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Líneas
Revue interdisciplinaire d'études hispaniques

10 | 2017 Roman Noir: espaces urbains et grands espaces

Caroline Bouhacein

L’espace, vecteur du comportement social dans El silencio de la ciudad blanca1

Article
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Dans El silencio de la ciudad blanca, Eva García Sáenz de Urturi ne se contente pas de donner pour cadre à son intrigue une région riche d’histoires et de légendes qui viennent dessiner les contours d’une identité culturelle singulièrement enracinée dans les traditions. Au contraire, dans ce roman noir publié en 2016, l’espace devient un protagoniste à part entière et joue un rôle déterminant dans la progression de l’intrigue dans la mesure où il conditionne les comportements sociaux. Tout au long de cette réflexion, nous voyons comment les relations des personnages à leur terre viennent conforter l’existence d’un solide lien social avant d’exposer les ressorts d’une problématique sociétaire au cœur de laquelle la ville semble être l’objet de toutes les convoitises.

In El silencio de la ciudad blanca, Eva García Sáenz de Urturi presents a context rich in stories and legends that reflects a cultural identity singularly rooted in the traditions. In reality, in this novel published in 2016, the space becomes a protagonist in its own right and plays a decisive role in the progression of the story because it conditions the social behaviors. By this work, we see how the relations of the characters to their land reinforce the existence of a solid social link before exposing a societal problematic at the heart of which the city seems to be the object of all covetousness.

En El silencio de la ciudad blanca, Eva Sáenz de Urturi no se limita a dar como escenario a su historia una región que se caracteriza por sus mitos y leyendas, reflejos de una identidad cultural fuertemente arraigada en las tradiciones. Por el contrario, en esta novela negra publicada en 2016, el espacio va cobrando protagonismo y desempeña un papel decisivo en la trama en la medida en que condiciona los comportamientos sociales de los protagonistas. En este trabajo estudiamos cómo las relaciones de los personajes con su tierra refuerzan la existencia de un sólido lazo social antes de exponer una problemática en cuyo centro la ciudad parece ser objeto de codicia.

Texte intégral

Introduction

1Dans un langage qui lui est propre, le récit biblique de Caïn et Abel, rapporté au chapitre 4 de la Genèse, nous invite à penser la question de la jalousie comme moteur universel des comportements sociaux. Il semblerait alors que dans El silencio de la ciudad blanca, premier volet d’une trilogie dont ne sont publiés que les deux premiers tomes à l’heure où s’écrivent ces lignes, Eva García Sáenz de Urturi joue avec les ressorts du mythe biblique pour mener à bien une intrigue basée sur les rouages du conflit fratricide. N’est-ce pas la jalousie rivalitaire, inhérente à la condition humaine, qui déclenche la violence de l’assassin abandonné à la naissance par sa mère car, doté d’une dense chevelure rousse, symbole de sa différence, il ne pouvait pas satisfaire les exigences liées à son rang ? Point de départ de la narration, l’exclusion sociale du personnage, qui résonne comme le bannissement du paradis originel, va alimenter les ressentiments du criminel qu’il deviendra et qui exercera sa vengeance aussi bien envers la ville, avec tout ce qu’elle symbolise de réussite sociale, qu’envers ses frères, reflets de tout ce qui lui a été refusé. En localisant son roman dans la province d’Alava et en faisant de Vitoria le fil directeur de l’action, l’auteure nous plonge dans un univers où la tension entre les espaces devient l’écho d’une problématique sociologique sous-tendue par une histoire complexe qui met en scène des personnages animés par un désir d’ascension sociale. L’espace n’y remplit plus alors la simple fonction de cadre permettant la mise en place de l’atmosphère propre à l’aventure policière. Au contraire, il y devient avant tout le facteur d’une critique sociale et sociétaire puisque c’est précisément ce rapport à l’espace qui anime le personnage assassin, mu par un besoin de reconnaissance. La marginalité spatiale apparaît étroitement corrélée à la marginalité économique mais, paradoxalement, elle est porteuse d’une forme de nécessaire retour aux origines.

2Nous nous proposons alors d’étudier, dans un premier temps, la représentation même de cette dimension spatiale dans le texte de la romancière basque. Nous montrerons que le fort ancrage géographique de l’œuvre est, en même temps, la représentation de l’appartenance d’une population à une culture et à une histoire, et que celles-ci participent activement à la construction identitaire de toute une région. Par extension, elles définissent même le modus operandi de l’assassin qui reproduit dans ses crimes la chronologie des événements fondateurs de sa région depuis les temps les plus reculés comme pour mieux questionner et resituer sa propre identité. Nous terminerons notre travail en nous penchant sur la construction de la problématique sociale qui régit les comportements des personnages autour d’une dissension entre l’espace du dedans et l’espace du dehors : la ville, dans un étrange jeu spéculaire relayé par des résonnances onomastiques (Blanca, c’est la ville mais c’est aussi la mère) et par le phénomène de la gémellité, devenant le vecteur même de la criminalité.

Brève présentation du roman et de ses enjeux

  • 2 Ibid, p. 47.

  • 3 Ibid.

  • 4 Ibid., p. 217.

