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Líneas
Revue interdisciplinaire d'études hispaniques

| -1 Appels à contribution

Appel à contribution n° 7 - L’existentialisme en Espagne et chez les philosophes de l’exil

Article

Table des matières

Líneas n° 7 – L’existentialisme en Espagne et chez les philosophes de l’exil

Texte intégral

Appel à contribution

Líneas n° 7 – L’existentialisme en Espagne et chez les philosophes de l’exil

1Numéro coordonné par Thierry Capmartin (Université de Pau et des Pays de l’Adour)

2Les mots en « -isme » jouissent d’un statut paradoxal et ont souvent mauvaise presse aujourd’hui. On les suspecte de ne pouvoir se saisir que de généralités abstraites, de ne véhiculer qu’un contenu de doctrine qui les tient éloignés du terrain de l’expérience immédiate et concrète ; et dans le même temps ils restent incontournables dès lors qu’il s’agit d’apporter des gages de scientificité, de classer, de catégoriser ou d’éviter l’écueil du nominalisme.

3L’ « Existentialisme » n’échappe à la règle, mais en partie du moins à cette alternative. Au moins pour une raison : on l’associe non exclusivement mais immanquablement à la figure singulière de Jean-Paul Sartre, au point que celui-ci tend parfois à éclipser celui-là. Quand ce n’est pas l’inverse. En effet le terme, qui donna son titre à la fameuse conférence de 1945 – « L’Existentialisme est un humanisme » –, embarrassa rapidement Sartre, sorte de fourre-tout et d’emblème contradictoire d’une célébrité fulgurante et brutale qui masquait l’œuvre et les idées, et dont il dira plus tard : « La célébrité, pour moi, ce fut la haine ». Camus refusa l’étiquette « existentialiste » ; Sartre confirma : « Camus n’est pas un existentialiste ». Emboîtant le pas de Sartre, Merleau-Ponty en prit explicitement la défense contre les attaques marxistes et celles des philosophes catholiques dans « La querelle de l’existentialisme », paru dans le premier volume de Les Temps Modernes, plaidant pour « un marxisme vivant [qui] devrait “sauver” la recherche existentialiste et l’intégrer, au lieu de l’étouffer ». Jean Wahl se fendit d’une « Petite histoire de l’existentialisme » ; tandis que Jean Beaufret [(1971), 1986] répondait dans Le Monde à cette question, massive : « Qu’est- ce que l’Existentialisme ? », remontant d’abord à ses sources kierkegaardiennes, passant ensuite par Sartre et Gabriel Marcel confondus (ou presque), pour finalement laver la philosophie heideggérienne de tout soupçon de nazisme. On le voit, la notion est passablement contradictoire et polémique, mais elle agit néanmoins comme un aimant puissant autour duquel tourne le débat d’idées, y compris littéraire, pendant une bonne décennie en France. Et peut-être même davantage, le terme était encore convoqué en 1963 par J. Beaufret précisément pour mettre fin (assez rudement !) à la possibilité de venir ranger conjointement sous une même bannière existentialiste – comme cela eut souvent cours pendant l’après- guerre – Sartre et Heidegger : « Peut-être l’existentialisme a-t-il moins été parole philosophique qu’un peu de bruit pour rien. Telle est au moins la pensée de Heidegger qui n’est pas plus existentialiste qu’elle ne prétend à l’humanisme ».

4En dépit de résistances que le contexte socio-politique lui impose, cette apparente cacophonie existentialiste se fera malgré tout entendre de l’autre côté des Pyrénées. Car le pouvoir de pénétration de l’Existentialisme est tel qu’il s’est invité, quoique souvent en catimini, dans le débat intellectuel espagnol dès la fin des années 40. Ainsi de certains représentants néo-thomistes, dépêchés par l’Université franquiste à Mendoza au Premier Congrès National de Philosophie en 1949, qui éprouvent le besoin d’en découdre avec Sartre – sans toutefois le nommer – et certaines de ses formules déjà fameuses : « L’essence humaine ne précède ni ne succède à l’existence humaine. Pas plus que l’essence ne procède de l’existence ou l’existence de l’essence – disserte, par exemple, Ángel González Álvarez ». Perón lui-même, à ce même Congrès qu’il avait « nationalisé », épingle la « nausée » au beau milieu de sa conférence de clôture, la notion devenant ici clairement le symbole d’un individualisme décadent et matérialiste : « La nausée – comme entéléchie [sic] – agit sur le désenchantement individuel. C’est l’ “angoisse” abstraite de Heidegger sur le plan pratique : elle est à l’image d’une société démoralisée qui ne cherche même pas une certitude sur laquelle se reposer. Ce n’est donc pas la théorie qui est déplorable, mais la réalité, l’ultime déformation de cette “insectification”, sauf que cette fois l’individu insectifié a voulu s’isoler de la catastrophe en un rictus cynique ».

