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Líneas
Revue interdisciplinaire d'études hispaniques

11 | 2018 L'âge des minorités

Baptiste Lavat

De la marginalité au devant de la scène : Anata Andina, un carnaval "décolonisateur"?

Article

Reléguées depuis des siècles au statut de minorités invisibles alors même qu’elles constituent la majorité de la population nationale, les populations indigènes de Bolivie connaissent un retour en force sur la scène politique, socioculturelle et économique du pays depuis l’arrivée au pouvoir d’Evo Morales et de son « Proceso de Cambio ». Outre les nombreuses transformations d’ordre politique du pays, on trouve une illustration saisissante de cette « visibilité retrouvée » dans la transformation de certaines des grandes festivités nationales, qui ont remis nombre de pratiques culturelles issues des populations quechuas et aymaras au cœur de leur déroulement, projetant au devant de la scène publique des rites et des acteurs indigènes réduits au silence il y a encore quelques décennies. L’exemple le plus frappant de cette transformation du modèle festif, et de sa progressive et délicate acceptation par les élites urbaines traditionnelles, est sans conteste la grande fête de l’Anata Andina ou « carnaval rural andin ». Un renversement rendu possible non seulement par les mouvements continentaux de revendications identitaires portés par les communautés indigènes de la région, mais aussi par le soutien inconditionnel de l’État bolivien, qui a fait de l’Anata et des festivités traditionnelles l’un des piliers de sa politique de « décolonisation culturelle ». Cet article se propose de montrer dans quelle mesure la vitalité retrouvée et réaffirmée de la fête d’Anata Andina représente, dans un pays en plein renversement de ses codes politiques et socioculturels, un retour des « minorités » sur le devant de la scène nationale.

Relegados desde hace siglos al estatuto de minorías invisibles a pesar de ser mayoritarios a nivel nacional, los pueblos indígenas de Bolivia se encuentran de nuevo en el centro de la escena política, sociocultural y económica boliviana desde la llegada al poder de Evo Morales en 2006 y la implementación de su «Proceso de Cambio». Más allá de las numerosas transformaciones de índole política del país, la evolución de algunas de las principales festividades nacionales constituye una impactante ilustración de este proceso de «visibilidad recobrada», al devolver a numerosas prácticas culturales del mundo quechua-aymara, así como a sus representantes, una importancia y un lugar público impensables unas décadas atrás. La fiesta de la «Anata Andina», o «Carnaval andino» es sin lugar a dudas uno de los ejemplos más significativos de esta transformación del modelo festivo y de su progresiva aceptación por las élites urbanas tradicionales. Si bien el contexto de movimientos continentales y reivindicativos de los pueblos indígenas facilitó este cambio, también fue decisivo el importante incentivo del gobierno boliviano, que convirtió la Anata Andina y las fiestas tradicionales en uno de los pilares de su proceso de «descolonización cultural». Este artículo pretende demostrar en qué medida la vitalidad recobrada y reafirmada de la Anata Andina representa, en un país en pleno vuelco de códigos políticos y socioculturales, una vuelta de las «minorías» en el centro de la escena nacional.

Texte intégral

Introduction

  • 1 Beatriz Rossells, «100 años del carnaval de La Paz. La...

1Festivité emblématique de la nation bolivienne, le Carnaval d’Oruro s’érige depuis quelques décennies en célébration aux enjeux pluriels, complexes et mouvants, en raison non seulement du nombre considérable de participants et spectateurs qu’il mobilise, mais aussi de ses modalités de représentation dans un pays en pleine transformation. Car si les fêtes sont indéniablement un espace de sociabilité et d’échanges (humains, artistiques, économiques, culturels, rituels, etc.), elles constituent aussi un lieu stratégique de mise en scène des questionnements nationaux et du pouvoir, comme le rappelle l’historienne bolivienne Beatriz Rossells : « La fiesta, como ningún otro mecanismo y fenómeno social, transita en el nivel del poder simbólico »1.

  • 2 Les différentes « catégories » de fêtes sont souvent i...

  • 3 Gérard Borras, « Les Indiens dans la ville ? Fêtes et ...

2Du fait de sa capacité à réunir dans un même cadre des personnes ou groupes issus de générations, d'origines et de milieux divers, la fête, dans ses différentes formes et expressions2, devient souvent le lieu privilégié d’interactions diverses, se posant à la fois en espace d’affirmation individuelle et collective, d’union et de différenciation, d’inclusion/exclusion. Tout en rompant avec le rythme et les occupations du quotidien, elle met généralement en exergue certaines de ses spécificités, dans une forme de mise en abyme particulièrement propice aux représentations de la société et des individus qu’elle mobilise. Ce faisant, elle cristallise un certain nombre d’enjeux sociaux, politiques, économiques et culturels, dans un fonctionnement polysémique qui en fait une sorte de « miroir » de la société qui les accueille. Une telle densité d’enjeux, tangibles ou symboliques, ne pouvait que constituer un terrain de choix pour le monde politique bolivien, qui sut faire des différentes festivités nationales un élément à part entière de ses stratégies de communication, dans un rapport souligné par Gérard Borras : « La fête, comme représentation ou subversion de l’ordre social, a toujours eu des relations avec le monde institutionnel et politique. Les entradas boliviennes ne font pas exception à la règle »3.

  • 4 La Pachamama, déesse Terre ou « Terre Mère », est l’un...

  • 5 Quotidien La Patria, 26 février 2006.

3Depuis son élection en 2006, le Evo Morales n’a lui non plus pas manqué à cette règle, entretenant une relation au Carnaval plus politique encore que celle de ses prédécesseurs, faisant de ce dernier un véritable cadre de représentation personnelle autant qu’un espace lui permettant de promouvoir certains points clés de sa gestion gouvernementale. Mais contrairement aux chefs d’état du siècle dernier, très attachés au spectacle des « entradas folklóricas », processions dansées inspirées du Carnaval européen, le président Morales a préféré mettre en avant les origines précolombiennes et rituelles de la fête ainsi que son vocable indigène, la fameuse Pachamama4 : « El Carnaval no solo es una fiesta, sino que es una celebración de agradecimiento a la Pachamama, por las cosechas en el área rural »5.