  • 5 Rappelons également ici que dans l’imaginaire collecti...

3Le roman se déroule dans la ville de Vitoria, capitale de la province d’Alava située au cœur du Pays Basque. Fuyant les violences de son riche mari, « el poderoso Javier Ortiz de Zárate »2, Blanca a trouvé un refuge entre les bras de son médecin de campagne, Álvaro Urbina, qui, toute sa vie, a aspiré en vain à « relacionarse con los más influyentes de la ciudad de igual a igual, con los mismos gestos, la misma ropa, las mismas elitistas novias y esposas »3. De cette union adultère sont nés des triplés. En découvrant que l’un d’entre eux est aussi roux que son père biologique, Blanca n’a d’autre issue que de l’abandonner pour sauver sa vie et celle de ses autres enfants. Le nouveau-né est confié à la sage-femme qui le remettra à une famille de paysans en mal d’enfants. Ce personnage perd alors toute identité familiale et sociale et il deviendra, tout au long du roman, « un fantasma indocumentado pelirrojo »4, expression qui traduit la mort symbolique dont il est prématurément victime5.

4Quelques trente années plus tard, le riche et célèbre architecte Tasio Ortiz de Zárate, est sur le point de sortir de prison après avoir été condamné par son frère jumeau, un policier, pour des meurtres pour lesquels il a toujours revendiqué son innocence. C’est alors que les crimes reprennent comme si l’assassin renouait avec le cours de l’histoire de Vitoria. Après les meurtres mis en scène auprès des dolmens, qui font référence au passé celtique de la région, les corps de deux adolescents sont découverts dans la cathédrale du centre de la ville. Tasio pourrait en être l’instigateur mais le profiler, Unai López de Ayala, doute de sa responsabilité et se lance dans une enquête qui pourrait lui couter la vie.

  • 6 À la fin du roman, Tasio annonce que le film qu’il com...

  • 7 Tony Hill, Los ángeles de hielo, Barcelona : Grijalbo,...

  • 8 María Oruña, Puerto escondido, Barcelona : Destino, 2015.

5Le roman s’ouvre effectivement avec une voix qui semble venir d’outre-tombe. Unai, dit « Kraken », a reçu une balle dans la tête en clôturant son enquête. Deux schémas narratifs vont alors temporellement se superposer tout au long des 470 pages qui composent le récit : la narration menée par le profiler qui se remémore les étapes de ses investigations et, une autre, prise en charge par un narrateur omniscient dont l’identité ne sera dévoilée qu’à la fin. Ce dernier revient sur l’histoire de Blanca, la femme convoitée au nom qui résonne comme un écho de la ville enneigée, ainsi qu’elle apparaît à Álvaro la première fois où il aperçoit l’objet de sa passion. Elle est courbée sous le poids des coups qu’elle vient de recevoir de son mari, suscitant la compassion et l’amour du médecin. Le roman, dont le titre fait clairement référence au moment de cette rencontre déterminante, et qui pourrait aussi être le script du film qu’envisage de produire Tasio à sa sortie de prison6, résulte de la superposition de ces deux lignes narratives et temporelles. On retrouve ce même schéma narratif dans certains romans noirs contemporains tels Los ángeles de hielo7 de Tony Hill, ou bien encore Puerto escondido8 de María Oruña. Ce dernier retiendra toute notre attention : il se déroule en Galice et, en son sein, deux voix éloignées dans le temps et dans l’espace finissent par se rejoindre : l’une, issue du présent de la narration, qui dévoile l’enquête policière, et l’autre, celle qui, dans son mystérieux journal intime, raconte l’histoire du personnage assassin. Cette seconde voix remonte le fil du temps et permet au lecteur de comprendre les origines de la violence du meurtrier. Comme dans El silencio de la ciudad blanca, c’est le désir d’ascension sociale qui exacerbe les comportements dans ce dernier roman. En effet, dès sa plus tendre enfance, disloquée par les violences de la Guerre Civile qui ont brisé le modeste et rural noyau familial dont elle est issue, la femme criminelle rêvait de vivre parmi les plus grands de ce monde au prix de la vie de ceux qui se mettaient en travers de son chemin. Dans l’ensemble de ces romans, les aspirations individuelles – fortement liées au sentiment de marginalisation annihilant toute consolidation potentielle du lien social – font de l’espace une force motrice qui pousse les hommes dans leurs plus noirs retranchements.

Lien social et sentiment d’appartenance

  • 9 Émile Durkheim, De la division du travail social (1937...

  • 10 Ibid., p. 29.