5Dans les années 50, Julián Marías s’empare de la notion pour la réinjecter au cœur du débat philosophique espagnol dans Filosofía actual y Existencialismo en España [1955]. L’ouvrage constitue en partie un réquisitoire anti-sartrien, mais propose néanmoins des analyses tout à fait étayées au sujet d’une sorte d’existentialisme espagnol avant l’heure, présent aussi bien chez Unamuno que Ortega y Gasset, du fait d’une circulation continue chez ces deux auteurs entre le philosophique et le littéraire qui n’aurait rien à envier à celle que défendait Simone de Beauvoir [1946] dans « Littérature et Métaphysique », commenté par le même Marías. Par ailleurs, à peu près à la même période, les philosophes de l’Exil, au premier rang desquels David García Bacca [1947 ; 1948], produisent très tôt une exégèse de l’onto-phénoménologie sartrienne dont il ne paraît exagéré de dire qu’elle est « décapante » – au moins rétrospectivement –, tant elle prend le contrepied du débat opposant sartriens et heideggériens en France. Débat orchestré essentiellement par Beaufret, à qui Heidegger adressa sa Lettre sur l’Humanisme, et qui, du point de vue des philosophies de l’existence, a pour effet immédiat (et pour longtemps) de ravaler l’ontologie phénoménologie sartrienne au rang d’anthropologie subjectiviste, à la remorque de l’ontologie fondamentale heideggérienne, seule capable de se mettre à l’écoute de la vérité de l’être. Tout autre fut la lecture de García Bacca, dès 1947. Comparant les philosophies respectives de Sartre et de Heidegger, il renvoie l’ontologie existentiale de Sein und Zeit à ses racines transcendantales, mais reconduit le Cogito phénoménologique sartrien, à travers un exposé systématique des présupposés de l’œuvre maîtresse de 1943, à l’ontologie sur fond de laquelle il se détache, venant ainsi barrer l’accès à toute interprétation réductrice en termes de métaphysique du sujet.

6Au cours des vingt dernières années et pour conclure cette brève présentation en ne s’en tenant qu’à Sartre, il semble que la réception de l’existentialisme en Espagne se caractérise par des approches particulièrement originales qui tranchent soit par des angles d’attaques inédits en faisant une place de choix aux textes phénoménologiques des années 30-40 [Maristany, 1987] ou à ceux (peu connus) qui font la transition entre le premier et le second Sartre [Aragües, 2005], soit en privilégiant une lecture ontologique [Rius, 2005] prenant résolument ses distances avec toute forme de thématisations simplificatrices : engagement, volontarisme outrancier, hypercartésianisme de Sartre, pour n’en citer que quelques-unes.

7Il serait trop long et certainement vain de chercher à donner une synthèse globale de l’empreinte que l’existentialisme a laissée dans le débat d’idées espagnol et chez les philosophes de l’exil. Mais ces journées se veulent un premier pas vers un bilan qui reste à faire et dont on espère qu’il sera poursuivi par d’autres rencontres.

8Ce numéro 7 de Líneas sera consacré à cette question, ayant pour principal objectif de recomposer patiemment ce puzzle existentialiste en présupposant donc que la logique de sa diffusion obéit à un éclatement essentiel tout en produisant des effets très structurants dans le champ de la pensée espagnole dont il s’agit de retrouver les temps forts. Pour cette raison même, cet examen ne saurait être conduit que dans une perspective pluridisciplinaire qui engage l’herméneutique sartrienne, la philosophie, l’histoire des idées politiques mais aussi la littérature et la psychanalyse dans ses formes non expressément freudiennes.

Procédure de soumission

  1. Les propositions (titre de la contribution et résumé́ de quinze à trente lignes) sont à envoyer à la revue Líneas (revue.lineas@orange.fr) avant le 1er avril 2015. Elles seront soumises au comité́ de rédaction, qui évaluera l’adéquation entre l’appel à contribution et les propositions envoyées.

  2. Les contributions définitives seront à remettre avant le 1er septembre 2015. Elles seront alors anonymement soumises à la double expertise de membres du comité́ scientifique de la revue, pour une publication à l’hiver 2015.

  3. Les textes pourront être rédigés en langue française ou espagnole. Les articles ne dépasseront pas les 10000 mots (format Word.doc sans stylage exclusivement), notes et bibliographie incluses. Ils devront suivre impérativement les normes éditoriales de Líneas(document de « consignes aux auteurs » en ligne : http://revues.univ-pau.fr/lineas/401).

9Contacts : revue.lineas@orange.fr

Pour citer ce document

, «Appel à contribution n° 7 - L’existentialisme en Espagne et chez les philosophes de l’exil», Líneas [En ligne], Appels à contribution, mis à jour le : 09/12/2017, URL : https://revues.univ-pau.fr/lineas/2298.