4Il a donc choisi de mettre l’accent sur une autre date du calendrier des fêtes, la célébration de l’Anata Andina, qui occupe dorénavant une place de choix dans la dynamique festive après avoir été longtemps dénigrée voire proscrite par des autorités nationales obsédées par l’idée d’une modernité et d’un progrès calqués sur le modèle occidental. Ce faisant, il s’est clairement démarqué de ses prédécesseurs, qui n’avaient jamais accordé d’attention particulière à cet événement, et s’est rapproché par la même occasion des communautés rurales sensibles à l’Anata Andina qui constituent une part essentielle de son électorat.

5Il s’agira donc ici de montrer dans quelle mesure et par quels moyens l’Anata Andina, célébration rituelle de clôture de la saison des pluies, a pu s’ériger, en quelques années seulement, en représentante festive et symbolique des communautés indigènes nationales marginalisées de tous temps par les autorités et les élites socio-économiques boliviennes.

Anata Andina

  • 6 La « Federación Sindical Única de Trabajadores Campesi...

  • 7 Le Carnaval d’Oruro, classé au Patrimoine Culturel Imm...

  • 8 Le terme a souvent une connotation politique, en ce qu...

6Née en 1993 sous l’égide de la Federación Sindical Única de Trabajadores Campesinos de Oruro6 (FSUTCO), la fête de l’Anata Andina est sans doute l’une des festivités boliviennes les plus singulières et complexes. À la fois célébration rituelle ancestrale et manifestation moderne de l’importance – fraichement recouvrée – des communautés indigènes et rurales dans la vie citoyenne nationale, elle revêt différentes significations selon qu’on la considère sous un angle culturel, rituel ou encore politique. Intégrée au calendrier des festivités du célèbre Carnaval d’Oruro7 depuis une vingtaine d’années, l’Anata Andina propose l’une des mises en lumière les plus parlantes des enjeux nationaux de revendications d’appartenance ethnique et/ou sociale, dans un pays ayant érigé les fêtes en espaces de représentation symbolique et politique de premier ordre. Elle témoigne en effet de l’importance croissante donnée aux populations indigènes et aux « cultures ancestrales »8 par les autorités nationales depuis quelques décennies, et constitue à ce titre un terrain d’échanges particulièrement fécond, autant que le creuset ou reflet de nombre des tensions de la société bolivienne contemporaine. Sa portée et ses résonances sociopolitiques, rapidement identifiées par les habitants de la région, en ont progressivement fait un terrain de lutte symbolique entre deux conceptions de la fête et de la vie, l’Anata Andina s’érigeant en défenseuse d’une pluralité culturelle et ethnique au sein d’un Carnaval longtemps accaparé par les élites urbaines blanches et métisses.

  • 9 Le Vocabulario de la lengua aymara de Ludovico Bertoni...

7Aujourd’hui associée au carnaval, la fête de l’Anata, terme aymara signifiant « jeu »9, est l’une des principales célébrations du calendrier agro-rituel andin, annonce de la fin de la saison des pluies ou « Jallupacha » ouverte en novembre. Tout le sens de la fête repose en effet sur sa place stratégique dans le calendrier climatique et agricole de l’Altiplano, à une étape charnière du cycle productif cruciale pour le bon développement des produits de consommation et propice aux pratiques rituelles qui l’accompagnent, comme l’explique l’anthropologue hollandais Hans van den Berg :

  • 10 Hans Van Den Berg, «La tierra no da así nomás. Los ri...

El ciclo climatológico anual y las correspondientes actividades agrícolas han determinado el calendario ceremonial de los aymaras […] Dentro de este ciclo anual, hay dos momentos cruciales: el paso de la época seca a la época de lluvias, y el de esta última a la época fría […] El ciclo ritual también tiene dos momentos cruciales, que corresponden a los momentos cruciales del ciclo climatológico: la celebración de los difuntos (a comienzos de noviembre), y la celebración de la precosecha de la fiesta de Anata (febrero-marzo); celebraciones que, a su vez, presentan una estructura paralela.10

  • 11 Yolanda Borrega, Víctor Hugo Ricaldi, « Configuracion...

8Outre sa vocation de « remerciement » et d’hommage à la Terre Mère, l’Anata acquiert ainsi une forte dimension propitiatoire, l’exubérance dont elle fera preuve ayant pour objectif d’invoquer plus encore d’abondance pour les récoltes à venir. Il s’agit donc d’une célébration d’allégresse et d’opulence, essentielle pour le raffermissement des liens communautaires autant que pour le maintien de l’équilibre entre les forces de la nature et les groupes humains. Or cette festivité agro-rituelle andine se trouve avoir lieu à la même époque que le Carnaval, avec lequel elle partage d’ailleurs les dimensions de réjouissances, d’opulence et de réunion de forces vives, comme le soulignent à juste titre Víctor Hugo Rinaldi et Yolanda Borrega : « Las raíces del carnaval se encuentran precisamente en la época agrícola celebrando la abundancia de la tierra, de forma que los excesos, el desenfreno, el rompimiento de las normas, están enfocados a propiciar la fertilidad, la abundancia y la prosperidad ».11

9En dépit de cette adéquation de contenus et de calendrier entre le carnaval occidental et la célébration rituelle quechua-aymara, l’acceptation de cette dernière dans l’espace urbain orureño n’est qu’un fait très récent. Alors même qu’elle est célébrée depuis des siècles par la majorité des communautés rurales de la région, l’Anata fut longtemps proscrite dans l’enceinte de la ville d’Oruro, ou alors reléguée à ses quartiers périphériques et excentrés. Considérée par les pouvoirs locaux comme une manifestation exclusivement rurale, non sans une claire connotation péjorative associée à ce terme, elle ne méritait vraisemblablement pas de partager l’espace festif de la capitale départementale avec son homologue du carnaval.

10C’est seulement en 1993 que l’Anata put enfin fouler le centre historique de la ville, alors même que le Carnaval y avait déjà entériné son importance depuis des lustres. Elle bénéficia vraisemblablement de l’important succès rencontré par la première grande marche de protestation indigène de l’histoire du pays, la « Marcha por la dignidad y el territorio », organisée par différents groupes indigènes du département du Beni en août 1990 dans le but de faire reconnaître leur territoire par le président Jaime Paz Zamora. Cette mobilisation fut la première véritable victoire d’un mouvement populaire d’origine indigène, et marqua un tournant dans l’histoire des grandes marches citoyennes dorénavant emblématiques du pays. Fait plus significatif encore, cette première édition de l’Anata au cœur de la capitale folklorique nationale s’inscrivait dans un contexte continental de revendications politiques et culturelles portées par des mouvements indigènes de différents pays de la région, qui se mobilisaient depuis quelques années déjà en vue du cinq-centième anniversaire de la « découverte » des Amériques :

  • 12 Felipe Gómez Isa, Mikel Berraondo (eds.), Los derecho...