6Dans El silencio de la ciudad blanca, l’exclusion dont est victime l’assassin dès sa naissance va permettre de dévoiler le fonctionnement d’une communauté au sein de laquelle le sentiment d’appartenance se manifeste aussi bien socialement que spatialement. Dans cette première partie de notre travail, nous nous proposons de comprendre pourquoi il est possible d’affirmer que, plus qu’un roman noir, la production narrative d’Eva García Sáenz de Urturi s’approche d’une forme de chronique régionale qui tisse un véritable lien entre société et identité culturelle en cherchant à montrer l’importance de l’adhésion à un territoire et les rapports sociaux qui en découlent. En nous basant sur l’un des aspects du lien social tel que le définit le sociologue Émile Durkheim, à savoir comme « un ensemble de règles qui président aux relations des hommes et des femmes formant une société »9 et qui se fonde avant tout sur « l’ensemble des croyances et des sentiments communs à la moyenne des membres d’une même société »10, nous analyserons sa configuration au sein du roman. Trois axes orienteront alors la première partie de notre étude. Nous observerons premièrement comment, par ses crimes, l’assassin descend le cours de l’Histoire avant de nous interroger sur l’importance de la représentation des croyances populaires pour terminer avec l’évocation du phénomène des « cuadrillas ».

7Le roman d’Eva García Sáenz de Urturi resitue la ville de Vitoria dans une région dont les reliefs et l’histoire constituent l’identité. Cette question identitaire conditionne précisément chaque acte de l’assassin – rejeté par sa mère et rejeté par sa ville  – d’autant plus que tout coïncide au sein du roman pour dévoiler l’existence d’une étroite cohésion sociale dans le territoire questionné. Le premier jalon de ce postulat est la prégnance de l’Histoire dans le cœur de la population de la province d’Alava. En suivant les traces de celle-ci pour définir son modus operandi, l’assassin la questionne pour mieux comprendre le sentiment de rejet dont il est victime et trouver une forme de reconnaissance dans un cycle  duquel il semble avoir été exclu. Unai, le profiler, résume ainsi la série de crimes, mettant clairement en évidence le fondement identitaire du lien social qui caractérise Vitoria et ses alentours:

  • 11 Eva García Sáenz de Urturi, El silencio de la ciudad ...

El conteo del anterior asesino en serie se detuvo en quince años: cuatro parejas, hembra y varón, desnudas y cada uno de ellos apoyando cariñosamente la palma de su mano sobre la mejilla del otro, en un incongruente gesto lleno de ternura que nadie había conseguido explicar hasta la fecha, ya que se comprobó que las víctimas no se conocían en ninguno de los casos. Todos ellos con apellidos compuestos alaveses: López de Armentia, Fernández de Retana, Ruiz de Arcaute, García de Vicuña, Martínez de Guereñu… En el dolmen de la Chabola de la Hechicera, junto al pueblo alavés de Elvillar, aparecieron los cuerpos sin vida de dos recién nacidos. Poco después, en el yacimiento del poblado celtíbero de La Hoya de Laguardia, un niño y una niña de cinco años. Las manos consolando al otro, la mirada perdida en el cielo. En el Valle Salado de Añana, próspera explotación de sal desde tiempos de los romanos, hallaron los cadáveres de un chiquillo y una chiquilla de diez años. Para cuando los crímenes llegaron a Vitoria y aparecieron un chaval y una chavala de quince años junto a la puerta de entrada de la Muralla Medieval […].11

8En premier lieu, nous constatons effectivement que ce lien social s’exprime en termes d’appartenance à une population locale comme l’indique le choix de victimes ayant un nom composé de celui d’un village environnant. Ici, c’est bien l’importance de la filiation à une terre et à un groupe qui est démontrée. L’identification des enfants assassinés se trouve alors renforcée d’un point de vue individuel mais aussi d’un point de vue social, ce qui n’est pas sans aggraver les conséquences du rejet subi par l’assassin qui, durant son enfance et son adolescence, ne sera que « Nancho », personnage à l’identité sociale et culturelle abîmée.

9D’autre part, parallèlement à la remontée dans l’histoire, l’âge des victimes croît comme si, au final, l’assassin cherchait à redéfinir l’évolution de la vie d’un seul et même individu, mais, surtout, comme si les victimes fusionnaient avec l’Histoire et leur région, chaque étape de la vie venant refléter un fragment de la chronologie basque. Enfin, le choix des lieux va également dans le sens d’une volonté d’inscrire ses actes dans l’évolution socio-historique d’une région : on ne peut que remarquer, dans le choix des emplacements des cadavres, la progressive évolution vers la ville, reflet de l’évolution urbanistique constante et croissante, que l’on retrouve aussi dans l’âge des victimes.

10Symboliquement, le criminel redessine l’Histoire de sa région et redéfinit la question d’identité sociale et culturelle en termes d’affiliation à une terre riche de son passé : chaque victime représente une étape de la vie et porte en elle un morceau de sa terre et de son passé. L’ancrage géographique du texte transcende, dans ses références implicites, sa dimension purement matérielle, pour refléter une communion de l’identité individuelle avec une identité collective dont l’exclusion implique l’anéantissement. Le crime est indubitablement corrélé aux espaces reflétant non seulement l’identité de Vitoria mais aussi, et surtout, de toute une région.

  • 12 Ibid., p. 21.

11En outre, dans le fil de la narration, l’importance des croyances populaires et des légendes comme ciment du lien social, apparaît en filigrane. En plaçant près du corps de ses victimes un « eguzkilore », défini au cœur du roman comme « un antiguo símbolo de la protección en la cultura vasca que se colocaba en las puertas de los caseríos para impedir la entrada de las brujas y otros demonios »12, l’assassin renoue, une fois de plus, avec le fondement de ce même lien social basé sur un système de croyances propres à un ensemble de personnes et sur lequel se construit, au cœur de chaque individu, le sentiment d’appartenance à une communauté.

