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Líneas
Revue interdisciplinaire d'études hispaniques

11 | 2018 L'âge des minorités

Alicia Fernández García

La population musulmane de l’enclave de Ceuta : le cas d’une majorité devenue minoritaire (1415-1580)

Article

Les guerres de la période charnière de la Reconquête, dont le but pour les royaumes péninsulaires était la récupération du contrôle chrétien sur les territoires soumis à la domination musulmane, firent basculer l’histoire de la péninsule Ibérique. La lutte contre l’islam s’exporta également au-delà des frontières péninsulaires, ce qui donna lieu au début de la présence espagnole et portugaise en Afrique dès le xve siècle. La Couronne portugaise devint le précurseur de ce désir de croisade en s’emparant de la ville de Ceuta le 20 août 1415. Dès le lendemain, les troupes portugaises livrèrent une bataille sans merci contre la population musulmane de la ville qui fut suivie d’une chasse aux autochtones et par des années de guerres et de conflits contre les voisins marocains des alentours. Cette contribution traite du devenir des musulmans de l’enclave de Ceuta lors des premiers siècles de l’occupation portugaise. Il s’agira de s’intéresser à la population qui résidait dans cette ville avant l’arrivée du conquérant péninsulaire, afin d’étudier le processus de transformation sociale survenu dans la ville lors de l’arrivée de l’armée et des premiers colons péninsulaires, de même que les dynamiques sociales qui s’y forgèrent et la politique de repeuplement qui s’y imposa.

Las guerras del periodo bisagra de la Reconquista cuya finalidad para los reinos peninsulares era la recuperación del control cristiano sobre los territorios sometidos al dominio musulmán hicieron bascular la historia de la península ibérica. La lucha contra el islam se exportó más allá de las fronteras peninsulares dando lugar a los primeros conatos de la presencia española y portuguesa en África a inicios del siglo xv. La Corona portuguesa se convirtió en precursora de este deseo de cruzada apoderándose de la ciudad de Ceuta el 20 de agosto de 1415. Desde el día siguiente, las tropas portuguesas llevaron a cabo una batalla sin piedad contra la población musulmana de la ciudad, la cual se acompañó de la expulsión de la población autóctona y de años de guerras y de conflictos contra los vecinos marroquíes de los alrededores. Esta contribución aborda el devenir de los musulmanes del enclave de Ceuta durante los primeros siglos de la ocupación portuguesa. Para ello nos interesaremos por la población que residía en esta ciudad antes de la llegada del conquistador peninsular con el objetivo de estudiar el proceso de transformación social acontecido en la ciudad tras la llegada del ejército y de los primeros colonos peninsulares, así como las dinámicas sociales que se forjaron y la política de repoblación que se impuso.

Texte intégral

Introduction

  • 1 Parler du territoire marocain aux xiiie, xive voire xv...

1Après avoir consolidé son unité territoriale et se constituer en Nation en 1250, le Portugal s’est lancé à partir du xve siècle, dans de grandes aventures maritimes en empruntant dans un premier temps, la voie de l’Atlantique. Les expéditions des navigateurs portugais ont engendré une mutation radicale dans la conception physique et mentale du monde tel qu’il était conçu au Moyen Age, car elles ont permis de le découvrir dans son universalité. La principale étape de ce long périple fut la prise de Ceuta le 15 août 1415, ce territoire baigné par la Méditerranée et situé sur l’isthme de Gibraltar, était un important centre commercial et de communications. Toutefois, tandis que le Maroc1 de la dynastie Mérinide était embourbé dans des luttes intestines, les menaces d’attaques qui pesaient sur Ceuta n’étaient pas vraiment une priorité pour le sultan. La ville fut attaquée à l’improviste et ses habitants ne tardèrent pas à l’abandonner malgré eux, après un combat entre l’armée portugaise et les tribus berbères autochtones, durant lequel toute résistance s’avéra inutile. Toutefois, tout en criant vengeance, les musulmans de Ceuta jurèrent de revenir. Un véritable triomphe pour les Portugais. Mais que faire maintenant de la ville ? Comment remplir le vide démographique laissé par la fuite de ceux que l’on appelait désormais les « maures »? Comment assurer la défense de ce territoire devenu chrétien mais enclavé dans un Maroc musulman et encerclé par ses anciens habitants ?

2Cette contribution tâchera ainsi d’analyser comment Ceuta évolua d’une ville majoritairement musulmane à une enclave chrétienne. Il s’agira de s’intéresser à la population musulmane qui résidait dans cette ville avant l’arrivée du conquérant portugais, afin d’étudier le processus de transformation sociale survenu, de même que les dynamiques sociales qui s’y forgèrent et la politique démographique de peuplement qui s’y consolida. Pour y parvenir, nous étudierons dans un premier temps, la conjoncture religieuse de la prise de la ville par les Portugais tout en dressant également un rapide diagnostic de la Ceuta musulmane à l’aube de la « conquête ». Ensuite, nous analyserons la société de Ceuta durant la dynastie des Mérinides en mettant notamment la focale sur la population qui y résidait et sur la structure sociale de cette ville musulmane. Enfin, il s’agira de nous intéresser au devenir des musulmans de Ceuta sous la domination portugaise de la ville afin de montrer comment cette majorité est devenue minoritaire au sein de sa propre terre.

1. La conquête de Ceuta à la merci de la croisade contre l’islam

  • 2 Alberto Baeza Herratzi, « Ceuta lusitana », Portugal y...

3La vocation maritime du Portugal différencia le pays d’autres territoires européens tels que la France qui demeurait à l’époque une nation continentale. En effet, à la fin du xive siècle, des activités telles que la pêche, le commerce international et la construction navale étaient parfaitement intégrées dans la structure économique du pays. Toutefois, si cette ouverture sur le monde encouragea la conquête de la ville de Ceuta, ce territoire côtier dont la position stratégique permettait le contrôle du commerce de la Méditerranée et la surveillance du détroit de Gibraltar, des raisons de nature religieuse se joignirent aussi à l’expédition2. Pendant des siècles, l’Espagne et le Portugal eurent un ennemi commun, le Maure ainsi qu’un objectif concret, la lutte contre l’hérésie. Dans ce sens, la fin de la Reconquête avec la prise de la région de l’Algarve en 1249 permit au Portugal de récupérer de milliers de terres et servit de déclencheur pour exporter aussi bien les envies de guerre sainte que l’appât du gain d’une noblesse qui avait récupéré son indépendance et sa combativité.

  • 3 Certains récits de l’époque pointent du doigt le roi X...

  • 4 Manuel Gordillo Osuna, « Análisis sobre la “tomada” de...

4La Reconquête conditionna la formation de ces deux nations péninsulaires et leurs projets coloniaux. De ce fait, les croisades et leur mission évangélisatrice se poursuivirent dans les territoires d’outre-mer. Par ailleurs, le clergé avait trouvé dans ce projet de croisade au-delà des frontières ibériques, une stratégie de mobilisation et d’union de tous les chrétiens. Le soutien acharné du roi Xoán i (1357-1433) à cette expansion de la chrétienté était aussi pour lui une façon de se faire pardonner ses péchés de jeunesse par le clergé3. Dans une des lettres envoyées par le roi Xoán i au roi espagnol Fernando de Aragon, on peut lire comment Ceuta, en raison de sa situation géographique, était devenue la cible de l’entreprise portugaise en Afrique dont la motivation principale semble justement être l’esprit de croisade contre l’islam : « por lo cual yo he trabajado de tomar así esta ciudad, por entender que hago aquí muy grande deño a los moros de aquende y allende »4.

  • 5 Gomes Eanes de Zurara, Chronique de Guinée, préface et...

  • 6 Mohamed Cherif, Ceuta aux époques almohade et mérinide...

5Les 23, 24, 25 et 26 juillet 1415, une flotte composée de plus de 45 000 hommes quitta Lisbonne et l’embouchure du Tage. Trois jours plus tard, l’aumonier du roi, don Frei Joao Xira, dévoila au reste de la garnison et à l’ensemble de la population, le destin de cette expédition tenue pour secrète. Après avoir lu une bulle papale, il inaugura la croisade contre les infidèles musulmans hors du territoire péninsulaire5. Les rumeurs du débarquement des chrétiens arrivèrent à l’entourage de l’émir musulman Salah ben Salah, gouverneur de Ceuta. Néanmoins, l’état de guerre civile qui régnait au Maroc empêcha toute sorte de réponse de la part de la dynastie Mérinide au pouvoir, et ce malgré les efforts des « volontaires de la foi » arrivés de Salé, d’Anfar et d’Azemmour et de la volonté de Grenade, dernier bastion musulman en péninsule Ibérique, de lancer une contre-attaque6. Le soir du 15 août, les Portugais traversèrent le détroit de Gibraltar et débarquèrent à l’aube à Ceuta, sur une plage qui s’étendait aux alentours des murailles.

  • 7 Dominique Lelièvre, Mer et Révolution. Le Portugal pio...