La mayor movilización [indígena], cuyos resultados e impactos se están cosechando hasta la fecha, fue la impulsada por el «Movimiento de los 500 Años de Resistencia Indígena», que luego se amplió a « Resistencia Indígena, Negra y Popular ». Esta campaña fue lanzada en Bogotá en octubre de 1989 y reafirmada con la declaración de Quito en julio de 1990, en el Encuentro Continental « 500 años de resistencia india » [...].12

11Un an après ce symbolique anniversaire, dans une mouvance de réaffirmation des valeurs et traditions indigènes, l’Anata fit donc sa première entrée dans le centre-ville d’Oruro. Les syndicalistes et organisateurs de ce nouvel épisode festif le présentèrent cependant initialement comme un « Carnaval Andino », vraisemblablement afin de renforcer son acceptation au sein de la dynamique festive carnavalesque de la ville plutôt que d’en souligner la dimension militante. L’analyse de la presse des années quatre-vingt-dix permet d’ailleurs de relever une apparente volonté de la FSUTCO de ne point trop insister sur la relation entre cette nouvelle fête et les mouvements indigènes continentaux. En effet, aucun article ne met en avant la dimension revendicatrice et politique de l’Anata, simplement présentée comme une expression de la richesse culturelle et patrimoniale de la région, comme pour justifier sa place aux côtés du Carnaval. On ne trouve de mention explicite de ses origines « politiques » qu’à partir de 2001, soit huit ans après sa création, dans un article publié par La Patria qui formule explicitement certaines des circonstances de son apparition :

  • 13 Quotidien La Patria, 17 février 2001.

La fundaron [Anata Andina] con el objetivo de demostrar que las naciones originarias, a pesar de más de 500 años de opresión, sojuzgamiento y explotación, siguen de pie y en permanente resistencia, manteniendo en el presente y para el futuro sus propias formas de vida, costumbres, organización y religión cosmotelúrica, como producto de la sabiduría científica y comprensión entre la naturaleza y el hombre.13

12Cette présentation sommaire de la genèse de Anata marqua un tournant dans son histoire médiatique, puisqu’elle évoquait pour la première fois son lien direct avec le mouvement militant des « 500 años ». Elle confirmait en outre sa dimension politique et revendicative, soulignant sa valeur de témoignage de la pérennité des traditions du monde andin, en dépit de l’oppression et de l’exploitation dont elles furent victimes.

  • 14 Gérard Borras, « Les Indiens dans la ville ? : fêtes ...

13Le parcours de la « nouvelle » entrada, critère de réussite essentiel pour toute fête orureña, fut dans un premier temps différent de celui du Carnaval, mais empruntait néanmoins déjà des axes importants du centre-ville, preuve de son acceptation par les autorités municipales et garantie d’une bonne visibilité publique et médiatique. Le passage de l’Anata par les rues du centre historique lui conférait aussi une forte portée symbolique, puisqu’il permettait pour la première fois à des indigènes d’investir, selon leurs propres critères de représentation, les lieux emblématiques du pouvoir dont ils furent si longtemps écartés, dans une situation que décrivait aussi Gérard Borras au sujet de la fête du Gran Poder à La Paz : « Être présent dans l’espace symbole du pouvoir des classes dominantes, avec les signes d’une culture la plupart du temps méprisée par les élites urbaines, cela a un sens tout particulier dans un pays qui jusqu’en 1945 a limité la libre circulation des indigènes dans la capitale »14.

  • 15 Quotidien La Razón, 26 février 2006, disponible sur :...

14On mesure difficilement aujourd’hui combien cette place accordée à l’Anata par la ville était révélatrice des profondes transformations que la société bolivienne était en train de vivre. Après des années de mise au ban des traditions andines par les pouvoirs décisionnaires régionaux et nationaux, sa simple inclusion dans le calendrier aux côtés de l’illustre Carnaval d’Oruro représentait déjà une victoire pour ses organisateurs. Mais au-delà de cette reconnaissance des pratiques culturelles et rituelles andines, la présence des communautés indigènes au centre-ville revêtait de fait une indéniable dimension politique, comme le rappelle l’anthropologue orureño Marcelo Lara Barrientos : « Más allá de las connotaciones rituales y festivas, es también un evento con sentido político, relacionado con la presencia de los pueblos originarios en la ciudad, en señal de demanda de reconocimiento cultural por la sociedad y cultura dominantes que el contexto representa »15.

15L’accueil enthousiaste dont bénéficia la première édition de l’Anata contribua à renforcer son acceptation par les autorités municipales, et sa place au sein de la semaine de Carnaval ne fit dès lors que se confirmer, grâce à une gestion aussi habile qu’efficace. Les promoteurs de la fête commencèrent par en faire un événement fédérateur en y réunissant des comparsas issues des seize provinces du département, preuve de l’unité des populations indigènes régionales. Ils mirent ensuite l’accent sur l’originalité et la qualité artistique de la entrada autóctona, qui devait à la fois montrer « le meilleur » des communautés indigènes et offrir un spectacle nouveau à une population habituée au grand Carnaval folklorique, à ses impressionnants costumes et masques et à ses majestueuses bandas. Les atours de fête, mêlés aux couleurs des aguayos andins et à la musique des instruments traditionnels eurent vraisemblablement l’effet escompté, puisque des milliers de spectateurs se réunirent pour admirer les groupes autochtones. Tous les éléments semblaient donc réunis pour donner à l’Anata une place au sein de la plus importante semaine festive d’Oruro, dont dépend, soit dit en passant, une bonne partie de l’économie locale.

  • 16 Le terme quechua « ayllu », qui signifie « famille, l...

