, des mercenaires aguerris de toutes nationalités européennes. Il ne manqua plus, pour que la victoire fût complète, que la destruction des deux escadres hollandaises qui apparurent au large de Bahia trois semaines plus tard, mais le manque d’eau et de vivres dissuada don Fadrique de lancer ses navires à leur poursuite. Cette prudence et la clémence dont il avait usé envers les vaincus lui furent reprochés mais comme la même année il remportait en Afrique une éclatante victoire contre l’une de ces deux escadres, précisément, qui tentait de s’emparer de San Jorge de la Mina, les critiques tombèrent d’elles-mêmes.

  • 2 Voir J. H. Elliott, op. cit., p. 238.

3L’épisode de la récupération de Bahia sur les Hollandais fut célébré triomphalement dans toute l’Espagne et le roi récompensa généreusement les protagonistes de la campagne, aussi bien les Portugais que les Castillans, ou même que les Italiens. Et c’est que cette bataille était un parfait exemple en raccourci des conceptions d’Olivares en matière de monarchie et d’état monarchique, un exemple qui illustrait et justifiait les projets de réforme qui lui tenaient à cœur, en particulier la Unión de Armas qu’il présenta quelques mois plus tard devant le Conseil d’Etat réuni le 13 novembre 1625. Le principe en était simple : pour que le Roi soit en mesure de défendre tous ses nombreux territoires et royaumes, dispersés aux quatre coins de l’Europe, voire du globe, la Castille ne devait pas être la seule à contribuer à l’effort de guerre. Les autres royaumes et territoires devaient contribuer à l’effort commun. Ce projet d’intégration dans l’effort militaire était l’avant-goût d’un projet d’intégration politique plus ambitieux et qui allait contre les privilèges des autres royaumes mais aussi contre leur sentiment d’identité. On sait par exemple que le Portugal et la Catalogne se rebelleraient en 1640 contre ce ‘castillano-centrisme’, avec succès dans le cas du Portugal. Les événements de Bahia avaient prouvé par la pratique le bien-fondé d’un tel projet. Bien plus, l’image idéale d’un roi « triunfante en la batalla, magnánimo en la victoria, y glorioso en la paz y la prosperidad que había de dar a sus pueblos »2 se trouvait projetée à la face du monde.

La médiatisation de l’affaire

4Trois types de media diffusèrent l’affaire ‘Bahía del Brasil’ et la victoire sur les Hollandais que nous présentons ici dans l’ordre chronologique de leur mise en œuvre.

Les chroniques et témoignages divers

  • 3 Gino Solenni, Lope de Vega’s El Brasil restituido, The...

  • 4 Voir BR, p. 29-30 : « Esta gloria de las armas de Espa...

  • 5 Le manuscrit conservé à la Biblioteca Nacional de Madr...

  • 6 Pour l’anecdote : son frère, le septième comte de Sast...

  • 7 Voir à ce sujet, Juan Carlos Lisboa, in : Juan Antonio...

  • 8 Ibid., p. XVIII.