12Il en va de même lorsque, s’aventurant aux limites du fantastique, Eva García Sáenz de Urturi, prête au grand-père de l’enquêteur, robuste comme un chêne avec ses quatre-vingt-quatorze ans, le don d’être un guérisseur qui connaît les secrets de la nature. N’est-il pas capable de soigner l’eczéma de son autre petit-fils, Germán, avec une simple pomme dont il enterre une moitié affirmant que, quand elle sera pourrie, la maladie sera guérie ? N’aurait-il pas aidé la femme d’Unai, victime d’un accident de voiture, à passer de l’autre côté de la frontière qui sépare les vivants des morts ? A-t-il accompagné Unai sur le dernier lieu de l’enquête pour lui donner le conseil qui aurait pu lui sauver la vie ou sa présence n’était-elle qu’une hallucination ? N’est-ce pas à nouveau lui qui sauvera Unai de la mort ou de l’état végétatif auquel la balle reçue l’a condamné en reproduisant le rituel de la pomme coupée en quatre ? En construisant une intrigue, qui parfois frôle l’irrationnel, la romancière fait plus que déployer les ficelles traditionnelles du suspens propre au roman policier. Au contraire, elle inscrit les actions des personnages dans un ensemble de croyances ancestrales dont se fait le messager ce presque centenaire, un grand-père symbole de la sagesse populaire et de la nécessité de sauvegarder tout un patrimoine de croyances collectives.

13Dans El silencio de la ciudad blanca, Eva García Sáenz de Urturi tend donc à illustrer cette théorie en montrant que le lien social obéit au principe de la fusion de l’individu dans une sorte de « nous communautaire » ; ce lien est d’autant plus serré que le degré de cohésion entre les membres de la collectivité est élevé. Peut-être cherche-t-elle à transmettre à ses lecteurs une volonté de préserver cette forme de lien social dans une communauté qui doit affronter la montée des individualismes et qui tend à rompre avec son passé ? Et nous y reviendrons.

  • 13 Eugenia Ramírez Goiecoechea, « Cuadrillas en el país ...

  • 14 Ibid.

14Nous terminerons cette partie de notre analyse en mentionnant l’existence des « cuadrillas » qui viennent, tout au long du roman, incarner la cohésion du groupe social au Pays Basque. Dans une étude consacrée à ce phénomène qu’elle définit comme « un grupo informal (no tiene estatutos ni “reglas de juego” explícitas), entendiendo éste como conjunto de personas que se comunican todas ellas directamente “face-to-face” con las demás, que son interdependientes en cuanto a necesidades, objetivos y afinidades »13, Eugenia Ramírez Goicoechea précise : « Nadie que haya estado con frecuencia en el País Vasco y conozca mínimamente su entramado social duda del papel tan importante como curioso que tienen las cuadrillas de amigos en la estructura de relaciones interpersonales »14. Il se trouve que, tout au long de la narration, cette forme de vie sociale vient refléter non seulement la spécificité d’une région mais aussi l’étroitesse d’un lien qui unit les individus. Elles accentuent le sentiment d’appartenance communautaire comme en témoigne ce fragment :

  • 15 Eva García Sáenz de Urturi, El silencio de la ciudad ...

Las cuadrillas se forman cuando estás en el instituto; es complicado entrar en una si vienes de fuera. Todo es muy endogámico. Conoces a unos jóvenes con quince años, chicos y chicas, y algunos ya están liados entre ellos. Los unos con las otras, las otras con distintos unos… y los visitas veinte años más tarde, y los encontrarás de nuevo liados y mezclados en permutaciones que no imaginabas, pero ninguno de ellos habrá echado una mirada fuera de su microcosmos para ver si por el ancho mundo hay más individuos susceptibles de acabar siendo pareja. No, eso en Vitoria nunca pasa. La exogamia se mira con recelo. Todos los nacidos más allá de los cincuenta kilómetros son, como decía mi abuela, «forasteros». Curiosa palabra de wéstern que se escucha en todos los pueblos alaveses. Que pasan dos peregrinos jacobeos: «forasteros», aunque sean de Cuenca. Que viene un colchonero con su furgoneta desde Salamanca a vender colchones de algodón, de los que ya no se usan: «forastero», murmurarán los viejos, encogiéndose de hombros.15

  • 16 On remarque effectivement que la romancière s’appuie ...

15La force du sentiment que nous venons d’évoquer plus haut surgit avec une singulière intensité entre ces quelques lignes. Elle conduit à considérer celui qui vient d’ailleurs, ne serait-ce que de la région la plus voisine, comme un étranger. C’est donc bien tout un fonctionnement sociétal que reprend García Sáenz de Urturi dans son roman et l’insertion, au fil des pages, d’allusions aux modes de fonctionnement des cuadrillas – qui vont des simples rencontres hebdomadaires au mariage entre amis en passant par l’affichage de costumes communs à travers la référence aux « cuadrillas de blusas y neskas » lors des fêtes populaires – accentue l’idée d’un très solide lien social. On remarquera, au passage, l’importance de ces fêtes populaires qui, reprises dans le roman, montrent combien elles sont fondamentales pour la cohésion de la population basque et l’on évoquera rapidement, par le terme « neska », et bien d’autres encore16, l’identité linguistique d’un pays qui se met au service du renforcement du tissu social.