16Bénéficiant du soutien logistique et financier des autorités locales municipales et préfectorales suite à son bon accueil par les habitants de la ville, l’Anata connut dès lors un développement fulgurant. Elle sut aussi se distinguer du Carnaval tout en y restant associée, en soulignant ses particularités, à l’instar de sa dimension de compétition, qui renforça certainement sa popularité auprès des ayllus16 de la région. Dès ses débuts, le défilé des conjuntos autóctonos fut en effet conçu non seulement comme une manifestation culturelle et festive louant les traditions andines, mais aussi comme un concours de la meilleure démonstration entre les ayllus participants. La « compétition » faisant partie intégrante des traditions quechuas-aymaras, cette dimension de l’Anata trouva un écho très favorable dans les communautés indigènes de la région, et ne fut probablement pas sans lien avec son succès. Les premières récompenses, relativement modestes, connurent d’ailleurs une évolution proportionnelle à la réputation grandissante de l’Anata et au nombre de ses participants.

  • 17 Ordenanza Municipal 10/2000, Artículo 1, Oruro, 2000.

17D’abord constituée exclusivement de groupes originaires d’Oruro, l’Anata devint rapidement un centre d’attraction et de rassemblement pour les ayllus des départements limitrophes de La Paz, Cochabamba et Potosí, au point d’être déclarée officiellement « Fiesta interdepartamental » en 2000. Après seulement sept ans d’existence, elle faisait ainsi la preuve de sa capacité à fédérer les communautés indigènes régionales, qui y avaient trouvé un vecteur efficace de représentation et d’affirmation identitaire. Un décret municipal entérina d’ailleurs son importance culturelle, non sans évoquer par la même occasion sa dimension identitaire : « [...] la “Anata Andina”, vínculo espiritual de agradecimiento a la Pachamama y de reciprocidad comunitaria, reafirmación de la identidad cultural de los comunarios aymaras, quechuas, urus, chipayas, muratos [...] »17.

  • 18 Quotidien La Patria, 16 février 2003.

18L’engouement pour la nouvelle entrada et sa montée en puissance furent si rapides que le nombre de conjuntos autóctonos participants dépassa d’ailleurs vite celui des conjuntos folklóricos du Carnaval, passant de dix-huit lors de sa création en 1993 à près de cent une dizaine d’années plus tard. Constatant le nombre croissant de demandes de participation à la Entrada Autóctona de 2003, Irineo Zuna, co-fondateur de l’Anata Andina, déclara ainsi, non sans un brin de provocation : « A este paso, la Anata Andina será el hecho cultural más importante de la ciudad de Oruro, sin desmerecer el Carnaval »18.

19Forte de ce succès, l’Anata vit évoluer son parcours jusqu’à une correspondance en tous points à celui des entradas du Carnaval, confirmant symboliquement leur caractère complémentaire dans la dynamique festive, ce qui renforça encore la crédibilité et l’importance de l’Anata aux yeux des ayllus de la région. Malgré son institutionnalisation, elle sut toutefois conserver son autonomie et ses caractéristiques intrinsèques, à commencer par l’utilisation exclusive des instruments traditionnels du Jallupacha, confirmation de la force de représentation d’une pratique rituelle ayant su résister à l’incorporation massive des fanfares dans la majorité des grandes fêtes nationales.

  • 19 Le terme aymara « wilancha » signifie littéralement «...

  • 20 Quotidien La Patria, 22 février 2003.

20L’Anata Andina bénéficia par ailleurs d’une couverture médiatique de plus en plus prononcée, sans pour autant susciter encore l’intérêt des autorités politiques nationales, qui se contentaient de participer à la grande entrada du Carnaval folklorique. Elle sut toutefois en profiter pour clamer la vitalité et la pérennité des traditions andines ancestrales, comme en attestent les titres de la presse à partir des années 2000, dans lesquels se multiplièrent les termes quechua-aymara désignant les traditions et éléments constitutifs de la cosmovision andine. L’Anata confirmait ainsi son caractère de représentante festive par excellence des communautés indigènes, s’instituant en une sorte d’outil d’affirmation socioculturelle, identitaire, artistique et indirectement politique de ces dernières. Elle réintroduisit même au cœur de la ville des pratiques telles que le sacrifice rituel d’un lama, connu sous le nom de « wilancha »19 et généralement relégué au monde rural ou aux mines : « El ritual, que se realiza generalmente en los ayllus días antes del Carnaval, se trasladó a Oruro para mostrar otra de las riquezas culturales de las comunidades rurales del departamento »20.

21La wilancha se fraya à son tour une place dans la célébration, qu’elle plaçait sous les bonnes grâces de la Pachamama et des forces tutélaires du monde andin, une autre victoire symbolique de taille pour des communautés très rarement autorisées à pratiquer ce type de rituels dans les zones urbaines, et qui pouvaient ici le réaliser devant un public nombreux.

  • 21 Quotidien La Patria, 15 février 2009.

22Les organisateurs de la wilancha firent cependant en sorte qu’elle soit perçue par le public comme une offrande vouée non seulement au succès de l’Anata, mais aussi à celui du Carnaval et au bien-être de la communauté dans son ensemble : « No estamos haciendo ninguna competencia al Carnaval, solamente estamos mostrando nuestras costumbres y pidiendo que no exista crisis en este año, de acuerdo a nuestras costumbres »21. L’Anata se voulait alors un élément fédérateur au sens large, lieu de rencontre des différentes facettes d’une nation réunie autour de l’une de ses plus anciennes pratiques culturelles et rituelles, elle-même intégrée au calendrier de la plus importante fête du pays.

23Tous les orureños ne virent cependant pas d’un bon œil la « percée » de l’Anata au sein de la semaine du Carnaval, et les critiques de ses principaux acteurs (danseurs, musiciens des fanfares) et du public commencèrent dès lors à se multiplier, le nombre croissant des participants de la Entrada Autóctona étant aussi synonyme de l’inévitable prolifération de comportements festifs débridés et d’excès, parfois dommageables mais somme toute assez inévitables dans de tels rassemblements. Le quotidien La Patria se mit à son tour à relever plus fréquemment les travers de l’Anata, qui n’avaient jusqu’alors jamais fait l’objet d’une attention particulière. Les raisons de cette soudaine tendance à relever ses déficiences furent certainement diverses, depuis la plus objective perspective journalistique de certains jusqu’à la volonté de discréditer une fête mal acceptée par d’autres. Elle témoignait quoi qu’il en soit d’un changement de perception d’un événement d’abord encensé par le public et par une presse élogieuse, puis progressivement pris pour cible par ceux-là mêmes qui l’avaient d’abord applaudi.

Une entrada politisée ?