5Menéndez Pelayo recense, parmi les nombreux écrits suscités par l’événement, une dizaine de relations, d’origine portugaise ou castillane. Pour ce qui est de la pièce de Lope El Brasil restituido datée du 29 octobre 1625, Martinez Torrón propose comme source et ce, contre l’avis de Menéndez Pelayo et de Solenni3, la lettre de don Fadrique de Toledo au roi Philippe iv donnant un compte rendu de la reprise de la ville, compte rendu qui fut publié à Séville dès 1625. Il s’appuie sur le fait que le premier acte de BR ne mentionne que de façon allusive les événements qui précédèrent l’expédition commandée par don Fadrique (la prise de la ville par les Hollandais et les premiers actes de résistance des Portugais et des indigènes). Lope se serait donc calqué sur le récit de don Fadrique et aurait écrit son premier acte à partir de sources moins fiables, ce qui est tout à fait recevable quand on examine la conception de la pièce. Un autre argument avancé est que la note du censeur Vergas Machuca à la suite du texte de Lope stipule que la pièce a été écrite à partir du témoignage d’un des acteurs de la bataille, lequel en a ramené de glorieuses blessures4. La note de Machuca oriente donc le Polygraphe vers la Relación del viaje y sucesso de la Armada... Hecha por D. Francisco de Avendaño y Vilela, que se halló en todo lo sucedido, así en la mar como en la tierra publiée an 1625 à Séville (et la même année à Rome traduite en italien, ce qui atteste de son impact). Le problème, c’est qu’aucun Francisco de Avendaño ne figure dans les personnages de BR5. A la lecture de la pièce de Lope, on peut penser que le témoin peut se trouver parmi les blessés cités et n’est pas forcément l’auteur de la relation puisqu’aucun des personnages autres que don Fadrique n’est l’auteur d’une quelconque relation connue. Dans cette perspective, il est un blessé qui accapare l’attention, et dispute presque la vedette à don Fadrique, c’est Enrique de Alagón, huitième comte de Sastago et qui sera fait Comte de Fuenclara et Grand d’Espagne par Philippe iv, probablement en récompense de ses exploits militaires puisqu’il s’illustrera par la suite dans la Valteline et en Flandres. Dans la pièce (BR) on insiste sur son lien de parenté avec don Fadrique et surtout sur sa blessure (un doigt arraché) dont on parle abondamment. Sachant que ce personnage fait partie des mécènes qui protégèrent Lope6, il serait intéressant de trouver un compte rendu de ces événements ou une trace de compte rendu ayant pu inspirer Lope ; il conviendrait alors de chercher et du côté de la correspondance de Lope, de ses préfaces, et du côté des écrits réalisés par ce personnage ou écrits pour lui (on peut penser à un mémorial destiné à une requête auprès du roi). L’intérêt de cette recherche péri-textuelle serait de comprendre ou plutôt de confirmer ce que nous dit le texte de BR : hommage à don Fadrique de Toledo certes, mais promotion, à l’ombre de sa gloire incontestable, de celui qui est donné pour son neveu dans la comedia, don Enrique de Alagón. Quant à la pièce de Correa, Pérdida y Restauración de la Bahía de Todos Santos, publiée dans un recueil de Comedias Varias en 1670, et seule et unique pièce connue de son auteur, on peut se demander si la source n’est pas plus directe encore et ce, pour plusieurs raisons. Non seulement parmi les relaciones citées par Menéndez Pelayo il en est une d’un certain Juan de Medeiros Correa, mais encore de nombreux Correa sont cités parmi les volontaires portugais qui s’engagèrent dans l’expédition de reconquête de Bahia7. La précision des détails, surtout du côté portugais, le fait que l’Acte I mette en vedette les colons portugais sur le plan militaire, tendent à prouver une source directe ou presque et, qui plus est, portugaise, un « homem de boas letras e bilingüe como Gil Vicente, sá de Miranda, Camões ou D. Francisco Manuel de Melo, se fôr português »8. Une recherche documentaire et historique reste à faire pour confirmer cette hypothèse.

Le théâtre

  • 9 Le document de censure de Vargas Machuca est daté du 2...

61) La pièce El Brasil Restituido de Lope de Vega est datée du 23 octobre 16259, date intéressante à plus d’un titre, d’une part par la proximité avec la victoire (reddition de la ville le 1er mai) et, d’autre part, par la proximité encore plus grande avec la présentation au Conseil par Olivares de son projet d’Unión de Armas, le 13 novembre de la même année, soit à peine 14 jours plus tard. Cette proximité explique certains traits de la pièce comme on le verra plus avant.

  • 10 La pièce de Lope peut être aussi indirectement liée a...

  • 11 Voir à ce sujet Ana Isabel Buescu, Memoria e poder : ...

72) Publiée en 1670, la pièce de Juan Antonio Correa, Pérdida y Restauración de la Bahía de Todos Santos, a été probablement écrite dans la foulée de la victoire également, peut-être avant celle de Lope, laquelle semble davantage liée à la politique et surtout aux groupes de pression gravitant autour d’Olivares10. Le point mystérieux reste outre son auteur, le fait qu’elle soit écrite en castillan, ce qui supposerait un public castillan et donc une représentation en Castille si l’existence d’aires ‘bilingues de fait’ au début du xviie siècle (Cour etc.) n’était pas un fait attesté, pour des raisons politiques contradictoires puisque le castillan, principalement dans la première moitié du xviie siècle, fut le vecteur privilégié aussi bien des textes pro-monarchie espagnole que des textes destinés à la promotion des excellences du Portugal et, à partir de 1630, de la propagande de la ‘restauration’ portugaise. Très schématiquement, le portugais se voyait concurrencé par le castillan pour des raisons de facilité de diffusion, cela même chez les élites sociales et intellectuelles pénétrées d’un sentiment ‘national’11.