16Or, si l’on considère le second volet de la trilogie, on constate que la « cuadrilla » d’Unai, le policier, vole en éclat, victime des trahisons et de jalousies sentimentales. Peut-être s’agit-il de la part de la romancière d’une volonté de tirer une sonnette d’alarme face à une société qui, comme tant d’autres, tend à s’éloigner chaque fois plus de ses racines, provoquant un relâchement du lien social. Il semblerait, en ce sens, que l’on puisse rapprocher le roman d’Eva García Sáenz de Urturi de la trilogie de Dolores Redondo où Amaia Salazar, l’enquêtrice à l’enfance douloureuse, parvient à résoudre son énigme policière quand elle accepte pleinement son identité culturelle et son appartenance à sa région natale. Elle est alors en mesure d’établir une sorte de dialogue symbolique avec les entités légendaires de cette zone : le « Basajaun », créature mythologique qui hante les forêts du Baztán, lui sauve alors la vie et la « Diosa Mari », divinité féminine emblématique des croyances euscariennes, lui apparaît à l’entrée d’une grotte pour lui annoncer une future maternité, exauçant ainsi l’un de ses vœux les plus chers.

17Nous conclurons cette première partie de notre réflexion sur l’existence d’un lien social qui passe par le sentiment d’appartenance en soulignant que c’est précisément ce même sentiment, contredit par l’histoire individuelle de l’assassin, qui est à l’origine de la violence. Dans son roman, Eva García Sáenz de Urturi souhaite peut-être nous dire l’importance de cet attachement dans la construction identitaire de tout individu. Mais au-delà de cet aspect inhérent à la question culturelle et identitaire, se dessinent d’autres enjeux mus par des sentiments de jalousie et de rivalités qui vont trouver un étrange écho dans les formes de déplacements des personnages entre la ville et la campagne.

Le complexe de Caïn

18Le roman pourrait être aussi l’histoire d’une haine qui rappelle celle de Caïn pour Abel. Elle serait à l’origine de toute une problématique sociale sur laquelle, en définitive, reposerait l’intrigue. La réflexion sur les mécanismes qui animent l’être humain et sur sa dualité occupe la structure profonde du texte. La complexité de son architecture narrative qui décline, grâce aux deux narrateurs, deux strates temporelles différentes (dont la connexion se fait lors de la résolution du meurtre), et le traitement du temps linéaire sous la forme de deux flash-back (tels deux journaux intimes dont l’un permet un retour in medias res sur l’enquête), créent un effet de cercles concentriques qui permettent de creuser plus profondément dans l’histoire des différents personnages. Il semblerait que l’objectif de la romancière soit de mettre en parallèle deux époques pour montrer l’universalité de comportements sociaux qui sont à l’origine de la transgression du lien social originellement établi.

  • 17 Voir note 3.

19Ainsi, on observe que ce qui animait le père de l’assassin, c’était son désir d’ascension sociale et ce désir, toujours frustré, est à l’origine de la violence de son fils adultère. Dès les premières interventions du personnage, le lecteur est amené à comprendre qu’Álvaro souhaite, avant toute chose, devenir médecin à la ville pour côtoyer les plus influents « de igual a igual »17. Si l’envie d’accéder à une condition qui lui sera toujours refusée semble manifeste, le sentiment d’infériorité, lui, s’affirme de façon beaucoup plus subtile. Incompris de sa propre femme, il s’éprend de Blanca, l’épouse d’un puissant industriel dans laquelle il trouve une voie de salut. Lorsque cette femme apparaît dans l’espace textuel, Vitoria est recouverte de neige, c’est la « ville blanche » qui donnera son nom au roman. Le silence est celui de la femme qui tait ses secrets jusqu’à la fin du roman et celui dans lequel la ville plonge quand elle se couvre de neige. Par un glissement onomastique, la femme devient une sorte de métaphore de la ville, symbole de l’inaccessible. Blanca ne pourra jamais appartenir à Álvaro et jamais Álvaro ne sera un médecin reconnu au sein de la capitale de la province d’Alava. De plus, la mère abandonnera son fils parce qu’il ne lui ressemble pas et la ville n’acceptera pas non plus cet enfant dont le naissance contredit la bienséance.

  • 18 Eva García Sáenz de Urturi, El silencio de la ciudad ...

  • 19 Ibid., p. 214.

  • 20 Ibid., p. 378.

  • 21 Ibid., p. 357.