6Croyant que les rumeurs étaient de simples menaces notamment après une première tentative ratée des Portugais quelques jours auparavant, l’émir de Ceuta avait limogé la plupart de ses soldats. Mais ce 15 août, une avalanche bien réelle d’hommes armés et déchaînés se lança à l’assaut de cette ville musulmane. Sans soldats suffisants pour faire face à l’ennemi, Salah ben Salah n’avait que le recours aux stratagèmes pour décourager les soldats chrétiens. D’après les chroniques, l’émir mit des lampadaires dans chaque recoin de la ville afin de créer l’illusion d’une ville emportée par le feu des armes et de tenter de faire fuir l’ennemi. La bataille dura toute la journée mais l’infériorité numérique des autochtones musulmans facilita la victoire et à la tombée de la nuit, l’infant Henrique dressa le drapeau de Saint Vincent à l’endroit le plus haut de la citadelle. Malgré la pénurie de soldats, Salah ben Salah et les habitants musulmans de Ceuta luttèrent avec acharnement, faisant preuve d’un courage admirable. Mais se voyant vaincus, ils évacuèrent la ville. Ce fut le début de la croisade chrétienne sur le continent africain et du pillage des richesses musulmanes de la ville de Ceuta7.

  • 8 Ibid.

7Du côté portugais, la prise de Ceuta n’avait officiellement causé que huit morts, celles de huit membres de la noblesse. Mais les pertes réelles parmi les soldats ne furent jamais comptabilisées. Après la fuite des maures, les soldats portugais découvrirent un richissime butin qui fut totalement dilapidé, convaincus comme ils étaient, que cette ville minuscule et enclavée n’allait pas tarder à être abandonnée. L’historien Gomes Eannes de Zurara décrit les jours postérieurs à la prise de la ville et raconte comme ses rues étaient devenues en quelques heures, un marché à ciel ouvert où les soldats s’amusaient à disperser le miel, l’huile ou le beurre ; des soldats qui déchiraient également les sacs de blé et embaumèrent les rues des espèces les plus parfumées8. Dans les nombreuses résidences où vivaient les riches musulmans, dans les madrassas et dans les lieux publics, abondaient l’or, l’argent et les bijoux. La ville regorgeait de tapis, de marbre et de mosaïques, les greniers étaient pleins de céréales et de produits tels que le riz, le sel, la cannelle tandis que différents types de poivre et d’autres espèces d’une valeur inestimable se trouvaient également à l’intérieur des cuisines des familles musulmanes et dans les entrepôts des marchands.

  • 9 Guillermo Gozalbes Busto, « Los últimos "da tomada de ...

8L’abondance de la ville fut de courte durée car lorsque la nouvelle de la conquête chrétienne fut connue, le trafic des produits orientaux qui étaient sous le contrôle des musulmans fut transféré vers d’autres places. Si cette image de ville portuaire et prospère avait suscité le désir de la noblesse portugaise qui prévoyait de récupérer à son profit le commerce lucratif de tant de produits devenus quotidiens en Europe, le résultat s’avéra moins onéreux que prévu. Si la conquête de Ceuta consolida la mission évangélisatrice des Portugais puisque le détroit de Gibraltar était désormais entre les mains des chrétiens, la gloire et les richesses escomptées se firent attendre. Ainsi, à peine quelques mois après la conquête, cette ville désormais portugaise avait déjà perdu son dynamisme commercial et devint une simple base militaire ainsi qu’un préside9.

2. Le devenir portugais d’un territoire musulman

2.1. Ceuta : population et structure sociale d’une ville musulmane

  • 10 Zoulikha Benramdane, Ceuta du xiiie siècle au XIVe : ...

  • 11 Cette dynastie d’origine berbère contrôla pendant le ...

  • 12 Dans le contexte de domination marocaine, la différen...

9L’analyse sociodémographique proposée dans cette partie vise à appréhender les caractéristiques et la composition de la société musulmane de Ceuta avant l’arrivée des Portugais. Une société dont l’économie était fondamentalement basée sur le commerce autour de son port, ce qui a sans doute marqué les conditions de vie des habitants, tant leur niveau matériel que les cérémonies collectives et les loisirs10. Sous la domination de la dynastie mérinide11, qui régna au Maroc entre le xiiie et le xve siècle, la population de Ceuta était structurée en trois groupes sociaux parfaitement hiérarchisés en fonction de leurs liens avec l’activité économique, de leur statut social et de la place occupée dans les cercles du pouvoir12. La population non musulmane, à savoir chrétienne et juive, était acceptée à Ceuta en raison de sa fonctionnalité. En effet, ce sont les membres de ces deux minorités qui exerçaient le métier de marchand, qui s’enrôlaient dans l’armée en tant que soldats même si une bonne partie d’entre eux étaient des esclaves. L’activité commerciale inhérente à la situation géostratégique de la ville avait multiplié les contacts et de ce fait, on trouve à Ceuta des populations d’origines diverses tels que des Génois ou des Français.

  • 13 Mohamed Cherif, op. cit., p. 153.

10Pour ce qui est des musulmans de Ceuta, les chroniques du xe siècle font déjà allusion aux origines tribales de ses habitants. Des chroniques qui témoignent de l’existence de berbères de Ceuta, descendants de la tribu de Ghomara. Néanmoins, bien avant, au viiie siècle, on trouve les premières traces d’une population arabe réfugiée à Ceuta suite aux expulsions dont ils furent victimes à Tanger de la part des Berbères. Cela donna naissance à la première vague d’immigration musulmane dans la ville. Mais le répit de ces premiers habitants arabes fut de courte durée car les Berbères les chassèrent également de Ceuta tout en ravageant la ville qui resta « abandonnée et en ruines sans autres habitants que les animaux sauvages »13. Sous la dynastie d’Içâm, au pouvoir jusqu’à la fin du xe siècle, Ceuta se redressa et connut l’arrivée d’un groupe d’Arabes fuyant la famine qui ravageait la région andalouse de Jerez. Ils participèrent au repeuplement de la ville, achetant aux Berbères des terrains sur lesquels ils érigèrent leur maison. Au xie siècle, Berbères et Arabes cohabitaient en harmonie dans la ville.

  • 14 Jeronimo de Mascarenhas, Historia de la ciudad de Ceu...

11Au cours des xiie, xiiie et xive siècles, la démographie de Ceuta connut une croissance significative en raison de l’arrivée des musulmans péninsulaires. Si leur poids numérique fut considérable, leur valeur morale et leur savoir-faire participèrent très positivement au développement de la ville. Cette migration d’« andalusíes » était à l’origine des déplacements de population suite aux victoires remportées par la Reconquête, qui s’accélèrent après la chute durant la deuxième moitié du xiiie siècle, des villes de Valence, Murcie, Cordoue ou Séville, considérées comme les centres névralgiques du pouvoir musulman en Espagne. Un récit de l’arrivée de ces réfugiés nous a été transmis par l’historien portugais Jeronimo de Mascarenhas, lorsqu’il raconte comment, suite à la prise de Séville par l’armée chrétienne, plus de cent mille musulmans fuirent à Ceuta14.

  • 15 Ces musulmans fuyant la péninsule ibérique obtinrent ...

  • 16 Anwar Chejne, Historia de la España musulmana, Madrid...

  • 17 Manuela Martin, « La vida cotidiana de las mujeres an...

12Tout paraît indiquer que ces musulmans péninsulaires n’ont pas constitué à Ceuta un noyau de population à part. Ils ne se sont pas non plus rassemblés en quartiers endogamiques et contrairement au traitement qu’ils reçurent dans certains pays musulmans, ils ne firent pas l’objet d’un statut particulier à Ceuta15. En réalité, rien ne les différenciait des autochtones étant donné qu’ils parlaient la même langue, à savoir l’arabe quoique influencé par les apports du latin et d’autres langues romanes16, portaient les mêmes tenues, avaient le même régime alimentaire voire les mêmes mœurs, ce qui leur garantissait une intégration sans trop de difficultés. Ces similitudes entre les musulmans péninsulaires et les musulmans de Ceuta s’expliquent également en raison de l’« hispanisation » que la ville expérimenta depuis l’installation des Arabes en péninsule Ibérique. La faible distance qui sépare les côtes andalouses de la ville de Ceuta eut l’avantage de faciliter les échanges de personnes et de biens en faisant finalement de Ceuta un simple prolongement des villes musulmanes péninsulaires du nord de l’Afrique. Étant donné que les deux côtés du Détroit étaient gouvernés par un pouvoir politique islamique, le rapprochement culturel était de mise comme en témoigne par exemple la vie quotidienne des femmes « andalusíes ». En effet, tant à Ceuta qu’en Al-Andalous, elles vivaient dans une société patriarcale régie par des normes légales et religieuses propres à une société islamique, et qui affectaient aussi bien leur statut personnel qu’économique17.

  • 18 Mohamed Cherif, op. cit., p. 154.

  • 19 Ibn Gãlib, « Una descripción de España », Anuario de ...

  • 20 Zoulikha Benramdane, op. cit., p. 238.

  • 21 Ibid., p. 239-243.