8Les pièces commémoratives d’événements nationaux glorieux ne sont pas un phénomène ni un genre nouveau dans ces années 1620. Elles ne constituent pas non plus un genre à part entière : entre la comedia historique et l’œuvre de propagande commanditée (politique ou généalogique, parfois les deux, ce qui est peut-être le cas de BR de Lope), elles subissent les mêmes contraintes que la comédie de saints, avec laquelle elles entretiennent des rapports de similitude. Les pièces qui nous intéressent (comme toutes les comedias de batallas écrites à partir de 1622) se distinguent de leurs aînées (en gros celles écrites avant 1620), par le fait que le discours de propagande politique officielle y est beaucoup plus présent et pesant. Ainsi, on y met en scène, de façon constante :

  • l’endurance, la bravoure et la fierté (« soberbia ») à toute épreuve des Espagnols (entendons Castillans) non seulement en comparaison de leurs ennemis mais encore en comparaison de leurs alliés ou de leurs soldats étrangers mercenaires ;

  • leur belle allure qui leur gagne les faveurs des dames ;

  • leur ‘désintéressement’ aristocratique, leur seul idéal étant d’assurer la gloire du roi et le triomphe de la foi catholique ;

  • leur sens du devoir nobiliaire, puisqu’ils ont conscience que leurs privilèges ont pour contrepartie de mettre leur vie au service du Roi ;

  • le sens profondément religieux des entreprises militaires : l’Espagne est le bras armé du Pape et du catholicisme ;

  • la protection évidente de Dieu, l’ennemi étant toujours en position de supériorité objective, et perdant malgré cela la bataille ;

  • la courtoisie chevaleresque des Espagnols (sauf dans RB de Correa où elle est partagée avec les Portugais) ;

  • le courage et la proximité physiques de leurs hommes chez les chefs espagnols : ils se mêlent au combat ne se contentant pas de le diriger, et n’hésitent pas s’il le faut à manier la pioche dans les travaux de terrassement au cours des sièges ;

  • le fait que les généraux ne sont que les représentants, l’incarnation de Philippe iv sur le lieu de bataille ;

  • la puissance illimitée du roi d’Espagne qui peut entretenir plusieurs fronts militaires en même temps ;

    • 12 Elle est très nette dans BR, mais aussi dans La Victo...

    l’idée que la solidarité entre les divers états du monarque est nécessaire et gage d’efficacité12 à mettre en relation avec le projet d’Olivares qui n’aboutit jamais réellement de la Unión de Armas.

La peinture

  • 13 1634-1635, huile sur toile, 309 x 381 cm, Madrid, Prado.

  • 14 Voir Diego Martínez Torrón, op. cit., p. 159, qui cit...

  • 15 Voir Isabel Ibáñez, « Création et diffusion d’images ...

9Dix ans plus tard, dans le cadre d’un programme pictural destiné à mettre en scène la puissance royale de Philippe IV, Juan Bautista Maino peint La Recuperación de Bahía del Brasil en 162513. Menéndez Pelayo, dans son introduction à la pièce de Lope de Vega El Brasil restituido, signale un tableau de Félix Castello célébrant le débarquement de Don Fadrique de Toledo dans la Baie du Salvador et ayant appartenu à la série du Salón de Reyes (sic). Or, le seul tableau de Castello est celui célébrant un épisode mineur en 1629, de la reprise de l’île de San Cristobal sur les Hollandais. Que ce soit ou non une erreur du célèbre Polygraphe, il y a fort à parier qu’un tel événement suscita de nombreuses reproductions iconographiques de plus ou moins grande diffusion comme c’était couramment le cas pour les événements d’actualité marquants. On en a un exemple dans le cas de la victoire de Bréda à l’origine du fameux tableau de Velázquez Las lanzas, lequel fut précédé d’une iconographie imprimée de diffusion plus large. Une recherche est à faire sur ce point, recherche qui ne nous éloigne pas du propos littéraire si l’on en juge par les relations qu’entretiennent la fin de la pièce de Lope de Vega et le tableau de Maino, similitudes déjà relevées par la critique14. J’ai moi-même montré ailleurs15 comment le tableau de Velázquez Las lanzas s’inspirait davantage de la façon théâtrale de signifier de la pièce de Calderón El sitio de Bredá que des représentations iconographiques antérieures qui se structuraient, elles, sur le mode de la narrativité.

Regards de l’Autre et regards sur l’Autre dans BR (Lope) et RB (Correa)

10L’Autre dans ces deux pièces est celui qui n’appartient pas à la communauté politique ou et/ou culturelle du dramaturge (castillan ou portugais) et/ ou du pouvoir commanditaire direct ou indirect de celles-ci.