20Il est même établi que ses frères « lo desterraron de Vitoria »18. Il devient le prolongement d’un Caïn banni du territoire gratifiant et tout un réseau lexical nourrit progressivement ce rapprochement. En effet, on soulignera le verbe « desterraron » et la récurrence du verbe « expulsar » : « ¿Nunca se ha sentido expulsado de su propio paraíso ? »19 et, quelques pages plus loin, « se sentía expulsado »20. À la naissance, il sera relégué aux fins fonds d’une campagne où sa famille adoptive finira également par le rejeter, lui refusant toute identité. Il deviendra alors paradoxalement le petit pasteur des abeilles oublié de tous, « el peón que lleva las colmenas »21 d’Izarra, village reculé de la province, apprenant à vivre avec elles au point d’en faire l’instrument de ses futurs meurtres.

21On observe donc ici que les rapports à l’espace de vie sont une clef importante de l’analyse du lien social dans la mesure où leur antagonisme marque une rupture presque radicale entre les deux environnements. Une forme de discrimination spatiale est mise en œuvre, alimentée par le fait que la réussite de l’individu ne peut passer, au regard de la modernité, que par une réussite au cœur de la ville. En effet, les deux autres frères, restés près de leur mère au sein de la ville nourricière, sont devenus l’un architecte et l’autre policier, les deux professions étant en lien direct avec la vie édifiante de la cité. À l’opposé, Nancho ne s’est jamais rendu à Vitoria, si ce n’est le jour d’une fête pour y vendre de l’ail. Cette dichotomie, vécue sur le plan de l’espace au départ, puis sur le plan social ensuite, accompagnée de la prise de conscience de la cassure du lien social familial, fait naître chez le personnage un sentiment d’envie si intense qu’il sera le moteur de ses pulsions criminelles :

  • 22 Ibid., p. 379.

Y tuvo envidia, envidia de aquellos gemelos, de ser como ellos, tan bien plantaos, tan asquerosamente ricos, con esas chavalas que estaban de toma pan y moja. Y se propuso ser como ellos: alguien a quien no le importara lo más mínimo dar por muerto a alguien, porque sabía que no le pasaría nada. Nancho quería aquello, aquel poder para hacer y deshacer sin tener en cuenta a nadie.22

  • 23 Jacques Hassoun, Caïn, Paris : Éd. Autrement, col. « ...

22L’ombre de l’envieux Caïn se profile alors derrière le personnage de Nancho et la répétition du substantif reflète la violence du désir relayée par la répétition de l’expression « ser como ellos » ainsi que par la sensation d’un pouvoir presque divin qui l’envahit progressivement. Le rejet par ses propres frères au moment de l’enterrement de la mère a définitivement dissout le substrat du lien social originel, celui de la fratrie, pour laisser place à une nouvelle forme de relations humaines. En ce sens, Jacques Hassoun, en s’interrogeant sur le rôle qu’a joué l’envie dans l’histoire biblique d’Abel et de Caïn, affirme  que celle-ci est donc « l’organisatrice du lien social, c'est-à-dire de ce qui attache chacun à son semblable. Mais pas de n’importe quelle façon, par l’intermédiaire d’un objet que le semblable possèderait qui est cause de son malaise »23. Ici, c’est le statut social qui est questionné.

23Et dans le cas qui nous occupe, la figure maternelle nourricière, avec ce qu’elle comporte d’acceptation sociale, représente le point de départ de toutes les convoitises. Une nouvelle forme de lien social semble prendre le dessus : le rapport à l’autre, qui suppose identification (« ser como ellos ») et rivalité (« aquel poder para hacer y deshacer »), en sera le pernicieux moteur. Soulignons que le meurtrier a été, par trois fois, rejeté du giron maternel dans toutes ses acceptions : Blanca l’a abandonné, puis, lorsque le couple qui l’a adopté parvient à avoir ses propres enfants, ils changent irrévocablement d’attitude envers lui et l’excluent du lien familial, et enfin, quand son identité de criminel est dévoilée, il est radicalement rejeté de la communauté. Les deux premières étapes fomentent donc l’identité d’un assassin qui, tel un nouveau Caïn, n’a pas répondu aux exigences de ceux qui attendaient de lui un comportement exemplaire.

  • 24 Définie comme « une absence de règles morales à parti...

24À nouveau, nous renouons ici avec les propos d’Émile Durkheim quand il explique que le lien social primaire s’affaiblit lorsque l’individu doit faire face à une sorte d’« anomie »24 qui l’amène à une perte des repères sociaux. C’est en quelque sorte ce qu’Eva García Sáenz de Urturi tend à nous montrer dans El silencio de la ciudad Blanca car, en transgressant l’ordre établi par la collectivité par le biais de ses crimes, Nancho prend le contrepied de la société qui l’a rejeté et échafaude un ordre nouveau dont il est le seul maître. Cette même société perd, l’espace des enquêtes, son rôle de modérateur dans la mesure où elle n’est plus apte à exercer sur l’un des citoyens une autorité morale régulatrice des comportements.

  • 25 Eva García Sáenz de Urturi, El silencio de la ciudad ...