13L’arrivée de ces musulmans péninsulaires raviva ainsi la vie intellectuelle de la ville car parmi ces exilés, il y avait d’importants hommes de lettres et certains d’entre eux devinrent même des mécènes des gouverneurs, eux-mêmes musulmans péninsulaires tels qu’Al Yanachtî et Ibn Khalâç18. Des musulmans péninsulaires qui dynamisèrent également l’activité économique de Ceuta puisqu’ils apportèrent leur savoir-faire en reprenant les métiers qui étaient les leurs dans les villes péninsulaires. À ce sujet, le géographe Ibn Galib affirme que ces musulmans « andalusíes » étaient mieux préparés que les nord-africains, aussi bien dans la culture et l’exploitation des terres, que dans l’artisanat, et il insiste également sur une préférence à l’embauche de ces musulmans péninsulaires plutôt que des natifs19. La diversité des apports et des métiers ainsi que l’importance numérique de ces nouveaux arrivants forgèrent progressivement une population structurée socialement en trois catégories socioéconomiques. Au plus haut de la pyramide, il y avait les « notables », un groupe social qui ne pouvait toutefois pas être considéré comme une classe, et encore moins comme faisant partie de la noblesse dans le sens européen du terme dans la mesure où une telle notion, ne dispose pas d’antécédents dans l’histoire de l’islam20. Ce groupe était formé de commerçants, d’une élite religieuse et érudite et des « surfas », qui étaient ceux considérés comme les descendants du prophète21 .

  • 22 Ibid., p. 244.

  • 23 María del Carmen Mosquera Merino, La Señoría de Ceuta...

  • 24 Ibid.

  • 25 Enrique Gozalbes Cravioto, « Las comunidades judías d...

14Le deuxième maillon de la hiérarchie sociale était occupé par ce que Zoulikha Benramdane considère le « menu peuple urbain ». Il s’agissait de la populace, véritable protagoniste de l’histoire de la ville, moteur de la société et outil privilégié de tous ceux qui possédaient le pouvoir, la richesse et la force dans la ville22. La condition de cette masse populaire était héréditaire et sa mobilité sociale réduite, dans la mesure où le métier exercé était transmis, le poids familial inopérant et les préjugés sociaux tenaces. Au sein de ce groupe, on trouve les musulmans péninsulaires dont les origines étaient très diversifiées. Ils constituent sans doute le groupe le plus nombreux et exerçaient les métiers dits « nobles »23. Par ailleurs, on trouve les groupes berbères gumari et masmudi, peu nombreux à l’intérieur de la ville, car ils préféraient perpétuer leur rythme de vie et leurs coutumes tribales aux alentours, en pleine nature du Rif, tout en maintenant avec les habitants de la ville des relations constantes et des échanges répétés. Entente et rivalité caractérisaient les rapports entre les habitants de Ceuta et ces berbères de langue amazigh24. Enfin, le dernier échelon était représenté par deux minorités non musulmanes, à savoir les chrétiens et les juifs, qui étaient ceux qui dirigeaient les affaires bancaires et le trafic monétaire et ceux qui se dédiaient aussi à l’orfèvrerie. Parmi eux, les juifs avaient un poids démographique et économique important dans la ville. Le contact entre juifs et musulmans s’articulait autour de l’activité commerciale et notamment autour du port. Même s’il y a très peu de récits sur l’histoire des juifs de Ceuta au Moyen Âge, certains auteurs leur donnent une présence très ancienne dans la ville en revendiquant même une certaine autochtonie car Ceuta aurait été « l’une des villes les plus anciennes du monde sémitique »25.

  • 26 Manuel Gordillo Osuna, Geografía urbana de Ceuta, Mad...

  • 27 Enrique Gozalbes Cravioto, Notas para la historia de ...

  • 28 Zolikha Benramdane, op. cit., p. 247.

  • 29 José Luis Gómez Barceló, « Presencia y vida de los ju...

  • 30 Ibid., p. 188.

  • 31 Pedro de Acevedo, Documentos das Chandelarias reais a...

  • 32 Enrique Gonzalbes Cravioto, op. cit., p. 272.

  • 33 Antonio Dias Farinha, Portugal e Marrocos no século x...

15Le Maroc a toujours été une terre d’exil pour les juifs sépharades de la péninsule Ibérique et leur intégration semble avoir été exemplaire à tel point que dans les villes les plus influentes, parmi lesquelles on mentionnera Ceuta, il n’y avait pas de différence entre la population juive et les autochtones26. Les autorités leur assuraient protection et liberté religieuse en échange du paiement d’une taxe connue comme « gizya ». Le sort de ces juifs de Ceuta changea radicalement avec l’arrivée des Almohades, la stigmatisation religieuse et culturelle devient une politique d’État et ils furent obligés de s’habiller différemment du reste de la population27. Nonobstant, la situation revint à la normale avec l’arrivée des Mérinides qui témoignèrent d’une certaine tolérance envers cette communauté. Les juifs de Ceuta récupérèrent ainsi leur situation socioéconomique antérieure et ils se virent même octroyer quelques avantages. Leur condition légale fut améliorée, ils occupèrent d’importants postes au sein de l’État et des métiers remarquables comme par exemple celui de bijoutier28. Des juifs qui fuirent la ville de Ceuta face à la menace de l’assaut de l’armée portugaise, comme nous le transmettent les écrits du juif Mohamed Al Ansari depuis son exil à Belyounech. Ce juif de Ceuta nous a légué une description du quotidien des membres de cette minorité où il évoque l’existence d’un faubourg extramuros où résidaient les membres de cette minorité, et qui fut totalement rasé par les Portugais29. Au-delà d’un espace communautaire propre, les juifs de Ceuta disposaient également d’un cimetière et d’une synagogue. Si la plupart des membres de cette minorité quittèrent la ville, emportant avec eux une bonne partie de leurs affaires, certains d’entre eux semblent avoir collaboré avec les Portugais dans l’organisation de la prise de la ville30. De même, de riches commerçants juifs participèrent au budget consacré à la défense de cette enclave devenue portugaise. On citera à ce propos le prêt accordé par le juif Isaque Armado à l’infant Don Henrique31. Malgré l’existence de ces rapports étroits entres les autorités portugaises et les juifs de Ceuta, aucun retour de juifs autochtones ne fut possible après la conquête. En revanche, de nombreux juifs originaires de la métropole vinrent s’installer à Ceuta. Parmi ces juifs métropolitains, on trouve des commerçants, des soldats, des interprètes voire même des bannis, ces derniers constituèrent en effet le plus gros contingent de juifs métropolitains à Ceuta32. Si leur présence fut importante lors des premières années de l’occupation portugaise, leur rôle économique fut également déterminant pour cette enclave stratégique. Ainsi, jusqu’en 1496, année de l’expulsion des juifs au Portugal, le commerce dans la ville de Ceuta était dans les mains d’une famille juive, les Alfaquim33.

  • 34 La présence de chrétiens à Ceuta était statuée et fix...

  • 35 Halima Ferhat, Sabta des origines au xive siècle, Rab...

  • 36 María del Carmen Mosquera Merino, op. cit., p. 60.

  • 37 Louis de Mas Latrie, Traités de paix et de commerce e...

16Enfin, comme pour la communauté juive, la présence saisonnière ou définitive des chrétiens à Ceuta est profondément liée au développement du commerce méditerranéen34. Ainsi, parmi les motivations qui amenèrent ces marchands chrétiens à s’installer à Ceuta, tout paraît indiquer que le dynamisme commercial de son port ainsi que les accords diplomatiques entre les autorités marocaines et les nations chrétiennes encouragèrent leur établissement35. Il existe très peu d’information sur la vie des membres de cette communauté, qui se consacrait exclusivement au commerce et résidait dans la « funduq » ou « fondouk » selon le terme arabisé, situé autour du port de la ville. On a connaissance de sept différentes communautés, à savoir castillane, catalane-aragonaise, portugaise, génoise, pisane, marseillaise et une dernière non-identifiée36. À l’intérieur de ce périmètre ethnique situé en dehors de la ville, les chrétiens de Ceuta jouissaient de liberté religieuse, disposaient de chapelles et comptaient avec la présence de prêtres37. Entourés de tous les éléments nécessaires pour mener une vie normale en terre musulmane, leurs rapports avec les autochtones musulmans se limitaient aux affaires strictement commerciales.

  • 38 Ce sont Saint Daniel, Saint Angelo, Saint Samuel, Sai...

  • 39 Zolikha Benramdane, op. cit., p. 251.

17La cohabitation entre les chrétiens et les musulmans à Ceuta ne semble donc pas avoir été un sujet de grande inquiétude au moins jusqu’au xiiie siècle, une période où l’on trouve désormais dans les chroniques le récit de quelques événements dramatiques. Parmi eux, on mettra en avant l’arrivée en 1227 de moines franciscains à la recherche du martyre à Ceuta. Mais leur prosélytisme en dehors des fondouks leur coûta la vie. Par ailleurs, sept de ces prédicateurs furent canonisés et devinrent les patrons de la ville de Ceuta lors d’une festivité locale célébrée le 10 octobre38. À Ceuta, certains chrétiens firent même preuve d’apostasie et se convertirent à l’islam tandis que d’autres se souciaient de moins en moins du maintien de leur vie spirituelle, ce qui suscita l’inquiétude de l’Église qui procéda à une action évangélisatrice dans la ville. De même, l’augmentation du nombre de chrétiens condamnés à mort sur le sol marocain obligea l’Église à changer de stratégie dans sa politique africaine qui commença à se faire remarquer par son caractère diplomatique. Depuis lors, les missionnaires présents au Maroc en général et à Ceuta en particulier, ont fait preuve de prudence et de discrétion en tissant de liens entre les souverains marocains et les autorités de Ceuta39.

