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Líneas
Revue interdisciplinaire d'études hispaniques

2 | 2012 Trompe-l'oeil et vérité

Sonia Fournet Pérot

L’habit fait-il le moine ?

Article

Il s’agit d’analyser le rapport de la matière proverbiale au trompe-l’œil – en langue et en discours –, en tant que procédé visant à créer l’illusion de la réalité ou plus généralement en tant qu’apparence trompeuse. Les recueils abordent ces deux acceptions, mais chacune engendre un schéma argumentatif spécifique traduisant syntaxiquement l’idée même de trompe-l’œil, la forme logique sous-jacente du proverbe s’adaptant au thème abordé. Si les énoncés proverbiaux raisonnent sur le phénomène avec récurrence, ils peuvent également être l’objectif ou l’origine du trompe-l’œil. Structure normée, le proverbe a une forme syntaxique, stylistique, rythmique et rimée caractéristique qui en fait un signifiant aisément imitable : l’œil ou l’oreille sont ainsi fréquemment trompés par des « formes proverbiales », non attestées dans les recueils, créées sur le modèle de la sagesse des nations, dont elles partagent d’ailleurs également la fonction ; car un proverbe est également une construction normative, en ce sens qu’il dispense un enseignement ou un avis d’ordre moral ou pratique. Si un énoncé peut se comporter comme un proverbe sans en être un, tout proverbe n’est pas non plus nécessairement utilisé en tant que tel. Une séquence proverbiale reconnue est en effet susceptible de se limiter à un emploi « locutionnaire », perdant alors sa fonction didactique et n’ayant plus que l’apparence d’une parole gnomique. Cette fonction didactique intrinsèque peut d’ailleurs elle-même être qualifiée de trompe-l’œil, dans la mesure où le schéma argumentatif véhiculé, explicitation du sens profond et prétendument figé du proverbe, pourrait en réalité être variable…

Nuestra meta es analizar la relación de la materia proverbial al trampantojo – en lengua y en discurso –, como proceso que fomente la ilusión de la realidad o, por extensión, como apariencia engañadora. Los refraneros se interesan por estas dos acepciones, pero cada una engendra un esquema argumentativo específico que traduce sintácticamente la mismísima idea de trampantojo, adaptándose al tema la forma lógica subyacente del refrán. Si los enunciados proverbiales suelen razonar sobre el fenómeno, también pueden ser el objetivo o el origen del trampantojo. Estructura normada, el refrán tiene una forma sintáctica, estilística, rítmica y rimada característica que hace que su significante resulte fácilmente imitable. De aquí que al ojo o al oído burlen con frecuencia formas proverbiales, no atestadas en las compilaciones, pero creadas según el modelo de la sabiduría de las naciones, cuya función comparten ; porque un refrán también es una construcción normativa, que proporciona una enseñanza o una opinión de orden moral o práctico. Si un enunciado puede funcionar como un refrán sin serlo, tampoco un refrán siempre es utilizado como tal. En este sentido, una secuencia proverbial famosa es susceptible de limitarse a un uso «locucional», perdiendo entonces su función didáctica y teniendo tan sólo la apariencia de una palabra gnómica. Esta función didáctica intrínseca podríamos además calificarla de trampantojo, ya que el esquema argumentativo vehiculado, explicitación del sentido profundo y supuestamente fijo del refrán, podría en realidad ser variable…

Texte intégral

  • 1 Pour plus de détails, voir Louis Combet, Recherches su...

  • 2 Ibid., p. 98.

1Les proverbes, ces phrases semi-figées anonymes qui expriment un enseignement ou un avis d’ordre moral ou pratique, constituent ce que l’on nomme d’ordinaire la sagesse populaire ou sagesse des nations. Jusqu’au xvisiècle, les séquences proverbiales étaient, à ce titre, fréquemment perçues comme de petits évangiles visant à orienter les pensées et les actions de tout un chacun. Mais, dès le xviie siècle, les premiers détracteurs de cette attitude ingénue faisant de l’objet « proverbe » un émissaire de la Vérité font entendre leurs voix : Gracián et Feijoo s’attachent ainsi à mettre à jour les multiples contradictions de la matière proverbiale1 et dénoncent comme illusoire l’idée selon laquelle tous les proverbes seraient vrais, des énoncés au message infaillible : « […] loin de fonder une morale valable, le proverbe n’est, en fait, qu’une pirouette, un alibi à la paresse intellectuelle et morale »2.