25Le traitement de l’espace dans le roman reflète cette même dynamique. Quand Nancho massacre sa famille adoptive, son objectif est non seulement de se venger mais aussi de pouvoir se rendre librement à la ville : « Se iría a una ciudad, los copiará, sería como ellos »25. Et l’on comprend ainsi que la marginalité spatiale est corrélée à la marginalité sociale et économique. Nancho n’est pas allé à l’école, il a appris seul à lire et à écrire. Sans identité, il n’avait pas accès au savoir alors que ses frères ont bénéficié de la fortune d’un père qui ne l’était pas vraiment et d’une renommée qui leur a ouvert toutes les portes de la réussite (Tasio est devenu un architecte célèbre qui cultive son image dans des émissions télévisées).

26Une autre forme de violence vient relayer la dichotomie des espaces, il s’agit des violences conjugales et de l’enfance maltraitée. On note effectivement au sein du roman bon nombre d’allusions à ces formes de violence sociale et l’on pourrait croire, au premier regard, que l’espace rural est le plus affecté par ce phénomène. Lorsque le grand-père était maire à Villaverde, il ne tolérait pas que le forgeron puisse violenter sa femme, fait cependant accepté par une société aux comportements archaïques :

  • 26 Ibid., p. 95.

[…] entraba en casa del herrero con el cinturón en la mano y le paraba los pies porque alguien en el pueblo le había avisado de que estaba pegando a su mujer. Aquello ocurría en los años cuarenta, cuando la violencia de género se quedaba de puertas adentro y nadie llamaba a la pareja de la Guardia Civil si se escuchaban gritos en las casas de los vecinos, porque los del tricornio siempre contestaban: « Esos son asuntos entre un hombre y su esposa, nosotros no nos podemos meter.26

27Aux confins d’Izarra, Nancho reçoit les coups de ceinture de celui qui ne supporte pas de se faire appeler « papa » :

  • 27 Ibid., p. 377.

Nancho lo miró de reojo y tragó saliva. Odiaba el cinto, el metal de la hebilla le dejaba marcas en la espalda y tenía que estar semanas tapándose con la ropa para que en Izarra no lo vieran marcado y se rieran de él.27

28Dans Los ritos del agua, second volume de la trilogie, on apprend qu’Estibaliz, l’amie et coéquipière de l’enquêteur, subissait les mêmes brutalités de la part de son père. Systématiquement, la société fermait les yeux et l’on est alors en droit de se demander si cette forme de comportement socialement violent est l’objet d’une dénonciation de la part d’Eva García Sáenz de Urturi. Cependant, si l’on se rappelle la première apparition de Blanca dans l’espace romanesque, on se souviendra qu’elle boitait, victime des coups de son mari qui agissait en toute impunité. Cette forme de maltraitance sociale n’est donc pas le fruit d’une forme de marginalisation économique ou spatiale. Au contraire, elle semble affecter aussi bien les zones rurales que les zones urbaines, tel un fléau social que la romancière s’évertue à faire connaître pour mettre la lumière sur une fracture silencieuse au sein d’un tissu communautaire au maillage pourtant étroitement serré.

  • 28 Ibid., p. 462

  • 29 Mircea Eliade, La nostalgie des origines, Paris : Gal...

29Nous nous pencherons enfin, pour clore cette étude sur le rôle de l’espace dans la consolidation du lien social, sur le rôle que joue Villaverde dans le roman. C’est ainsi que se nomme le village où Unai et Germán, les frères orphelins, ont grandi aux côtés d’un grand-père bienveillant. Loin de toute réminiscence caïnique, cette fratrie est unie et aucune forme de compétition ne vient ternir leur relation. Le grand-père, qui les a préservés par sa présence sage et tranquille, a toujours veillé à leur bonne entente, tel un gardien sacré de l’union fraternelle. Ils ont quitté la campagne pour exercer le métier auquel ils se réservaient mais, à maintes reprises, Villaverde semble devenir la face complémentaire de la ville. Il ne s’agit plus alors de marginalisation de l’espace comme reflet de la discrimination sociale ou économique. Au contraire, le petit village devient le sanctuaire où les agitations urbaines se dissipent et où il est possible de trouver la paix nécessaire à la résolution des enquêtes. Unai s’y réfugie pour fuir les douleurs liées à son passé marqué par la mort prématurée de sa femme enceinte, pour trouver un apaisement face aux tensions liées à l’enquête mais aussi pour y réfléchir et trouver de nouvelles pistes, pour se ressourcer. C’est l’endroit où son esprit retrouve une forme de virginité salvatrice. On observera le même cheminement dans Los ritos del agua. Villaverde y est clairement identifié au paradis par le policier : « En mi paraíso de montes se estaba muy bien, no quería volver a la realidad »28. Ne serait-ce pas là la manifestation d’un besoin irrépressible de retourner aux sources, aux origines (la Terre, matrice de toute forme de vie), ce que Mircea Eliade qualifie aussi de « regressus ad uterum », de nostalgie des origines29 ?

  • 30 On citera, entre autres nombreux exemples, Monteperdi...

30Nous renouons alors avec le début de notre analyse qui démontrait que, dans El silencio de la ciudad blanca, la base du lien social, dans une société qui tend chaque fois plus à s’éloigner de ses racines, se situe dans la reconnaissance et l’acceptation de ses origines et de son identité culturelle. C’est peut-être ce qui explique le récent engouement pour des romans noirs dont la trame se déroule au cœur même des terres basques ou bien de régions sauvages réputées pour leur richesse identitaire30. En plaçant son intrigue loin de tout conflit politique, Eva García Sáenz de Urturi renoue plutôt avec une identité territoriale porteuse de lien social.