  • 40 Ibid., p. 248.

  • 41 Charles Emmanuel Dufourcq, « Les relations du Maroc e...

  • 42 Zolikha Benramdane, op. cit., p. 249.

  • 43 Par ailleurs, les sultans mérinides firent venir, par...

18Les esclaves chrétiens méritent également une attention particulière car ils formaient une catégorie différente. Les sources arabes les nomment sous le terme de « ilj »40. Le manque de données nous empêche de connaître davantage la vie et le statut de ces esclaves qui travaillaient comme ouvriers, comme domestiques voire comme concubines constituant ainsi sans doute, un élément important de la vie à Ceuta. De plus, le maintien de leur prénom et de leur nom est symptomatique d’une certaine tolérance religieuse des musulmans à leur égard. Enfin, une autre catégorie de chrétiens résidant à Ceuta était formée par les soldats. En effet, après l’époque Almohade, une petite milice de soldats chrétiens partageait les rangs de l’armée musulmane. Une présence chrétienne renforcée suite à l’échec des troupes musulmanes lors de la bataille de Navas de Tolosa en 1212 et qui fut le résultat de l’accord de Salé entre Al-Mustansir et le roi Enrique I de Castille41. À Ceuta, la présence de ces soldats chrétiens remonte à septembre 1229 où plus de 12 000 hommes traversèrent le détroit de Gibraltar sous les ordres du calife almohade42. Durant la dynastie mérinide, tant leur nombre que leur rôle furent considérables étant donné qu’ils étaient chargés de la défense du territoire marocain mais aussi de sa dynastie mérinide43.

19On clôturera cette étude de la société de Ceuta sous la domination musulmane avec un détour sur la situation des femmes musulmanes, qui ont toujours fait l’objet d’un maigre intérêt dans la brève historiographie locale. Les documents juridiques sont donc la seule source sur laquelle nous pouvons compter pour déterminer leur statut social. C’est justement à travers ces documents que nous pouvons apprécier l’évolution du statut des femmes dans la société de la ville et leur lutte en faveur de l’obtention et la préservation de leurs droits. Des femmes qui semblent restreintes à un cadre déterminé de la vie sociale qui tournait autour de la dot, le divorce et l’héritage. En revanche, peu d’indices ne laissent présager qu’elles constituaient un élément actif de la société locale. Leur situation sociale était donc complétement dominée par le poids de la famille et leur survie matérielle dépendait du « sadàq », à savoir la somme octroyée par le mari avant la célébration des noces. Face à un éventuel divorce, privilège réservé uniquement aux hommes, une série de dispositions protégeaient néanmoins la femme de Ceuta dans le cas par exemple, d’une longue absence de l’époux ou de secondes noces.

  • 44 Zolikha Benramdane, op. cit., p. 252-254.

  • 45 Manuela Marin, op. cit., p. 18.

  • 46 Carlos Gonzalbes Cravioto, El urbanismo religioso y c...

20Les inquiétudes de la femme musulmane à Ceuta variaient selon sa position dans l’échelle sociale et son activité était souvent cantonnée à l’espace privé du foyer voire à l’éducation des enfants. Cependant, les femmes aisées qui disposaient de la présence de domestiques, pouvaient s’intéresser à des activités plus intellectuelles. À ce sujet, on citera l’apport de quelques femmes qui se firent remarquer dans la société de Ceuta de l’époque par leurs aptitudes littéraires, comme Umm al-Majd Mryam, fille du savant Abù il-Hassn ash-shàri. La mission éducative menée par deux autres femmes de la ville est également connue : Sàra bant Ahmad al-Halabiyya et Bant al-Wàssiti44. Toutefois, si la sphère privée était l’espace privilégié de travail des femmes musulmanes, dans les milieux sociaux moins favorisés, elles travaillaient au sein du foyer mais exerçaient aussi des activités qui pouvaient être rémunérées comme la calligraphie, la broderie ou le tissage45. Si certaines sources insistent sur le fait que la vente de ces produits était prise en charge par les hommes de la famille, d’autres avancent l’existence de quelques souks, comme par exemple celui du filage, comme étant des lieux de réunion des femmes46. De plus, la femme musulmane de Ceuta jouissait d’une réputation mystique car elle était considérée comme dotée d’un pouvoir surnaturel. Enfin, un autre aspect moins glorieux de la femme fut probablement celui de la prostitution. Malgré l’impossibilité documentaire de démontrer l’existence d’une telle activité dans la ville avant l’arrivée du conquérant portugais, la présence de catégories aisées et le nombre élevé de marchands, d’hommes de passage et de « funduqs » chrétiens, constituent quelques indices pouvant laisser présager du développement de la prostitution dans la ville.

2.2. Les musulmans de Ceuta sous la domination portugaise

  • 47 Robert Rezzete, Les enclaves espagnoles au Maroc, Par...

  • 48 Alicia Fernandez Garcia, Vivre ensemble. Conflit et c...

21La prise de la ville de Ceuta par les Portugais eut un énorme impact symbolique car il s’agissait de la première victoire chrétienne contre les musulmans en dehors de la péninsule Ibérique et sur le continent africain : le propre Xoán I déclara que la conquête de Ceuta fut une victoire pour le Portugal mais aussi pour toute la chrétienté. Ceuta devint ainsi la première base stratégique européenne sur la côte nord-africaine et de ce fait, elle se dressa en « clé de toute la Méditerranée »47. La première transformation que connut la ville affecta ses lieux de culte : la grande mosquée fut transformée en Église et les deux cloches trouvées au milieu du butin y furent installées et résonnèrent lors de la célébration de la première messe dite de la « victoire »48. Après avoir décidé contre tout pronostic, de garder la ville et de ne pas procéder à sa destruction, les Portugais y laissèrent une garnison d’environ 2 7000 hommes armés ayant pour seule mission la protection du détroit. Don Pedro de Meneses, l’un des trois infants qui participèrent à la prise de la ville, fut rapidement nommé Gouverneur de Ceuta donnant naissance à une lignée, celle des Meneses, qui dirigera l’enclave chrétienne de Ceuta jusqu’à sa séparation de la couronne portugaise en 1640. Sa première action fut d’ordonner la construction de forts pour assurer la protection de Ceuta, transformant les anciennes murailles musulmanes en imposantes forteresses. La ville perdit ainsi toute trace de son ancienne vie sociale.

  • 49 Antonio Carmona Portillo, Historia de Ceuta, Málaga :...

  • 50 Manuel Cámara del Rio, « El presidio de Ceuta : presi...

  • 51 Manuel Cámara del Rio, Beneficencia y Asistencia soci...

  • 52 José Hermano Saraiva, Historia de Portugal, Madrid: A...

  • 53 Pedro Calderón de la Barca, El príncipe constante, Ma...

  • 54 Ahmed Laroui, Historia del Magreb. Desde los orígenes ...

22Le besoin de repeupler cette enclave chrétienne pour mieux la défendre fut à l’origine de l’envoi de condamnés portugais suivant les Ordenações Alfonsinas. La ville dynamique et florissante de jadis se transforma ainsi en préside tandis que la distance qui la séparait de la métropole fit d’elle un excellent refuge pour les repris de justice et pour certains membres rejetés de la famille royale. L’histoire de la captivité de don Fernando, frère cadet de don Henrique, fut d’une grande notoriété à l’époque49. Ainsi, les bannis de la métropole portugaise participèrent à la construction des fortifications et à la défense de la ville. Ceuta devint donc un préside et un lieu de déportation des chrétiens condamnés. Toutefois, ils n’accomplissaient pas leurs peines enfermés dans une prison mais en toute liberté, habitant souvent chez leurs proches ou dans différentes compagnies de l’armée tout en recevant à la fin du mois un « boisseau de blé et 80 réais »50. De même, si cette minorité de chrétiens bannis du Portugal voyaient leurs peines réduites et pouvaient même obtenir le pardon en cas de séjour prolongé entre 6 et 12 ans, les Estatutos da Nobreza octroyaient aux ressortissants qui voulaient s’installer à Ceuta pour travailler comme « militaires, juges ou pilotes de bateaux », la possibilité d’améliorer leur statut social en obtenant la condition d’« hidalgo », à savoir de « noble »51. Sous la domination portugaise, Ceuta connut néanmoins des années de splendeur. Par exemple, durant le royaume d’Alfonso v (1432-1481), elle possédait sa propre monnaie qui servit postérieurement aux échanges avec le Nouveau Monde52. L’intérêt du Portugal pour Ceuta ne passa pas inaperçu aux yeux des intellectuels espagnols. Ainsi, dans le drame El Principe constante, le dramaturge Pedro Calderón de la Barca, représente la défense acharnée de la ville par les troupes du roi Fernando contre la sédition de l’armée marocaine53. Les musulmans à leur tour, étaient conscients de l’importance symbolique et stratégique de la prise de Ceuta par les chrétiens. Guidés par leurs marabouts et d’autres référents spirituels, ils se soulevèrent à de nombreuses occasions contre les nouveaux occupants mais sans le soutien de l’hinterland miné par les dissensions de la dynastie Mérinide (1258-1465), leurs tentatives se soldèrent toujours par des échecs54.