Le regard de l’Autre confisqué

11Dans la pratique son regard, celui qu’il porte sur son ennemi, ou sur ses alliés (cas des indiens dans BR de Lope et des noirs dans RB de Correa) est conforme à celui que la voix autorisée de la comedia (celle des Castillans et Portugais) déploie sur lui et sur elle-même. Ainsi l’ennemi hollandais est-il souvent admiratif de la bravoure et de la générosité des militaires espagnols et portugais, tel Lorenço de Brito (RB, Correa) qui continue de se battre après que ses soldats ont battu en retraite, provoquant ainsi l’admiration du général hollandais. Comme bien souvent dans la comedia de batalla la parole du militaire ennemi et le regard qu’il porte sur le soldat espagnol (ou portugais dans ce cas) servent de faire-valoir à celui-ci.

12Dans le cas des juifs portugais, la manipulation se situe à un autre niveau : ainsi à la fin de l’Acte III de BR (Lope), le traître juif Bernardo est-il désespéré car il n’attend pas de clémence du vainqueur. C’est ce qui se produira effectivement, car si don Fadrique, après avoir promis la rigueur pour les vaincus, sous l’injonction muette de l’apariencia finale de Philippe IV, use de clémence avec eux, il maintient ses intentions répressives envers les juifs. On sait que don Fadrique fut taxé de faiblesse envers les vaincus (voir supra) : ce détail contribue à le racheter car il montre qu’il est capable de bonnes initiatives (l’apariencia du monarque ne spécifie rien au sujet du traitement des juifs) et recentre un peu plus la pièce sur la légitimation religieuse des guerres de conquête espagnole puisque, en matière religieuse, il y a une nette gradation d’infamie entre les hérétiques protestants – qui sont tout de même des chrétiens – et les juifs – qui sont un peuple déicide.

13Les indiens d’opéra-bouffe qui, lors d’une opération d’escarmouche, aident le non moins bouffon Machado dans la pièce de Lope à la fin de l’Acte I, ont un statut difficile à définir : ce sont des alliés objectifs mais ils sont dépourvus de véritable caractérisation. Ils s’adonnent à un cannibalisme bouffon sur les Hollandais qui tombent entre leurs mains ou plutôt sous leurs flèches, et sont donc en complète inadéquation avec les deux répliques rhétoriques adressées par Ongol à Brasil dans la scène d’apariencias qui précède la scène finale d’escarmouches. Dans cette séquence, Brasil insistait sur le bonheur qu’elle (c’est-à-dire cette contrée et donc ses habitants) avait eu à être christianisée par les Portugais puis les Espagnols qui la protègent. La pratique du cannibalisme revendiquée quelques vers plus loin par Ongol est donc plus que surprenante et ses répliques précédentes à Brasil apparaissent comme ce qu’elles sont : des paroles sans conséquence ni engagement dramatique. En tant que personnages, les indiens de BR constituent donc une absurdité dramatique car ils ne participent pas au ‘dialogue général’ de la pièce tenu par les divers personnages. Leurs paroles n’ont d’autre but que de porter celles de Brasil ou d’amplifier les tartarinades avant la lettre de Machado.

  • 16 Ces negros semblent une synthèse des esclaves noirs (...

  • 17 Au sujet du schéma actantiel de Greimas, voir Patrice...

14Quant aux negros qui prêtent main forte à la résistance portugaise sous les ordres de l’évêque Teixera16, ils n’ont même pas la parole et n’apparaissent jamais sur scène. Les autres personnages parlent d’eux comme d’une machine de guerre redoutable. En fait, ni les indiens de Lope ni les negros de Correa ne participent à la parole proférée sur l’Autre ou sur eux-mêmes. Ils n’ont aucune raison spéciale de se battre contre les Hollandais si ce n’est de se trouver sous la juridiction (relative dans le cas des indiens) des colonisateurs castillano-portugais. Dans le schéma actantiel de Greimas, ils ne se situent pas au niveau III des ‘acteurs’ où se situent les autres personnages mais au niveau intermédiaire des ‘rôles’ (entre le niveau II des ‘actants’ et le niveau III des ‘acteurs’), voire au simple niveau des actants (comme adjuvants) dans le cas des noirs de RB de Correa17.

Le regard sur l’Autre

15L’Autre dans les deux comedias est réellement ‘autre’ sur deux plans : il est hétérogène par nature. C’est bien un Autre ‘multiple’, autrement dit traversé par diverses altérités qui menacent sans cesse son intégrité.

161) Il est d’abord l’hérétique hollandais, autrement dit l’Autre religieux, allié à un Autre religieux encore plus infâme, le juif.

172) Cet Autre religieux se subdivise en plusieurs ‘Autres’ : outre les traîtres portugais juifs, ce sont les nationalités différentes auxquelles appartiennent les mercenaires hérétiques, même le libidineux français Rigepe (RB, Correa) chez qui on devine un huguenot, en tout cas quelqu’un dont le catholicisme éventuel n’irait pas jusqu’à souhaiter la victoire espagnole, au contraire du mercenaire anglais Rugero, catholique clandestin, qui sera en quelque sorte délivré de sa double vie (sa foi catholique occulte) par la victoire espagnole, laquelle lui permettra d’épouser doña María et de s’établir à Lisbonne, intégrant ainsi le camp harmonieux de l’UN (voir infra).