Conclusion

31Nous pouvons conclure notre réflexion en affirmant que, dans El silencio de la ciudad blanca, le lien social apparaît comme un lien qui rattache un individu à un groupe social ou à la société en général, comme ce qui lui permet de se socialiser et de s’intégrer à cette même société pour en tirer les éléments sur lesquels va pouvoir se construire une identité. Cela passe par le sentiment d’appartenance que nous avons évoqué mais dépasse aussi ce premier stade. Effectivement, le roman illustre parfaitement l’idée qu’au-delà de cette appartenance, les enjeux de la société, dans ce qu’elle renferme de rivalités économiques et personnelles, peuvent venir renforcer le lien social ou contribuer à son délitement, réécrivant alors, à maintes reprises, le mythe fondateur de Caïn dans toute son universalité. Le roman décline donc ces deux versants des liens sociaux qui participent à la construction de nos sociétés mais, en jouant avec l’antagonisme des espaces, la romancière vient aussi nous dire qu’au cœur des enjeux propres à la société dans laquelle nous vivons, se joue, invisiblement, toute une trame inconsciente de relation à l’espace rural ou urbain qui conditionne des comportements et révèle tristement l’éloignement de l’individu de ses racines.

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Notes

1 Eva García Sáenz de Urturi, El silencio de la ciudad blanca, Barcelona : Editorial Planeta, 2016.

2 Ibid, p. 47.

3 Ibid.

4 Ibid., p. 217.

5 Rappelons également ici que dans l’imaginaire collectif la rousseur des cheveux est souvent l’attribut de la violence. Pour Michel Pastoureau, le roux c’est « l’autre, le différent, le réprouvé, l’exclu », c’est aussi « la couleur des démons ». Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Âge occidental, Paris : Seuil, 2004, p. 197.

6 À la fin du roman, Tasio annonce que le film qu’il compte tourner aux Etats-Unis s’intitulera « El silencio de la ciudad blanca ». Eva García Sáenz de Urturi, El silencio de la ciudad blanca, op. cit., p. 467.

7 Tony Hill, Los ángeles de hielo, Barcelona : Grijalbo, 2016.

8 María Oruña, Puerto escondido, Barcelona : Destino, 2015.

9 Émile Durkheim, De la division du travail social (1937), PUF : Collection Quadrige, 1998, p. 27-28.

10 Ibid., p. 29.

11 Eva García Sáenz de Urturi, El silencio de la ciudad blanca, op. cit., p. 19-20.

12 Ibid., p. 21.

13 Eugenia Ramírez Goiecoechea, « Cuadrillas en el país vasco: identidad local y revitalización étnica », Reis: Revista española de investigaciones sociológicas, no 25, 1984, p. 213-222.

14 Ibid.

15 Eva García Sáenz de Urturi, El silencio de la ciudad blanca, op. cit., p. 119.

16 On remarque effectivement que la romancière s’appuie fréquemment sur les mots basques pour désigner les personnes (amatxo, aita, ama) ou bien encore les éléments identitaires, reflets de la culture euscarienne (sorgina, eguzkilore, neska).

17 Voir note 3.

18 Eva García Sáenz de Urturi, El silencio de la ciudad blanca, op. cit., p. 354.

19 Ibid., p. 214.

20 Ibid., p. 378.

21 Ibid., p. 357.

22 Ibid., p. 379.

23 Jacques Hassoun, Caïn, Paris : Éd. Autrement, col. « Figures mythiques », 1997, p. 81.

24 Définie comme « une absence de règles morales à partir desquelles la convergence des individus fait société ». Franck- Pascal Le Crest, Actualité du concept d’anomie, le mal de l’infini, Paris : l’Harmattan, 2013, p. 10.

25 Eva García Sáenz de Urturi, El silencio de la ciudad blanca, op. cit., p. 380.

26 Ibid., p. 95.

27 Ibid., p. 377.

28 Ibid., p. 462

29 Mircea Eliade, La nostalgie des origines, Paris : Gallimard, 1969.

30 On citera, entre autres nombreux exemples, Monteperdido de Agustín Martinez, qui se déroule dans les montagnes pyrénéennes, El silencio del faro de Ibon Martín, qui se déroule au Pays Basque ou son autre roman La fábrica de las sombras qui a pour cadre les forêts de Navarre. On évoquera les romans de María Oruña au sein desquels les paysages de Galice jouent un rôle moteur dans l’action.

Pour citer ce document

Caroline Bouhacein, «L’espace, vecteur du comportement social dans El silencio de la ciudad blanca1», Líneas [En ligne], Numéros en texte intégral /, Roman Noir: espaces urbains et grands espaces, mis à jour le : 08/01/2018, URL : https://revues.univ-pau.fr/lineas/2384.

Quelques mots à propos de :  Caroline  Bouhacein

Professeure Agrégée d’espagnol, Laslar, Université de Caen

caroline.bouhacein@gmail.com