  • 55 Monique Polo, Les enclaves espagnoles au Maroc aux xv...

  • 56 Germain Ayache, « Beliounech et le destin de Ceuta en...

  • 57 Antonio Carmona Portillo, op. cit., p. 41.

23La prise portugaise de Ceuta priva la ville de son « sôr », à savoir son arrière-pays qui était le grenier à partir duquel elle obtenait les cultures et où se nourrissaient ses bêtes55. Ainsi, la ville de Beliounech située à 7 km de Ceuta fournit pendant des décennies la ville musulmane de Ceuta. Mais l’arrivée des Portugais rendit Ceuta prisonnière d’un contexte géographique et sociodémographique hostile. Le manque de nourriture et d’eau la plongèrent dans une dépendance totale avec la Péninsule56. Pour pallier cette pénurie, les gouverneurs entamèrent souvent des razzias contre les voisins musulmans des alentours qui étaient souvent séquestrés par les soldats portugais davantage munis en armes. En échange de leur liberté, les Portugais demandaient une rançon aux chefs des tribus berbères et la somme variait en fonction de l’âge ainsi que de l’état physique du séquestré57.

  • 58 Paulo Drumond Braga et Isabel Ribiero Mendes Drumond ...

  • 59 Charles Ralph Boxer, Relações raciais no império colo...

  • 60 Ibid., p. 11.

24Ces années d’assauts et d’escarmouches contre les voisins musulmans se déroulèrent dans un climat de guerre sainte entre le Portugal et les différentes dynasties musulmanes du Maroc, puis entre ces dernières et l’Espagne, qui s’étala entre 1415 et 1769. Il s’agissait la plupart du temps, de petites incursions durant lesquelles les troupes portugaises spoliaient sous leur passage les terres environnantes riches en cultures. Les maures, de leur côté, tendaient des embuscades aux voisins portugais. L’intolérance religieuse qui était mutuelle, participait à l’exacerbation des esprits et des conflits. La couronne portugaise encourageait les conversions en récompensant les morisques, à savoir ces musulmans convertis au christianisme avec « mil reais » par tête58. Des morisques qui, lorsqu’ils avaient le malheur de tomber dans les mains de leurs anciens partisans, étaient cruellement martyrisés59. Les Portugais à leur tour, au moment de s’en prendre à l’ennemi maure, ne faisaient aucune différence entre population civile et militaire, comme le dévoile un bilan d’une attaque menée dans deux campements musulmans en juin 1541 : « apanhamo-los completamente de surpres e matámos cerca de 400 pessoas, na maioria mulheres e crianças. Os soldados não poupavam ninguém e só quando estavam cansados de matar é que capturamos umas oitenta almas »60.

  • 61 Monique Polo, op. cit., p. 25.

  • 62 David Lopes, « Os Portugueses em Marrocos : Ceuta et ...

  • 63 Antonio Carmona Portillo, op. cit., p. 41.

  • 64 María Rosa De Madariaga, España y el Rif. Crónica de ...

  • 65 Miguel Ángel Bunes Ibarra, «La vida en los presidios ...

25Contrairement aux enclaves espagnoles en Afrique, la conquête portugaise de Ceuta donna lieu à une politique de peuplement conçue dans la métropole portugaise. L’arrivée des colons portugais avait provoqué la fuite des anciens habitants qui ne s’installèrent cependant pas très loin de la ville, juste en dehors de ses murailles, plus précisément dans la vallée voisine de Barbeche. Toutefois, leur présence si proche s’avérait une menace pour l’armée portugaise qui multiplia les attaques fortuites, les menaces et les intimidations afin de les déloger et de les repousser plus loin. Les musulmans de Ceuta finirent par plier une nouvelle fois bagage, et trouvèrent refuge dans la Sierra Ximena61. Mais cet éloignement forcé leur permit de mieux organiser les attaques contre l’envahisseur portugais, des assauts qu’ils multiplièrent et qui finirent par plonger la ville dans un état de guerre permanente comme l’affirma David Lopes : « a conquista Ceuta, não houve mais paz entre os seus senhores e os mouros »62. Les conflits minèrent les débuts d’une timide relance de l’activité commerciale à Ceuta tout en remettant en cause la promesse de vie pacifique faite par les colons aux nouveaux arrivants ainsi qu’aux candidats à l’immigration. Pour renforcer la sécurité de Ceuta et permettre l’expansion coloniale en territoire africain, les Portugais multiplièrent la prise de nouvelles enclaves, ce qui supposa un avantage majeur pour Ceuta dans la mesure où son port devint le point de ravitaillement du reste des territoires conquis63. Les Portugais mirent donc en place un réseau commercial avec l’intérieur du Maroc à partir des nouvelles enclaves de Safi (1488) et Azammour (1486)64. Une situation qui était fort différente de l’enclave espagnole de Melilla (1497), cantonnée à un rôle purement défensif : sans contacts ni possibilités d’échange avec l’arrière-pays marocain et éloigné de la métropole, les soldats espagnols y vivaient un quotidien de misère65.

  • 66 Pedro Damián Cano Borrego, Al-Ándalus. El Islam y los...

  • 67 Antonio Carmona Portillo, op. cit., p. 44.

26Une autre différence par rapport au modus operandi espagnol dans les territoires conquis au Maroc se situait au niveau de la fonctionnalité accordée à de telles conquêtes. En effet, si la bourgeoisie portugaise octroyait au commerce dans ces territoires une importance capitale, les Espagnols marginalisèrent cette activité réduisant ces territoires à un rôle symbolique en tant que vitrines de prestige international. Pour assurer l’activité commerciale de Ceuta, les Portugais multiplièrent les tentatives de pacification de la zone. Dans ce sens, on mettra en avant le rôle joué par l’un des gouverneurs portugais de Ceuta, Alfonso de Noronha (1540-1549), qui mit en place une véritable politique de bonne entente avec les frontaliers quoique saupoudrée de quelques escarmouches sporadiques. Si le danger dans la ville était relatif, les intimidations et le climat d’insécurité étaient monnaie courante, suscitant le doute chez les candidats à l’immigration. Pour les séduire, le gouvernement portugais adopta une nouvelle mesure appellée « moradía » qui encourageait l’immigration vers Ceuta moyennant une récompense financière66. Mais la plupart de ces colons étaient toujours des Portugais poussés à l’exil afin de purger leurs peines ou d’échapper à la justice67.

  • 68 Paulo Drumond Braga et Isabel Mendes Drumond Braga, C...

  • 69 Ibid., p. 330.

  • 70 Angeles Vicente, Ceuta, une ville entre deux langues,...

  • 71 Paulo Drumond Braga et Isabel Mendes Drumond Braga, o...

  • 72 Cette politique de peuplement fut assez différente de...

27Néanmoins, la population de Ceuta acquit très tôt un caractère durable et stable, notamment en raison de l’installation des familles des soldats, ce qui constituait une exception car cette pratique était interdite dans d’autres colonies portugaises68. À titre d’exemple, nous citerons la présence des deux épouses de don Pedro de Meneses, ou encore la célébration dans l’Église de Ceuta du mariage de l’une de ses filles69. De plus, nous avons trouvé dans les chroniques, la présence de « fronteiros » ou frontaliers, comme étaient considérés ceux qui résidaient de manière fluctuante dans la ville. Ces mêmes chroniques font également référence à l’existence de « moradores », à savoir des hommes et des femmes dont l’établissement était permanent. Une autre exception de la politique portugaise de peuplement chrétien qui contribua à pérenniser la population fut la présence des femmes. Si elles ne furent pas très nombreuses à venir s’installer dans la ville de Ceuta, leur présence fut néanmoins tolérée, ce qui était en soi une nouveauté70. Ainsi en 1446, les autorités ecclésiastiques octroyèrent le pardon à une femme qui « mora aqui da vinte anos »71. La plupart de ces femmes étaient mariées mais certaines célibataires exerçaient la prostitution. En 1586, on comptabilisa à Ceuta 10 femmes mariées et 23 veuves mais aucune trace n’a été trouvée concernant les femmes célibataires72.

  • 73 Raphaël Carrasco, Claudette Derozier et Annie Molinié...

  • 74 José Alberto Rodrigues da Silva Tavim, Os judeus na e...

  • 75 Monique Polo, op. cit., p. 31-32.

  • 76 Ce dispositif s’appliqua aussi à l’autre enclave port...

  • 77 José de Esaguy, O Libro Grande de Sampayo ou Libro do...