18Cette hétérogénéité consubstantielle de l’Autre est ce qui explique sa défaite finale. Certes, les dissensions internes du camp hollandais reflètent simplement la vérité historique mais ce trait est souligné de façon insistante à plusieurs reprises. Alors que Castillans et Portugais se retrouvent sous une nationalité commune (l’espagnole) et une même foi (le catholicisme), les personnages insistent à diverses reprises (et ce, dans les deux pièces mais plus particulièrement dans BR de Lope) sur la disparité nationale et religieuse dont le mariage trompeur de Guiomar et de Leonardo (BR) est le meilleur exemple. C’est, comme le remarque le gracioso Machado, un mariage de dupes (presque un sacrilège, une profanation de sacrement) puisque Guiomar est enceinte de Diego Meneses. Qui plus est, c’est un mariage entre hérétiques qui ne peut aboutir qu’à la désagrégation. Cela se produira effectivement à la fin de la pièce quand Leonardo refusera sa protection à celle qui est pourtant sa femme. Par ailleurs, cet Autre opposé au camp de la Vérité politique et religieuse est la pierre de touche du montage idéologique des deux pièces : il justifie et la colonisation du Brésil, et la reconquête de Bahia qui ne peut, pour des raisons de militantisme religieux, tomber entre des mains hérétiques.

Le un : construction et dé-construction

19Opposé à cet Autre hétérogène, nous avons un un identitaire, fédérateur et rassembleur en son sein d’altérités diverses qu’il fond dans son creuset. Cet UN est évidemment le catholicisme militant et militaire incarné par la personne du roi, figure abstraite, chez Correa (dont on ne fait que parler) mais présente sur scène chez Lope au moyen de son image montrée dans l’apariencia finale, et qui, telle une idole, a le pouvoir de communiquer (même à distance) sa puissance et sa volonté (le parallélisme avec les thèses tridentines sur la présence réelle dans l’hostie devait certainement être perçu par le spectateur des corrales). Ainsi Acte III, BR, p. 290 B et 294 B (c’est nous qui soulignons) :

Leonardo :
El ánimo belicoso
Del joven Felipe es tal,
Que desde el pecho real,
De su valor poderoso,
un espíritu animoso
pone en su gente
, de suerte,
como le
miran tan fuerte
para emprender toda hazaña,
que no volverán a España
sin la victoria o la muerte
.

Don Fadrique (devant le portrait de Philippe IV montré sur scène) :

Magno Felipe, esta gente
Pide perdón por sus yerros :
¿ quiere Vuestra Magestad
que esta vez les perdonemos ?
Parece que dijo sí.

  • 18 Voir à ce sujet A. I. Buescu, op. cit. : le portugais...

20Si l’on prend l’exemple du un tel que le configure la pièce de Lope (BR), le plus solidaire d’intérêts idéologiques et politiciens visibles, même dans leur traduction scénique, c’est que paradoxalement ce un royal identitaire et unificateur est, si l’on met en regard les deux pièces, celui qui nous semble le plus fractionné en altérités inavouées car inavouables. On pourrait mettre en évidence – au moyen d’une étude statistique sémantico-dramatique et syntaxique – la légère mais nette prépondérance castillane dans cette exemplaire Unión de armas castillano-portugaise. Cependant, quelques traits immédiatement perceptibles confirment l’aspect castillano-centré de ce texte. Lope, dans une vision folklorisante qui ne devait pas déplaire au public madrilène, fait parler portugais le pilote qui dialogue avec le pilote castillan au début de l’Acte II. On remarquera que les gentilshommes portugais eux, parlent toujours castillan ce qui renvoie implicitement à une hiérarchie linguistique sociale (celle de la langue de cour, alors que la réalité est toute autre et plus complexe18) et ravale le portugais à un patois, objet d’attendrissement amusé et bienveillant. Aucun des personnages de Correa ne parlent, eux, portugais ce qui, à première vue, est un paradoxe si l’on considère l’origine portugaise de l’auteur et de la pièce, mais devient tout à fait compréhensible, vu la situation de bilinguisme latent que connaissait la société portugaise (voir supra) que le public de la pièce fût un public de cour portugais ou un public castillan.