  • 22 Quotidien La Patria, 04 février 2006

24L’arrivée au pouvoir d’Evo Morales fut un indéniable facteur supplémentaire de succès et de développement pour l’Anata, à laquelle le chef de l’État se montra d’emblée particulièrement sensible, non seulement en raison de ses convictions et choix politiques, mais aussi du fait de ses origines orureñas. Si Morales fut toujours particulièrement enclin à participer aux différentes festivités du pays, seule l’Anata bénéficia d’un soutien médiatique et financier systématique à partir de son arrivée au pouvoir. Il s’assura par ailleurs que la fête soit retransmise par la chaîne de télévision officielle de l’État, le Canal 7 de Bolivia TV. La renommée de la fête fut alors renforcée par le soutien inconditionnel d’un président qui jouissait lui-même d’un fort taux de popularité et ne manqua pas une année de contribuer de différentes façons à sa réussite. Un mois tout juste après son investiture, le président annonça par exemple que l’État bolivien prendrait dorénavant en charge les prix remis aux vainqueurs de l’Anata, promesse qu’il tint chaque année, à mesure qu’augmentait la valeur des prix : « Para esta nueva versión, el presidente de la República, Evo Morales Ayma, se encargó de donar los premios. En ese sentido, el primer puesto tendrá como galardón dos motobombas y quinces llamas; el segundo puesto tendrá una motobomba y doce llamas [...] »22.

  • 23 Ordenanza Municipal 10/2000, Artículo 1, Oruro, 2000.

  • 24 La dix-septième Constitution de l’histoire bolivienne...

  • 25 Prologue de la « Constitución política del estado Plu...

25Passée du statut de manifestation rurale marginale à celui d’« expresión genuina de los pueblos originarios »23, l’Anata devint ainsi un enjeu symbolique de premier ordre sous la présidence de Morales, qui fit des mesures en faveur de la « réhabilitation » politique, sociale, économique et culturelle des peuples indigènes du pays la pierre angulaire de son programme. La « Nueva Constitución Política del Estado Plurinacional », promulguée en février 200924, est l’illustration même de cette volonté de revalorisation des populations et traditions andines par le nouveau chef de l’État. L’introduction du texte, signée par le président lui-même et rédigée à la première personne du pluriel, revendique clairement son appartenance aux peuples « originarios milenarios »25 historiquement méprisés par les élites politiques, et témoigne de sa détermination à transformer le fonctionnement de la nation à leur égard :

  • 26 Ibid.

La Nueva Constitución establece que en el nuevo modelo de país los pueblos indígenas tendrán una profunda participación civil, política y económica. Para que nunca más seamos excluidos [...] Ahora, los pueblos indígenas somos uno de los pilares fundamentales de un nuevo país.26

  • 27 Le chapitre IV de la Partie I de la Constitution, int...

26La proximité entre les valeurs et mesures promulguées par la nouvelle Constitution27 et les postulats d’une Anata Andina née dans la mouvance de revendication des cultures indigènes régionales n’échappèrent évidemment pas au président Morales et à ses députés, qui firent rapidement adopter une loi par laquelle l’État reconnaissait la valeur patrimoniale de la fête et s’engageait à la promouvoir et à la protéger aux côtés des autorités locales :

  • 28 Ley nº 3607 del 28 de febrero de 2007.

Art. 1°. - Declárase a la “Anata Andina” de Oruro como Patrimonio Viviente, Natural, Material e Intangible de Bolivia, misma que se realiza en la ciudad de Oruro una semana anterior a la entrada del Carnaval.
Art. 2°. - El Gobierno Central, la Prefectura y la Honorable Alcaldía Municipal de Oruro dispondrán de los recursos necesarios para preservar y promocionar la Anata Andina en la ciudad de Oruro
.28

27Si cette consécration légale de l’Anata Andina contribua incontestablement à son développement, elle modifia aussi l’image qu’elle renvoya au public orueño et aux participants du Carnaval. Car alors même que l’Anata avait intégré le calendrier officiel du Carnaval par le décret municipal de 2000, les propos tendant à en faire des antagonistes, souvent issus de la sphère politique, desservirent indéniablement son image, surtout parmi les participants du Carnaval. L’Anata fut dès lors perçue par un nombre croissant d’orureños comme une sorte d’« intrus » politisé dans le programme du Carnaval, ou au mieux, comme une expression culturelle autonome sans autre lien avec ce dernier que l’époque et la dimension festive qu’ils partagent. En effet, elle fut progressivement associée dans nombre d’esprits à la politique de Morales, ce qui put à certains égards la desservir en lui donnant une portée politique spécifique à laquelle elle n’avait pas nécessairement aspiré. Ce rapport ne cessa cependant de se confirmer, de sorte que l’Anata fut rapidement considérée comme une sorte de porte-parole ou d’illustration des mesures gouvernementales prises en faveur des populations indigènes et rurales par un État réformateur, investi des pleins pouvoirs suite à ses triomphes électoraux successifs.

  • 29 Termes du président Morales publiés dans le quotidien...

  • 30 Félix Cárdenas Aguilar, « Bolivia vive un proceso his...

28La création du Viceministerio de Descolonización, le 6 mars 2009, fut certainement l’une des expressions les plus novatrices et significatives de cette politique de « reconquête » d’une dignité et d’une pluralité ethnoculturelle bafouées par des siècles d’un fonctionnement politique décrit comme « colonialismo externo e interno »29 par Morales et ses collaborateurs. Voué à accompagner une transformation en profondeur du pays, ce nouveau ministère, dirigé depuis 2009 par le syndicaliste aymara Félix Cárdenas, entreprit une refonte non seulement de la politique nationale, mais aussi des mœurs de la société bolivienne et de l’ensemble de ses mécanismes, codes et modes de pensée. Jugés néocoloniaux, patriarcaux et racistes, les fonctionnements politiques, institutionnels et éducatifs de la nation s’avéraient en effet incompatibles avec la volonté de changement impulsée par le gouvernement. La Bolivie devait par conséquent passer par un long et profond processus de « descolonización » et de « despatriarcalización » pour recouvrer ses racines, dans une transformation impliquant non seulement une transformation depuis les hautes sphères de l’État, mais aussi une véritable prise de conscience individuelle de l’indispensable changement des mentalités : «Descolonización es desestructurar, desmontar la institucionalidad del Estado colonial, evidenciarlo, ponerlo en crisis para luego transformarlo. Pero también la condición de la descolonización pasa por descolonizarnos primero nosotros, descolonización mental»30. En d’autres termes, il s’agissait pour les populations ou « collectivités » écartées de la vie citoyenne par le « système colonial » d’entreprendre cette décolonisation de l’intérieur, accompagnées par un État déployant des mesures dans ce sens mais devant lui aussi être « décolonisé » afin de pouvoir incarner la pluralité identitaire nationale.