28Malgré les incitations à l’émigration de la part de la couronne portugaise et en dépit du soutien financier proposé, les recensements de l’époque montrent que la plupart des nouveaux arrivants dans la ville ne provenaient pas du Portugal mais des régions espagnoles de l’Andalousie et de la Castille. Ces colons espagnols travaillaient la terre dans leur région d’origine et cherchaient souvent à échapper au paiement des taxes dont la valeur moyenne représentait presqu’un quart de leurs récoltes73. Par ailleurs, les crises agraires et la pauvreté devenue chronique dans le royaume de Castille renforcèrent ces migrations. Ces Espagnols cohabitaient à Ceuta avec une petite communauté juive qui commença à revenir dans l’enclave vers la moitié du xvie siècle. À cette période, on avait déjà connaissance de la présence de dix familles juives et d’une synagogue74. La population musulmane autochtone désormais reculée dans les terrains environnants à la ville reprit son activité et continua à cultiver les terres et à faire paître les bêtes dans les vastes prairies de la baie de Beliounech75. Pour que leur présence soit acceptée aux alentours de Ceuta et afin d’éviter les séquestrations, ces voisins furent contraints de payer aux Portugais un impôt en échange de leur sécurité. Cette tolérance marchandée à l’égard de la population musulmane fut également encadrée en 1463, par un traité signé entre les capitaines de Ceuta et les chefs des tribus berbères qui faisait de ces musulmans des alentours des tributaires du roi de Portugal76. De ce fait, les Portugais s’engageaient à ne pas détruire les cultures de ces musulmans voisins, ils pouvaient ainsi librement traverser leurs terres et leurs campements sans craindre d’être attaqués tandis que les maures étaient autorisés à vendre leurs produits et à marchander dans les marchés de Ceuta77.

  • 78 Charles Ralph Boxer, op. cit., p. 11.

29Toutefois, cette mesure juridique encadrant le vivre-ensemble entre les musulmans et les chrétiens de Ceuta eut du mal à entrer dans les mœurs de la population de la ville touchées par la guerre de religions. De ce fait, le sort de ces « moros de pazes » tel que ces voisins musulmans étaient désormais considérés, était normalement assez dur. Leurs mosquées et leurs lieux de culte étaient profanés, leurs prières interrompues par des assauts et des jets de pierres et leurs femmes étaient souvent violées. L’ensemble de ces actes montre comment les chrétiens de Ceuta n’adhéreraient pas toujours à cette politique de bonne entente promue par les autorités, perpétuant ainsi l’idée de départ selon laquelle les vassaux maures étaient simplement, comme l’affirmait Camoes à l’époque, des « torpes ismaelitas »78. Nonobstant, l’influence maure s’imposait quelque peu dans la société de Ceuta, comme le manifestent les distinctions et titres arabes tels que Adail, Almocadem, Anadel, etc. que les Portugais utilisaient pour nommer leurs commandants de cavalerie. De même, certaines tactiques d’attaque comme celle de raids furtifs finirent par être semblables des deux côtés des murailles.

  • 79 Enrique Gozalbes Cravioto, op. cit., p. 67-75.

  • 80 Charles Ralph Boxer, op. cit., p. 12.

30Malgré les difficiles relations avec les voisins marocains, pendant les périodes de trêve, les autorités de Ceuta et ses habitants échangeaient des produits avec ces musulmans des alentours. On sait que ces échanges étaient particulièrement récurrents avec les musulmans de la région de Tétouan où l’on trouve la trace de commerçants juifs qui assuraient une partie du ravitaillement de la ville et qui possédaient également le monopole de certains produits comme les tissus et les bijoux79. Dans de telles périodes d’accalmie, les caravanes de l’intérieur du Maroc pouvaient entrer dans les usines portugaises de Ceuta avec un laissez-passer et le personnel musulman pouvait monter leur campement autour des murailles tandis que chrétiens, musulmans et juifs négociaient dans la ville dans un climat relativement harmonieux. Il y avait aussi des moments où les chefs des deux côtés faisaient preuve d’hospitalité et de courtoisie, suivant la tradition de la cavalerie médiévale, même si de telles occasions n’étaient cependant pas la règle80.

  • 81 Antonio Carmona Portillo, op. cit., p. 48.

  • 82 Archivo histórico de la ciudad autónoma de Ceuta, San...

31Une autre transaction fréquente entreprise avec les voisins musulmans était l’achat ou le troc d’esclaves. Lorsqu’il s’agissait de récupérer un esclave chrétien, la tâche revenait à l’« alfaqueque », qui était la personne chargée de négocier avec les chefs des tribus pour garantir la libération81. Dans les chroniques du xvie siècle, on a également découvert l’existence à Ceuta de renégats musulmans qui, poursuivis dans leurs pays d’origine, espéraient trouver dans la ville un refuge. De même, une population flottante composée de captifs, à savoir des hommes séquestrés par l’ennemi et réduits en esclavage étaient également devenus une composante sociodémographique de Ceuta. Une lettre de 1553 nous apprend les péripéties de trois habitants de Ceuta séquestrés par les maures voisins au moment où ils pêchaient : ils furent faits prisonniers et transférés à Tétouan d’où ils parvinrent à s’échapper au bout de deux moins de captivité82.

  • 83 José Hermano Saraiva, op. cit., p. 64.

  • 84 Joseph Pérez, L’Espagne de Philippe II, Paris : Fayar...

  • 85 Le marquis décrit avec ces mots l’état euphorique des...

  • 86 Ibid.

32C’est en voulant défendre Ceuta et les autres possessions portugaises au Maroc (Alcaçer Ceger, 1458 ; Tanger, 1471 ; Arzila, 1471 ; Azamor, 1486 et Safi, 1488), conçues comme des maillons de la chrétienté, que l’épopée portugaise toucha à sa fin. Le 4 août 1578, durant la bataille d’al-Makhzen en Ksar-el-Kébir, au Maroc, le Portugal perdit son souverain ainsi qu’une grande partie de sa noblesse, et le dynamisme de son expansion s’effondra83. Le roi Sebastião nomma son oncle aîné, le cardinal Henrique et ses deux petits cousins, comme ses successeurs, mais l’un d’eux mourut quelques jours après. L’autre devint en 1580, le monarque le plus puissant de la chrétienté, à savoir le grand Felipe II84. En 1580, la ville de Ceuta jura fidélité au nouveau roi. La victoire remportée par le Maroc permit aux autorités chrétiennes de Ceuta de constater la résistance de l’armée du sultan, déterminée à reconquérir les places occupées85. Dans une lettre datée du 14 décembre 1579, le marquis de Santa Cruz décrit au roi l’état déplorable de la ville, « muy apretada », et il lui transmit également les rumeurs qui couraient à l’époque et qui étaient ravivées par les messagers maures, à savoir l’obstination des voisins musulmans pour récupérer la ville : « aquella ciudad de Cepta, tan ymportante, esta del todo perdida y en peligro dela tomaren moros »86.

Conclusion

33Au Maroc, les premières expéditions réalisées au xve siècle furent l’œuvre des Portugais et parmi les nombreuses motivations qui les poussèrent à s’intéresser à Ceuta, le souhait de croisade s’avéra central. Mais cette ville côtière, à mi-chemin entre la péninsule et le Maroc possédait un intérêt stratégique qui n’a pas échappé aux auteurs arabes du Moyen Age qui l’ont décrit comme la « clé de l’Andalousie » musulmane, pour être une base navale redoutable d’où les sultans embarquaient pour contrecarrer l’avancée des chrétiens. En raison de sa situation géographique, Ceuta est devenue une terre de contacts, de confrontations entre différentes communautés religieuses mais aussi une frontière entre deux mondes, la chrétienté et l’islam. Ainsi, au sein de la société islamique quoique divisée entre l’élite et le peuple, les musulmans cohabitaient même dans un cadre très hermétique, avec deux autres minorités religieuses, à savoir les chrétiens et les juifs. L’arrivée des Portugais mit fin à ce vivre ensemble, les musulmans fuirent la ville et de nombreux juifs partirent également avec eux.

34Toutefois, la volonté de repeupler la ville et de faire vivre son port incita les Portugais à entamer une véritable politique de peuplement et de vivre ensemble. D’un côté, il s’agissait d’attirer des ressortissants portugais moyennant de l’argent pour faire vivre la ville et de l’autre, il fallait pacifier les alentours de Ceuta et mener une politique de bonne entente avec les musulmans. Pour cela, le roi portugais fit de ces maures voisins des tributaires du royaume : après avoir été chassés de Ceuta, ils passèrent du rôle d’ennemis à celui de « maures de paix ». Toutefois, le fanatisme religieux propre aux xve et xvie siècles et l’état de guerre latente qui se vivait dans la ville rendit difficile voire impossible la politique de bonne entente entre musulmans et chrétiens. À l’acharnement des Portugais pour défendre cette enclave chrétienne, s’opposa la volonté des autochtones musulmans de récupérer ce territoire d’où ils avaient été chassés. Même de nos jours, le Maroc ne cesse de réclamer la restitution de cette ville qui constitue à ses yeux l’un des derniers vestiges du colonialisme portugais puis espagnol en Afrique.

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Rodrigues da Silva Tavim, Jose Alberto, Os judeus na expansão portuguesa em Marrocos durante o século XVI : origens e actividades duma comunidade, 1997, Braga: Edições APPACDM Distrital de Braga, 618 p. ISBN: 972819594X-9789728195946.