21Un autre aspect révélateur dans la pièce de Lope est le discours d’explicitation tenu par les personnages allégoriques des apariencias qui émaillent la pièce. Dès la première apariencia à la fin de l’Acte I, les Portugais sont ‘court-circuités’. En effet, Brasil et les indiens représentés par Ongol, rappellent comment les Portugais d’abord puis les Portugais sous l’égide espagnole (et donc fortement encadrés par la monarchie espagnole dès ce premier épisode) lui ont apporté la vraie foi. Brasil fait alors appel au Portugal pour qu’il implore l’Espagne de venir à son secours. C’est finalement la Fama qui se rendra directement auprès de la Monarchie espagnole (sans même passer par les terres portugaises), laquelle ripostera aussitôt. Les apariencias suivantes évoquent certes des Portugais, mais comme alliés valeureux des Espagnols castillans (les deux termes sont employés l’un pour l’autre), et tendent à construire la figure mythique de don Fadrique comme simple image du roi Philippe iv. Les apariencias construisent ainsi un discours interprétatif explicite de la pièce et sont régies sur le plan dramatique par le détenteur du discours centralisateur (l’instance dramaturgique) qui met en ‘actes’ cette histoire de reconquête militaire. Celui-ci, agissant pour le compte extra-textuel d’intérêts politiques et de propagande bien définis, incarnés dans cet UN-modèle construit par la pièce, a donc le pouvoir d’accréditer ou de discréditer de façon graduelle les forces en présence selon qu’elle leur octroie le statut d’acteurs, de simple actants ou qu’elle les prive d’existence théâtrale en en faisant une simple matière narrative. La mise en récit allusif de la résistance portugaise refuse tout à la fois existence dramatique et autorité à cet événement.

22Toutefois, c’est peut-être dans les éléments fabuleux de la pièce que ce recentrement castillan est le plus évident. En effet, la trame galante qui agrémente BR (Lope) se fonde sur des rumeurs ayant une base historique, soit la trahison des judaïsants de Bahia. Diego de Meneses, qui a eu des relations coupables avec Guiomar, femme d’origine juive, refuse de l’épouser au nom d’une clause qui relève à la fois de l’honneur et de la conscience religieuse (il ne peut salir son lignage par une alliance avec une judaïsante). Elle se plaint alors à son père Bernardo lequel, par vengeance, pactise avec les hérétiques hollandais auxquels il facilite l’entrée dans la ville. Le parallélisme avec la légende de la Cava Florinda et la trahison du comte Don Julián est d’autant plus évidente que Diego Meneses est puni de son péché de chair comme le fut le roi Rodrigo, par la mort. La castillanisation de l’‘affaire Bahia’ est évidente – nous semble-t-il – puisque ce traitement fantaisiste de l’histoire en fait un duplicata d’un mythe fondateur de l’Espagne entendue comme l’ensemble des royaumes agrégés sous l’égide de la Castille de la Reconquête, mythe amplement diffusé par le romancero entre autres media. Il y a fort à parier que l’allusion ne devait pas passer inaperçue au spectateur madrilène ou castillan. En fait, l’unité autour du roi cache mal une intégration-absorption dans le giron castillan, dont l’exemple tangible est le gracioso Machado auquel est dévolu un protagonisme, bouffon, certes, mais protagonisme certain, un personnage d’ascendance portugaise et castillane à la fois mais dans la proportion de trois quarts (proportion qui reflète peut-être, dans un souci d’exactitude, celle de l’aire castillane dans la péninsule ibérique) en ce qui concerne la lignée castillane.

Une unité génératrice d’altérité et d’individuation

  • 19 Juan Antonio de Correa, Pérdida y Restauración de la ...

  • 20 Cela, par le biais de l’énumération des noms illustre...

  • 21 Ibid., Jornada III, p. 262 B-263 B.