  • 31 Quotidien La Razón, 12 février 2015, disponible sur :...

29Dans ce contexte bien particulier, l’Anata Andina fut présentée comme une manifestation « descolonizadora » par le gouvernement, qui consolida sa dimension politique et symbolique. Les déclarations vantant sa portée émancipatrice se multiplièrent, à commencer par celles du chef de l’Etat lui-même, qui la promouvait non plus simplement comme une manifestation culturelle mais bien comme un outil de revendication identitaire : « La mejor forma de descolonización es la vestimenta, música y composiciones dedicadas a la Madre Tierra, a nuestro ganado, cosecha, productos; eso es vivir con armonía con la Madre Tierra, por eso compartimos la fiesta »31.

  • 32 Ramiro Gutierrez Condori, « La Anata Andina es una re...

30Au Carnaval « criollo-mestizo », d’origine coloniale et républicaine, répondait ainsi une célébration rurale indigène précolombienne, tendant par son fonctionnement et ses spécificités à réaffirmer la vigueur de traditions absentes des entradas folklóricas. Une forme de complémentarité voire de contrepoids au Carnaval, souvent perçu par les communautés indigènes comme exclusivement folklorique, voire tout bonnement comme l’héritage de la domination culturelle coloniale : « La Anata Andina surgió de las bases del campesinado e impulsado por su dirigencia, en respuesta contestataria al carnaval folklórico, como señal de un proceso de descolonización de la cultura autóctona »32.

31La portée décolonisatrice aujourd’hui associée à l’Anata par différents responsables syndicaux ou politiques est cependant vécue, par bon nombre d’orureños, comme une forme de récupération ou de dénaturation de la fête, qui selon certains produirait même l’effet inverse de sa vocation initiale à rassembler. Les déclarations du président et sa tendance à faire de cette célébration une tribune politique n’eurent en effet pas pour première vertu de contribuer au rapprochement du Carnaval et de l’Anata, pourtant supposés incarner deux visages complémentaires d’une même époque festive. Cette politisation de la fête, décriée par nombre de chercheurs et intellectuels d’origines diverses, tendrait selon eux à desservir un processus de « décolonisation » culturelle de la société bolivienne certes nécessaire, mais devant être axé sur l’accueil de la différence plutôt que sur une volonté de réaffirmation identitaire souvent antagonique et contre-productive. C’est là le postulat de l’anthropologue Ramiro Gutiérrez Condori, selon qui la décolonisation devrait plutôt œuvrer dans le sens de l’accueil de l’altérité que dans celui d’une posture vindicative, qui cristallise souvent les tensions plus qu’elle ne les résout :

  • 33 Ramiro Gutiérrez Condori, « A partir de la apropiació...

La descolonización debe implicar y desarrollar políticas de potenciamiento cultural dirigidas al conjunto de la sociedad boliviana y no sólo al sector indígena rural, difundiendo principios de libertad y valores que potencien la identidad local o étnica y la identidad nacional [...] Más allá de los colores y las razas, el proceso de descolonización implica el reconocimiento y la valoración positiva de lo propio y lo foráneo, lo que implica el reconocimiento del principio básico del respeto a la diversidad.33

  • 34 Les résultats du referendum du 21 février 2016 sur la...

32Appliquée à l’Anata, cette conception de la décolonisation s’adresserait alors non seulement autant à ses participants, pouvant enfin vivre leurs traditions aux côtés de celles du monde urbain, qu’à l’ensemble de la société bolivienne redécouvrant une festivité aux origines et mécanismes très différents de ceux du Carnaval. Au-delà de l’expression « d’identités locales ou ethniques » qu’elle permet, l’Anata constituerait alors un espace de rencontre et d’échanges plus que de confrontation, œuvrant pour le dépassement du rejet de la différence et l’accueil de la diversité. Une dimension que l’Anata est malheureusement loin de pouvoir prétendre assumer à l’heure actuelle, où elle tendrait plutôt à se transformer progressivement en une illustration des crispations engendrées par l’exercice politique du gouvernement Morales. En effet, le dévoiement politique dont elle aurait selon beaucoup fait l’objet, ainsi que son apparente adéquation à une gouvernance suscitant de plus en plus de rejet à l’échelle nationale34, ont creusé le fossé entre l’image fédératrice de l’Anata des premiers temps et sa perception actuelle par les orureños.

33Alors qu’elle avait été pour le moins élogieuse depuis le départ, la presse locale se mit d’ailleurs à son tour à souligner avec insistance différentes facettes de la fête jugées ou inconvenantes ou dommageables, à l’instar par exemple de la présence d’excréments de lama sur le parcours au terme de la journée, des détritus laissés par ses participants ou encore de leur importante consommation d’alcool, pourtant étroitement liée à l’essence même de la fête. Cette soudaine volonté de présenter la fête sous son jour le moins favorable et de la comparer désavantageusement au Carnaval, pourtant enclin aux mêmes types de dérives et de difficultés, correspondit étrangement aux années qui suivirent sa proclamation par le gouvernement central comme « Patrimonio Viviente, Natural, Material e Intangible » en février 2007. Certains arguèrent que cette reconnaissance officielle impliquait que l’Anata devait dès lors se montrer « à la hauteur » de son titre et présenter une image irréprochable, mais il semble aussi qu’une telle consécration ait pu contrarier ses détracteurs et inquiéter certains admirateurs inconditionnels du Carnaval craignant de voir ce dernier progressivement éclipsé par la célébration de peuples originels longtemps marginalisés.

34Conscient de l’attachement des orureños à leur Carnaval, le ministre de décolonisation Félix Cárdenas prit pourtant la précaution de préciser que « la entrada del Carnaval de Oruro es inimitable e inigualable ». Mais le fait que la démarche d’inscription au patrimoine national ait été le fruit d’une initiative gouvernementale plutôt que des organisateurs de l’Anata eux-mêmes, comme ce fut le cas du Carnaval, renforça cependant inévitablement le lien entre la fête et le monde politique. Une association qui lui fit probablement plus de tort que de bien dans une ville habituée à protéger farouchement ses festivités et traditions de toute volonté de récupération ou d’appropriation.