Saraiva, José Hermano, Historia de Portugal, Madrid : Alianza editorial, 1989, 449 p. ISBN : 9788420604138.

Vicente, Angeles, Ceuta, une ville entre deux langues : une étude sociolinguistique de sa communauté musulmane, Paris: L’Harmattan, Paris, 2005, 220 p. ISBN : 2-7475-8584-0.

Zurara, Gomes Eanes de, Chronique de Guinée, préface et traduction de Léon Bourdon, Dakar : IFAN, 1960, 301 p.

Notes

1 Parler du territoire marocain aux xiiie, xive voire xve siècles, doit se faire sous une approche historique particulière en tenant compte de deux aspects : d’abord, l’histoire du Maroc qui a été marquée par le domaine de différents royaumes établis dans plusieurs villes, et ensuite, la distinction entre les territoires contrôlés par le pouvoir central et ceux dirigés par les tribus. Quand les Arabes arrivèrent au Maroc, ils trouvèrent un territoire morcelé et divisé en tribus, en fédérations de tribus et en petits royaumes. L’unité territoriale atteinte par le pouvoir romain avait disparu ainsi que l’unité religieuse toutefois, si dans les campagnes la population était païenne, dans les villes le christianisme résistait encore. C’est ce manque d’unité qui rendit impossible une rapide incorporation de la part du pouvoir islamique, ce qui explique d’ailleurs pourquoi les Arabes durent combattre tribu par tribu et mettre fin à la résistance acharnée de certains noyaux de l’empire byzantin. Avec l’arrivée de la dynastie idrisside (782-974), on commença à parler de la création d’un embryonnaire État musulman au Maroc. Les Mérinides (1244-1465) de leur côté, durent affronter de nombreux obstacles, surtout politiques, pour contrôler le territoire forgé par le pouvoir Almohade (1145-1248) : l’élimination d’un tel pouvoir à Marrakech, la répression de l’agitation sociale suscitée par l’avancée des Mérinides, les ambitions pour la succession au sein même de la dynastie Mérinide et la pression exercée par les ingérences étrangères, tant celles des Nazaries de Grenade qui tâchaient d’interférer dans la politique de Fès, que la convoitise de la couronne d’Aragon dans cette zone du Maghreb. La mort d’Abu Iman en 1358 marqua la fin du pouvoir Mérinide et l’installation portugaise au nord de l’Afrique vint aggraver la crise. L’empire Mérinide éclata et se divisa en deux royaumes indépendants de Fès : celui de Marrakech et celui de Tafilalet. D’autres territoires devinrent indépendants à leur tour. Avec la chute de la dynastie Mérinide, le Maroc connut une longue période de crises politiques. Sa politique expansionniste disparut et il se trouva à la merci de la menace des Portugais, des Espagnols et des Turcs. Voir Charles R. Pennel, Marruecos : del imperio a la independencia, Madrid : Alianza editorial, 2006, p. 21-28.

2 Alberto Baeza Herratzi, « Ceuta lusitana », Portugal y Ceuta: una historia común, 1415-1668, Ceuta : Instituto de Estudios Ceutís, 2002, p. 30-31.

3 Certains récits de l’époque pointent du doigt le roi Xoán i comme l’incitateur du meurtre d’Andeiro et des massacres chrétiens survenus à Aljubarrota.

4 Manuel Gordillo Osuna, « Análisis sobre la “tomada” de Ceuta por Portugal », in : Alberto Baeza Herratzi (dir.), Ceuta hispano-portuguesa, Ceuta : Instituto de Estudios Ceutíes, 1993, p. 166.

5 Gomes Eanes de Zurara, Chronique de Guinée, préface et traduction de Léon Bourdon, Dakar : IFAN, 1960, p. 18.

6 Mohamed Cherif, Ceuta aux époques almohade et mérinide, Paris : L’Harmattan, 1966, p. 65.

7 Dominique Lelièvre, Mer et Révolution. Le Portugal pionnier fin xive, début du xve siècle, Paris : DL, 1998, p. 220.

8 Ibid.

9 Guillermo Gozalbes Busto, « Los últimos "da tomada de Cepta" », in: Alberto Baeza Herratzi (dir.), op.cit., p. 176.

10 Zoulikha Benramdane, Ceuta du xiiie siècle au XIVe : siècles de lumières d’une ville marocaine, Casablanca-Mohammedia : Université Hassan II, Faculté des lettres et des sciences humaines, 2003, p. 255-260.

11 Cette dynastie d’origine berbère contrôla pendant le xive siècle et de façon épisodique, d'autres parties du Maghreb et de la péninsule Ibérique.

12 Dans le contexte de domination marocaine, la différence entre les classes s’avère une tâche compliquée dans la mesure où la pertinence tribale n’interférait pas dans la structure sociopolitique et la richesse ne constituait pas à son tour un signe de distinction sociale.

13 Mohamed Cherif, op. cit., p. 153.

14 Jeronimo de Mascarenhas, Historia de la ciudad de Ceuta, Lisboa : Academia das sciências de Lisboa, 1918, p. 58.

15 Ces musulmans fuyant la péninsule ibérique obtinrent un statut particulier de la part de la dynastie berbère des Hafsides qui gouvernait entre 1207 et 1574 le règne d’Ifriqiya (aujourd’hui l’équivalent de la Tunisie, de la région du Constantinois à l’est de l’Algérie et de la Tripolitaine, à l’ouest de la Libye).

16 Anwar Chejne, Historia de la España musulmana, Madrid: Catedra, 1968, p. 167-170.

17 Manuela Martin, « La vida cotidiana de las mujeres andalusíes », in : VV.AA., La vida cotidiana en Ceuta a través de los tiempos, VII Jornadas de Historia de Ceuta, Ceuta : Instituto de Estudios Ceutíes, 2007, p. 9-20.

18 Mohamed Cherif, op. cit., p. 154.

19 Ibn Gãlib, « Una descripción de España », Anuario de Filología, Barcelona, 1975, in : Joaquín Vallvé Bermejo, « Emigración andalusí en Magreb », Actas del coloquio sobre relaciones de la Península Ibérica con el Magreb en los siglos XIII al XIV, Madrid, 1988, p. 102.

20 Zoulikha Benramdane, op. cit., p. 238.

21 Ibid., p. 239-243.

22 Ibid., p. 244.

23 María del Carmen Mosquera Merino, La Señoría de Ceuta en el siglo xiii. Historia política y económica, Ceuta : Instituto de estudios ceutíes, 2013, p. 59.

24 Ibid.

25 Enrique Gozalbes Cravioto, « Las comunidades judías del norte de Marruecos. Fuentes e historiografía », XVI Jornadas de la historia de Ceuta. Los judíos en Ceuta, en el norte de África y en el estrecho de Gibraltar, Ceuta : IEC, 2014, p. 45-80.

26 Manuel Gordillo Osuna, Geografía urbana de Ceuta, Madrid: CSIC, 1972, p. 135.

27 Enrique Gozalbes Cravioto, Notas para la historia de los Judíos de Ceuta (siglos xi-xvi), Ceuta : Caja Ceuta, 1988, p. 31.

28 Zolikha Benramdane, op. cit., p. 247.

29 José Luis Gómez Barceló, « Presencia y vida de los judíos en la Ceuta de los siglos xv y xvi », in : Los judíos en Ceuta, el Norte de África y el estrecho de Gibraltar. Actas de las xvi Jornadas de Historia de Ceuta, Ceuta: Instituto de estudios ceutíes, 2014, p. 185-186.

30 Ibid., p. 188.

31 Pedro de Acevedo, Documentos das Chandelarias reais anteriores a 1513 relativos a Marrocos, Lisboa : Academia das sciências de Lisboa, 1915, tomes II, p. 327-331.

32 Enrique Gonzalbes Cravioto, op. cit., p. 272.

33 Antonio Dias Farinha, Portugal e Marrocos no século xv, Lisboa : Universidade de Lisboa-Facultade e Letras, 1990, p. 313-315.

34 La présence de chrétiens à Ceuta était statuée et fixée par des traités d’une durée variable, que les puissances chrétiennes avaient passés avec le sultan, ce qui explique le fait que nombre de ces habitants chrétiens étaient des journaliers. Toutefois, on a trouvé dans certains documents des indices d’une sédentarisation de certains chrétiens dans la ville.

35 Halima Ferhat, Sabta des origines au xive siècle, Rabat : Éditions Al Manahil, 1993, p. 392.

36 María del Carmen Mosquera Merino, op. cit., p. 60.

37 Louis de Mas Latrie, Traités de paix et de commerce et documents divers concernant les relations des chrétiens avec les arabes de l’Afrique septentrionale au Moyen Age, Paris : H. Plon, 1866, p. 89-92.

38 Ce sont Saint Daniel, Saint Angelo, Saint Samuel, Saint Donulo, Saint Leon, Saint Hugolino et Saint Nicolas. L’espace public de Ceuta témoigne de la ferveur populaire suscitée par ces moines devenus des martyrs pour les habitants : par exemple, on y trouve un portrait de Saint Daniel et une place lui a été également consacrée : « Plaza de San Daniel ».