23Du point de vue idéologique, on observe une coïncidence exacte entre la doxa monarchique et l’armature idéologique de RB (Correa) : puissance de Philippe iv capable de porter secours à tous ses vassaux quelle que soit leur nationalité, catholicisme militant, efficacité de cette Unión de armas avant la lettre. Même les aspects linguistiques, comme on l’a dit plus haut, soulignent cette soumission au centralisme monarchique unificateur, puisque le castillan est la seule langue employée, trait plus remarquable encore que le portugais de cuisine employé occasionnellement par Lope. La pièce de Correa – avec l’anecdote des amours de Rugero, l’anglais catholique, le combat pour la reprise de Bahia – s’inscrit dans un combat pour le catholicisme comme le rappelle à Don Fadrique à la fin de la pièce, Don Francisco de Almeida intercédant en faveur de Rugero « También ay/ mil Christianos encubiertos/ en Inglaterra »19. Ce n’est pas ce que fait la pièce de Lope qui, comme on l’a vu, inscrit l’exploit de Bahia dans l’histoire de l’Espagne agrégée autour de la Castille de la Reconquête. Cette unité sans faille autour de la doxa monarchique des Habsbourg dessine en réalité une autre unité, celle de la nation portugaise qui se construit autour de cette doxa. En se fondant dans cette conception à prétention universaliste de ces valeurs, la nation portugaise se construit une unité identitaire qui la sépare de fait du conglomérat hispano-ibérique, nettement dessiné, lui, en deux nations qui se parlent sur un pied d’égalité. Cette configuration entre en résonance avec le protagonisme octroyé par RB (Correa) au groupe portugais dès l’Acte I, groupe qui a l’initiative de la résistance et de la guerre contre l’envahisseur hollandais. L’évêque Texeira prêche une croisade qui donnera ses premiers fruits précisément le jour de la fête de Saint Antoine, patron du Portugal. Chez Lope, cet épisode était traité de façon allusive dans la scène bouffonne qui ne mettait en scène que les indiens cannibales et Machado, évacuant totalement sur le plan dramatique la participation portugaise à la guerre d’escarmouches même si, au début de l’Acte II, il y est fait allusion verbalement. La lecture du passage qui met en scène la seule apariencia de la pièce de Correa, nous donne de façon très explicite le concept idéologique qui sous-tend le texte : Fama rappelle à España les conditions de la conquête de Bahia par les Hollandais et la riposte conjointe de l’Espagne (Castille et Portugal) qui unit ses efforts et ses élites dans l’expédition20. Fama ne peut demeurer plus longtemps car pendant que les gentilshommes portugais et castillans se battent, elle, elle se doit d’aller chanter leurs exploits. Il s’agit bien d’un rassemblement identitaire autour d’un principe identificateur universaliste, incarné par le roi catholique et militant qui se doit de porter assistance à toutes les identités réunies sous son sceptre et ce, sur un pied d’égalité21.

Conclusion

24Ainsi, il apparaît que l’acte d’adhésion à la politique impériale des Habsbourg, chez Correa, est bien ce qu’il affirme être, à savoir l’acte libre d’une nation libre. Chez Lope, cet acte d’adhésion, un reflet du castillano-centrisme au pouvoir, devient un simple acte d’allégeance, innommé car menaçant l’unité sacrée construite contre l’Autre – le non-castillan en réalité –, toujours sur le point de se désagréger mais toujours, tel la tête de l’hydre de Lerne, prêt à renaître de son propre cadavre et au lieu où on l’y attend le moins.

Bibliographie

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Notes

1 Pour plus ample information, voir John H. Elliott, El conde-duque de Olivares, Barcelona : Editorial Crítica-Grijalbo Mondadori, 1990, p. 250-251. Pour les détails de la prise de Bahia par les Hollandais et sa récupération par les Espagnols, voir Lope de Vega Carpio, El Brasil Restituido, in : Obras de Lope de Vega, Marcelino Menéndez Pelayo (éd.), Madrid : Real Academia Española, 1901, BAE, Tomo XXVII, p. 23-32 et Diego Martinez Torrón, « Valores informativos en el teatro de Lope de Vega. La Fuente de El Brasil Restituido » in : Manuel Criado del Val (ed.), Lope de Vega y los orígenes del Teatro español, Madrid : Edi 6, 1981.

2 Voir J. H. Elliott, op. cit., p. 238.

3 Gino Solenni, Lope de Vega’s El Brasil restituido, Thesis (PHD), Columbia university, 1929, p. XXII-XXXI.

4 Voir BR, p. 29-30 : « Esta gloria de las armas de España en la restitución del Brasil, que es asunto de esta comedia, la ha escrito Lope de Vega Carpio, muy ajustado y conforme a la mejor relación que de este suceso tenemos, calificada de un testigo instrumental que se halló en esta guerra y trajo de ella honrosas señas en sus heridas. En la comedia se habla de él y de muchos caballeros con la honra y alabanza que se les debe… ».

5 Le manuscrit conservé à la Biblioteca Nacional de Madrid est l’œuvre d’un copiste qui a reproduit l’autographe appartenant à Carlos O’Rich qui l’avait acquis lui-même de la bibliothèque du défunt Fernando de la Serna. Or le copiste, d’après Menéndez Pelayo, note qu’une autre main remplace en maints endroits le nom de don Enrique par Don Fernando. Faute de ne pouvoir consulter le manuscrit autographe, nous ne pouvons que risquer deux hypothèses : soit le manuscrit remplace « Enrique » par une abréviation du type Fo pouvant désigner aussi bien « Fernando » que « Francisco », auquel cas il s’agirait de rétablir la ‘vérité historique’ en faisant allusion à Francisco de Avendaño ; soit « Fernando » mis pour « Enrique » vise à flatter le dernier propriétaire connu du manuscrit autographe ou un propriétaire antérieur.