35Le rapport qui s’est aujourd’hui instauré entre le Carnaval folklorique et son homologue andine de l’Anata Andina constitue peut-être plus que jamais un véritable enjeu de représentation, en ce qu’il met en évidence la relation, bien souvent conflictuelle, entre deux cultures et visions du monde qui coexistent encore difficilement en Bolivie, en dépit des efforts faits depuis quelques années par le gouvernement. Indépendamment de l’appréciation de l’importance culturelle de l’Anata Andina, on pourrait en ce sens s’interroger sur les conséquences de l’insistance portée sur sa dimension politique et émancipatrice.

36La lutte pour le contrôle de l’espace festif, déjà si importante à l’époque coloniale où elle avait pour vocation de renforcer la visibilité des pouvoirs établis, s’avère aujourd’hui à nouveau particulièrement manifeste en Bolivie, comme le rappelle fort à propos l’historien bolivien José Alejandro Peres Cajías :

  • 35 José Alejandro Pérez Cajías, «Pepino, chorizo, ¿sin c...

La fiesta boliviana es un espacio que cobija una lucha simbólica por el poder, resultado de imposiciones, cesiones o negaciones de los diversos grupos sociales que buscan legitimar públicamente su presencia. Esta pugna manifiesta en el espacio creativo no es exclusiva de la experiencia boliviana, pero sí particularmente relevante.35

Conclusion

37À la fois associée au Carnaval urbain, dont elle fait officiellement partie, et extrêmement différenciée de ce dernier tant par ses acteurs et organisateurs que par le public orureño, l’Anata Andina est l’illustration même des rencontres, échanges, divergences et tensions que peuvent susciter, incarner ou cristalliser les grandes festivités boliviennes. Attestant de la part croissante qu’occupe le « monde indigène » dans la vie politique et culturelle bolivienne, elle révèle ou souligne aujourd’hui certains des enjeux et conflits suscités par le nouveau panorama sociopolitique d’un pays vivant depuis une quinzaine d’années un processus de transformation historique particulièrement marqué et profond.

  • 36 Rodrigo Díaz Cruz, Archipiélago de rituales. Teorías ...

38La genèse de la fête, son évolution sociopolitique et sa perception disparate par les différents secteurs et habitants de la région d’Oruro et du pays en font à certains égards une sorte de mise en abyme ou de miroir de la société bolivienne. Elle propose en effet une mise en scène constamment réactualisée de cette dernière, s’inscrivant pleinement dans l’une des fonctions premières des manifestations collectives selon l’anthropologue Rodrigo Díaz Cruz : «Las representaciones colectivas expresan, simbolizan o dramatizan las relaciones e identidades sociales, espacial y temporalmente localizadas en cada sociedad con un lenguaje simbólico peculiar»36.

39Cristallisation, illustration ou résultat de la récente « réhabilitation » des cultures indigènes nationales longtemps muselées et discréditées, mais aussi de certaines des nombreuses et complexes transformations socioculturelles et politiques que connaît la société bolivienne depuis une vingtaine d’années, l’Anata Andina constitue ainsi une sorte de dramatisation de l’émancipation des laissés-pour-compte de l’histoire bolivienne. Expression riche et percutante des transformations des rapports sociétaux, politiques et culturels de la nation bolivienne et de l’interaction entre ses différentes composantes, l’Anata Andina est quoi qu’il en soit assurément le témoin, autant que le témoignage, de l’intense vitalité d’une société qui met en scène son histoire, consciemment ou non, par le biais de ses grandes festivités.

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Notes

1 Beatriz Rossells, «100 años del carnaval de La Paz. Las identidades del siglo xx», in: Carnaval paceño y Jisk’a anata, La Paz, Instituto de Estudios Bolivianos, 2009, p. 16.

2 Les différentes « catégories » de fêtes sont souvent interdépendantes ou « perméables » : fête religieuse ou civique, nationale, ou locale, élitiste ou populaire, publique ou privée, elles partagent généralement un certain nombre de caractéristiques, étudiées de longue date par des chercheurs issus de disciplines diverses : Émile Durkheim, Roger Caillois, Jean Duvignaud, Mircea Eliade, Michel Agier ou encore Sigmund Freud. Nombre de spécialistes du monde andin s’y sont aussi penchés, tels que Rossana Barragán, Thérèse Bouysse-Cassagne, Olivia Harris, Beatriz Rossells, Javier Romero ou Fernando Cajías.

3 Gérard Borras, « Les Indiens dans la ville ? Fêtes et “entradas folklóricas” à La Paz (Bolivie) », La Fête en Amérique latine, Caravelle – Cahiers du monde hispanique et luso-brésilien, no 73, Toulouse : Presses Universitaires du Midi, 1999, p. 210.

4 La Pachamama, déesse Terre ou « Terre Mère », est l’une des figures centrales de la cosmogonie andine. Intimement liée aux pratiques agricoles, elle est aujourd’hui associée de façon plus large à toute activité ou pratique liée à la fécondité, que celle-ci soit agricole, humaine, professionnelle, pécuniaire, etc. Dans la cosmogonie andine précolombienne, le terme de « pacha » faisait d’ailleurs référence à une conception unitaire de l’espace et du temps, comme l’expliquent de façon très pointue Olivia Harris et Thérèse Bouysse-Cassagne, dans l’article « Pacha: en torno al pensamiento aymara », in : Thérèse Bouysse-Cassagne, Olivia Harris, Véronica Cereceda, Tristan Platt, Tres reflexiones sobre el pensamiento andino, La Paz : HISBOL, 1987.

5 Quotidien La Patria, 26 février 2006.

6 La « Federación Sindical Única de Trabajadores Campesinos de Oruro » est une antenne départementale de la puissante « Confederación Sindical Única de Trabajadores Campesinos de Bolivia » (CSUTCB), principale organisation syndicale paysanne et des peuples originaires quechuas, aymaras, et tupí-guaraníes. Elle jouit d’une solide renommée et d’un nombre d’adhérents qui en font une force politique de premier ordre.

7 Le Carnaval d’Oruro, classé au Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) de l’UNESCO en 2001, est sans conteste la plus importante fête de Bolivie. Elle attire chaque année plusieurs centaines de milliers de personnes venues admirer les près de quarante mille danseurs et musiciens parcourant les rues de la ville d’Oruro dans une sorte de « procession dansée » en honneur de la Sainte Patronne de la ville, la Vierge du Socavón.