39 Zolikha Benramdane, op. cit., p. 251.

40 Ibid., p. 248.

41 Charles Emmanuel Dufourcq, « Les relations du Maroc et de la Castille pendant la première moitié du xiiie siècle », Revue d’histoire et de civilisation du Maghreb, no 5, 1968, p. 41.

42 Zolikha Benramdane, op. cit., p. 249.

43 Par ailleurs, les sultans mérinides firent venir, par le biais de contrats, des soldats chrétiens de la Péninsule qui furent répartis dans les villes marocaines les plus influentes économiquement mais aussi dans les plus exposées à la rébellion. Les chroniques parlent de l’existence d’un bataillon de cette milice à Ceuta au xive siècle sous les ordres d’Abu il-Abbàs al-Hussayni, représentant du pouvoir mérinide dans la ville. L’entretien de ces soldats chrétiens s’avéra un gouffre financier pour la dynastie mérinide à cause des sommes exorbitantes qu’ils recevaient en échange de la défense.

44 Zolikha Benramdane, op. cit., p. 252-254.

45 Manuela Marin, op. cit., p. 18.

46 Carlos Gonzalbes Cravioto, El urbanismo religioso y cultural de Ceuta en la Edad Media, Ceuta: Instituto de estudios ceutíes, 1995, p. 86-90.

47 Robert Rezzete, Les enclaves espagnoles au Maroc, Paris : Éditions Latines, 1976, p. 30.

48 Alicia Fernandez Garcia, Vivre ensemble. Conflit et cohabitation à Ceuta et Melilla, 2017, p. 58.

49 Antonio Carmona Portillo, Historia de Ceuta, Málaga : Editorial Sarriá, 2007, p. 56-60.

50 Manuel Cámara del Rio, « El presidio de Ceuta : presidiarios y últimas penas », in : La vida cotidiana en Ceuta a través de los tiempos, VII Jornadas de Historia de Ceuta, Ceuta: Instituto de Estudios Ceutíes, 2007, p. 88-89.

51 Manuel Cámara del Rio, Beneficencia y Asistencia social. La Santa y Real Hermandad, Hospital y Casa de Misericordia de Ceuta, Ceuta : UNED-IEC, 1996, p. 100.

52 José Hermano Saraiva, Historia de Portugal, Madrid: Alianza editorial, 1989, p. 113.

53 Pedro Calderón de la Barca, El príncipe constante, Madrid : Cátedra, 2017. Calderón s’inspira de la chronique de João Alvares sur l’expédition portugaise de Tanger commanditée en 1437 par Henri Le Navigateur. Mais cette aventure fut un échec et l’infant Ferdinand, frère d’Henri, fut fait prisonnier. En échange de sa libération, les Maures demandèrent Ceuta, mais il s’y opposa et préféra mourir plutôt que de rendre la ville.

54 Ahmed Laroui, Historia del Magreb. Desde los orígenes hasta el despertar magrebí : un ensayo interpretativo, Madrid: Editorial Mapfre, 1994, p. 67-89.

55 Monique Polo, Les enclaves espagnoles au Maroc aux xvie et Xviie siècles, Thèse de doctorat, université de Toulouse, 1986, p. 91-93.

56 Germain Ayache, « Beliounech et le destin de Ceuta entre le Maroc et l’Espagne », Hesperis Tamuda, nº 13, 1972, p. 4-36.

57 Antonio Carmona Portillo, op. cit., p. 41.

58 Paulo Drumond Braga et Isabel Ribiero Mendes Drumond Braga, « De la conquista a 1580. Aspectos coyunturales », in: Fernando Villada Paredes et José Antonio Alarcón Caballero (dir.), Historia de Ceuta. De los orígenes al año 2000, Ceuta : IEC, 2009, p. 334-335.

59 Charles Ralph Boxer, Relações raciais no império colonial português, 1415-1825. Porto : Afrontamento, 1988, p. 10.

60 Ibid., p. 11.

61 Monique Polo, op. cit., p. 25.

62 David Lopes, « Os Portugueses em Marrocos : Ceuta et Tanger », in : Damião Peres et Eleutério Cerdeira (dir.), Historia de Portugal, vol. III, Barcelos : Portucalense, 1931, p. 385-432.

63 Antonio Carmona Portillo, op. cit., p. 41.

64 María Rosa De Madariaga, España y el Rif. Crónica de una historia casi olvidada, Ciudad Autónoma de Melilla : UNED, La Biblioteca de Melilla, 2000, p. 38-40.

65 Miguel Ángel Bunes Ibarra, «La vida en los presidios del norte de África », in : Mercedes García-Arenal et María J. Viguera, Relaciones de la península ibérica con el Magreb siglos XIII-XVI, Actas del Coloquio Relaciones de la Península Ibérica con el Magreb (siglos XIII-XVI), Madrid, 17-18 Diciembre, 1987, Madrid : CSIC, 1988, p. 561-590.

66 Pedro Damián Cano Borrego, Al-Ándalus. El Islam y los pueblos ibéricos, Madrid : Silex, 2004, p. 76-90.

67 Antonio Carmona Portillo, op. cit., p. 44.

68 Paulo Drumond Braga et Isabel Mendes Drumond Braga, Ceuta portuguesa (1415 - 1656), Ceuta: Instituto de Estudios Ceutíes, 1998, p. 54.

69 Ibid., p. 330.

70 Angeles Vicente, Ceuta, une ville entre deux langues, Paris : L’Harmattan, 2005, p. 31.

71 Paulo Drumond Braga et Isabel Mendes Drumond Braga, op. cit., p. 330.

72 Cette politique de peuplement fut assez différente de celle appliquée à l’époque par l’Espagne étant donné que les autorités espagnoles incitaient les migrations de colons sans distinction de genre. De ce fait, les femmes espagnoles n’hésitèrent pas à faire partie de l’aventure coloniale et à émigrer vers les nouveaux territoires conquis. Il suffirait de citer le parcours d’Inés de Suárez, une jeune originaire de la région d’Estrémadure qui embarqua vers le Nouveau monde. Son histoire a inspiré le roman Inés del alma mía de l’écrivaine chilienne Isabel Allende. Voir Juan Francisco Maura, « Mujeres hispanas en el nuevo mundo : a la vanguardia de los acontecimientos », Revista de Estudios hispánicos, n° 19,1995, p. 185-203.

73 Raphaël Carrasco, Claudette Derozier et Annie Molinié-Bertrand, Histoire et civilisation de l’Espagne classique : 1492-1808, Paris : Armand Colin, 2004 [1991], p. 47-87.

74 José Alberto Rodrigues da Silva Tavim, Os judeus na expansão portuguesa em Marrocos durante o século XVI : origens e actividades duma comunidade, Braga: Edições APPACDM Distrital de Braga, 1997, p. 182.

75 Monique Polo, op. cit., p. 31-32.

76 Ce dispositif s’appliqua aussi à l’autre enclave portugaise au Maroc, à savoir la ville d’Alacaçer Ceger prise par les Portugais en 1458.

77 José de Esaguy, O Libro Grande de Sampayo ou Libro dos Vedores de Ceuta (1505-1670), Coimbra : Instituto de Coimbra, 1941, p. 87-88.

78 Charles Ralph Boxer, op. cit., p. 11.

79 Enrique Gozalbes Cravioto, op. cit., p. 67-75.

80 Charles Ralph Boxer, op. cit., p. 12.

81 Antonio Carmona Portillo, op. cit., p. 48.

82 Archivo histórico de la ciudad autónoma de Ceuta, Santa y Real casa de la Misericordia, Informaciones de Hidalguía y de limpieza de sangre de la familia Schiafino.

83 José Hermano Saraiva, op. cit., p. 64.

84 Joseph Pérez, L’Espagne de Philippe II, Paris : Fayard, 1999.

85 Le marquis décrit avec ces mots l’état euphorique des maures: « ahora por estar los moros tan vitoriosos por la derrota del sernisimo rey don Sebastian ». Voir Monique Polo, op. cit., p. 25.

86 Ibid.

Pour citer ce document

Alicia Fernández García, «La population musulmane de l’enclave de Ceuta : le cas d’une majorité devenue minoritaire (1415-1580)», Líneas [En ligne], Numéros en texte intégral /, L'âge des minorités, mis à jour le : 12/07/2018, URL : https://revues.univ-pau.fr/lineas/3260.

Quelques mots à propos de :  Alicia  Fernández García

Alicia Fernandez Garcia est actuellement ATER à l’université Paris-Est Marne-La-Vallée. Elle a soutenu une thèse doctorale à l’université de Paris Nanterre qui porte sur les relations interculturelles à Ceuta et Melilla. Parallèlement, elle s’intéresse aux questions d’identité et de nationalisme dans l’Espagne contemporaine. Elle a récemment codirigé avec Mathieu Petithomme Contester en Espagne. Crise démocratique et mouvements sociaux, Paris : Demopolis, 2015, et elle vient de publier Vivre ensemble. Conflit et cohabitation à Ceuta et Melilla, Paris : L´Harmattan, 2017.

alis_carras@hotmail.com