6 Pour l’anecdote : son frère, le septième comte de Sastago don Martín de Artal eut, lui, des relations privilégiées avec Tirso de Molina.

7 Voir à ce sujet, Juan Carlos Lisboa, in : Juan Antonio de Correa, Una peça desconhecida : sobre os holandeses na Bahia, Rio de Janeiro : Instituto Nacional do Livro, 1961, p. XVII-XVIII.

8 Ibid., p. XVIII.

9 Le document de censure de Vargas Machuca est daté du 29 octobre 1625, ce qui signifie que la pièce fut jouée pour la première fois au plus tôt le 30 octobre.

10 La pièce de Lope peut être aussi indirectement liée aux intérêts de Enrique de Alagón, puisqu’on sait que le dramaturge ne fut pas en faveur auprès du Comte-Duc, mais en 1625 les lignes de sa relation avec le favori n’étaient peut-être pas encore définitivement fixées : ce point devrait être examiné avec l’étude nécessaire des sources et des possibles commanditaires directs ou indirects de la pièce.

11 Voir à ce sujet Ana Isabel Buescu, Memoria e poder : ensaios de história cultural (séculos xv-xviii), Lisboa : Edições Cosmos, 2000, p. 51-66.

12 Elle est très nette dans BR, mais aussi dans La Victoria de Norlingen de Castillo Solórzano ou encore dans El sitio de Bredá de Calderón (voir Alonso del Castillo Solórzano, La Victoria de Norlingen, in : Parte XXVIII de comedias nuevas de los mejores ingenios desta corte, Madrid : Joseph Fernández de Buendía, 1667 et Pedro Calderón de la Barca, El sitio de Bredá, in : Parte XXVIII de comedias nuevas de los mejores ingenios desta corte, Madrid : Joseph Fernández de Buendía, 1667).

13 1634-1635, huile sur toile, 309 x 381 cm, Madrid, Prado.

14 Voir Diego Martínez Torrón, op. cit., p. 159, qui cite lui-même Orozco, dans El teatro y la teatralidad del Barroco, Barcelona : Planeta, 1969, p. 220-222.

15 Voir Isabel Ibáñez, « Création et diffusion d’images du pouvoir en Espagne sous Philippe iv : l’exemple du Salón de Reinos du Buen Retiro », in : J.-Pierre Castellani, Mónica Zápata, Texte et image dans le monde ibérique et ibéro-américain, Tours : Presses universitaires François Rabelais, 2007, p. 337-344.

16 Ces negros semblent une synthèse des esclaves noirs (Bahia avait dès le xvie siècle une importante population d’esclaves et fut longtemps la plaque tournante de la traite des noirs) et des indiens sagittaires de Lope.

17 Au sujet du schéma actantiel de Greimas, voir Patrice Pavis, Dictionnaire du théâtre, Paris : éd. Sociales, 1987, p. 23-35.

18 Voir à ce sujet A. I. Buescu, op. cit. : le portugais étaient plutôt perçu comme une langue littéraire dont le maniement exigeait plus de compétences que celui du castillan. Par ailleurs la situation de bilinguisme portugais/castillan fut historiquement et chronologiquement parlant d’abord un phénomène populaire des régions frontalières avant de devenir une langue liée aux cercles du pouvoir et, dirions-nous aujourd’hui, ‘une langue de communication’.

19 Juan Antonio de Correa, Pérdida y Restauración de la Bahía de Todos Santos, in : Parte treinta y tres de comedias nuevas, nunca impresas, escogidas de los mejores ingenios de España, Madrid : Joseph Fernández de Buendía, 1670, p. 268 (notée 248 par erreur manifeste).

20 Cela, par le biais de l’énumération des noms illustres de combattants, avec une nette prépondérance des Portugais.

21 Ibid., Jornada III, p. 262 B-263 B.

Pour citer ce document

Isabel Ibáñez, «De l’union sacrée et de l’identité dans deux comédies de batailles : El Brasil restituido de Lope de Vega et Pérdida y restauración de la Bahía de Todos Santos de Juan Antonio Correa», Líneas [En ligne], Numéros en texte intégral /, Pouvoirs et écritures, mis à jour le : 01/05/2017, URL : https://revues.univ-pau.fr/lineas/207.

Quelques mots à propos de :  Isabel  Ibáñez

Professeur des universités

Université de Pau et des Pays de l'Adour - Laboratoire LLC Arc Atlantique (EA 1925)

 

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