8 Le terme a souvent une connotation politique, en ce qu’il renvoie à une sorte de « catégorie » devenue partie intégrante d’un discours officiel, parfois plus théorique et superficiel que véritablement conscient de la teneur culturelle des traditions en question.

9 Le Vocabulario de la lengua aymara de Ludovico Bertonio (1612) propose plus précisément la traduction du terme « anataña » par le verbe « jugar », mais l’ensemble des termes désignant les différents types de jeux ou de comportements ludiques présentent tous la racine « anata ».

10 Hans Van Den Berg, «La tierra no da así nomás. Los ritos agrícolas de la religión de los aymarascristianos» [1989], Ciencia y cultura. Revista de la Universidad Católica Boliviana «San Pablo», no 21, La Paz : Universidad Católica Boliviana San Pablo, 2008, p. 76.

11 Yolanda Borrega, Víctor Hugo Ricaldi, « Configuraciones lúdicas turísticas en torno al Jisk’Anata », in : Beatriz Rossells, Carnaval paceño y Jisk’a anata. Fiesta Popular Paceña, La Paz : IEB, 2009, p. 346

12 Felipe Gómez Isa, Mikel Berraondo (eds.), Los derechos indígenas tras la declaración. El desafío de la implementación, Bilbao : Publicaciones de la Universidad de Deusto, 2013, p. 251.

13 Quotidien La Patria, 17 février 2001.

14 Gérard Borras, « Les Indiens dans la ville ? : fêtes et “entradas folklóricas” à La Paz », op. cit., p. 209.

15 Quotidien La Razón, 26 février 2006, disponible sur : <http://www.bolivia.com/noticias/autonoticias/DetalleNoticia31605.asp> (consulté en février 2018).

16 Le terme quechua « ayllu », qui signifie « famille, lignage », désignait l’organisation basique des groupes indigènes de l’Empire Inca. Il est encore utilisé pour désigner une communauté de plusieurs familles liées par une appartenance réelle ou symbolique à un lignage commun et travaillant collectivement leurs terres. Voir la définition du terme ayllu dans le dictionnaire de la RAE : « (Bol. y Perú) Cada uno de los grupos en que se divide una comunidad indígena, cuyos componentes son generalmente de un linaje ».

17 Ordenanza Municipal 10/2000, Artículo 1, Oruro, 2000.

18 Quotidien La Patria, 16 février 2003.

19 Le terme aymara « wilancha » signifie littéralement « rituel avec du sang ».

20 Quotidien La Patria, 22 février 2003.

21 Quotidien La Patria, 15 février 2009.

22 Quotidien La Patria, 04 février 2006

23 Ordenanza Municipal 10/2000, Artículo 1, Oruro, 2000.

24 La dix-septième Constitution de l’histoire bolivienne, adoptée le 10 décembre 2007, entra en vigueur le 7 février 2009, après avoir été soumise à un référendum populaire qui la consacra avec 61% d’approbation.

25 Prologue de la « Constitución política del estado Plurinacional de Bolivia ».

26 Ibid.

27 Le chapitre IV de la Partie I de la Constitution, intitulé « Derechos de las Naciones y Pueblos Indígena Originario Campesinos », est certainement l’une des plus explicites illustrations de ce « retour » des populations indigènes dans la vie politique, culturelle et socioéconomique nationale.

28 Ley nº 3607 del 28 de febrero de 2007.

29 Termes du président Morales publiés dans le quotidien La Vanguardia, 24 janvier 2009, disponible sur : <http://www.lavanguardia.com/internacional/20090124/53625700377/morales-pide-la-descolonizacion-interna-y-externa-para-aplicar-la-constitucion.html> (consulté en février 2018).

30 Félix Cárdenas Aguilar, « Bolivia vive un proceso histórico » in : Katu Arkonada (coord.), Transiciones hacia el Vivir Bien o la construcción de un nuevo proyecto político en el Estado Plurinacional de Bolivia, La Paz : Ministerio de Culturas, 2012, p. 11-12.

31 Quotidien La Razón, 12 février 2015, disponible sur : <http://www.la-razon.com/ciudades/Evo-componente-descolonizador-Anata-Andina_0_2216178441.html> (consulté en février 2018).

32 Ramiro Gutierrez Condori, « La Anata Andina es una respuesta descolonizadora al carnaval folklórico de Oruro », Periódico Digital de Investigación sobre Bolivia, 2013 Disponible sur : http://www.pieb.com.bo/sipieb_nota.php?idn=7746.

33 Ramiro Gutiérrez Condori, « A partir de la apropiación de los espacios festivos: conceptos para entender el proceso de descolonización », Revista Pukara, no°17, La Paz, del 7 de marzo al 7 de abril de 2007. Disponible sur : < http://www.periodicopukara.com/pasados/pukara-17-articulo-del-mes.php>.

34 Les résultats du referendum du 21 février 2016 sur la possibilité de modifier la Constitution en vue d’une nouvelle candidature de Morales témoignent de cette perte de crédit, la défaite de l’option du « SÍ » portée par le gouvernement, avec 48,7% des voix constituant le seul échec électoral de Morales depuis son arrivée au pouvoir.

35 José Alejandro Pérez Cajías, «Pepino, chorizo, ¿sin calzón? Estado y Carnaval de La Paz en el siglo XX», in: Beatriz Rossells, op. cit., p. 209.

36 Rodrigo Díaz Cruz, Archipiélago de rituales. Teorías antropológicas del ritual, México : Editorial Anthropos, 1998, p. 105-106.

Pour citer ce document

Baptiste Lavat, «De la marginalité au devant de la scène : Anata Andina, un carnaval "décolonisateur"?», Líneas [En ligne], Numéros en texte intégral /, L'âge des minorités, mis à jour le : 03/07/2018, URL : https://revues.univ-pau.fr/lineas/3144.

Quelques mots à propos de :  Baptiste  Lavat

BAPTISTE LAVAT est maître de conférences à l'Université Paris 12.
Spécialiste des festivités boliviennes et des pratiques culturelles, religieuses et rituelles andines, il travaille principalement sur les notions d’identité, de mémoire et de syncrétisme dans les pratiques populaires et dans les arts (cinéma, musique) de différents pays latino-américains.
Université Paris-Est Créteil Val de Marne

Laboratoire IMAGER