  • 3 La comedia Serafina (1521) [en ligne], Edición de José...

2L’enseignement proverbial ne serait-il donc qu’un trompe-l’œil philosophâtre ? Certes, un proverbe et son contraire peuvent coexister. Les exemples sont légion. Certes, un proverbe n’est pas systématiquement applicable. Mais cela ne témoignerait-il pas d’une autre vérité, celle de l’ambivalence de la nature humaine et de la nature en général ? Au-delà du signifié en langue, la véritable sagesse du langage proverbial ne serait-elle pas à chercher dans ses contradictions et, d’un point de vue plus linguistique, que nous allons nous efforcer de développer ici, dans son usage, en discours ? L’objectif sera ainsi de nous interroger sur les relations des énoncés proverbiaux au trompe-l’œil, qu’ils le choisissent comme thème, qu’ils en soient l’origine ou l’objectif, formel/elle ou sémantique. Par souci de concision, nous avons choisi de circonscrire cette étude aux Siècles d’Or, au sens large de xvie et xviie siècle, – prolifiques en matière de proverbes – et d’accorder une importance particulière à une œuvre à notre connaissance non analysée d’un point de vue parémiologique : la Comedia Serafina3.

  • 4 Définition du thème, développement, conclusion.

3Il s’agit d’une pièce en prose anonyme, d’extension réduite, publiée en 1521 à Valence dans un volume intégrant également la Comedia llamada Tebaida et la Comedia Hipólita. Proche des « tratados de amor » dont elle respecte la trame4, on la dit à la fois influencée par la comédie humanistique italienne et La Celestina, comme l’a d’ailleurs souligné Menéndez Pelayo :

  • 5 Marcelino Menéndez y Pelayo, « La Celestina [estudio] ...

[…] hay obras que calcan servilmente la fábula de La Celestina, sin más cambio que el de los nombres de los personajes ; y otras que, procediendo con mayor libertad, o más bien, con espantosa licencia, debida, en parte, a la imitación directa de modelos italianos, presentan nuevos cuadros de malas costumbres, no vistos ni soñados por el autor de la tragicomedia primitiva, que resulta casi siempre más casto y decoroso que sus imitadores. A este género pertenecen, sobre todo, las tres comedias Tebaida, Serafina e Hipólita […] ; débil e insignificante la última, que está en verso, singulares las dos primeras por la riqueza de la prosa en que están escritas, y por la absoluta falta de sentido moral que en ellas campea, hasta el punto de ser quizá las más obscenas y brutales composiciones que de aquel siglo subsisten.5

4De la tragicomédie, la Comedia Serafina a également hérité le goût pour le langage stéréotypique, puisqu’elle compte 104 énoncés proverbiaux qui constituent une matière d’étude contextualisée non négligeable. Mais avant de nous pencher davantage sur le rapport de la parole proverbiale au trompe-l’œil en discours, nous nous devons de rechercher les affinités qu’ils entretiennent en langue.

Le « refranero » ou le procès du trompe-l’œil…

  • 6 Le trésor de la langue française informatisé [en ligne...

  • 7 Gonzalo Correas, Vocabulario de refranes y frases prov...

5Le Trésor de la langue française6 définit le trompe-l’œil comme un « [p]rocédé de représentation visant à créer, par divers artifices, l’illusion de la réalité » ou, par extension, comme une « [a]pparence trompeuse ; ce qui fait illusion ». Dans le Vocabulario de refranes y frases proverbiales de Gonzalo Correas (1627)7, nous avons relevé quelques 60 énoncés, parfois redondants, traitant de la question et de manière étonnamment originale, puisque leur structure sémantique profonde semble varier selon l’acception évoquée.

6Tout proverbe est en effet porteur d’un schéma argumentatif permettant d’inférer une conclusion factuelle, visant l’action de l’interlocuteur. A ce jour, nous en avons dénombré quatre types :

  • le schéma graduel anscombrien [+/-P, +/-Q],

  • le schéma de préférabilité [P > Q],

  • le schéma de cause à effet n’exprimant aucune idée de quantité [Si/Quand P, alors Q] et, enfin,

  • le schéma antitopique [Bien que / Même si P, Q].

7Les séquences proverbiales abordant le sujet du trompe-l’œil ont ceci de particulier qu’elles véhiculent uniquement les deux dernières catégories de schémas et que chacune correspond à l’une des significations précitées.

  • 8 La non-gradabilité de ce genre de schéma est due à la ...

8La présence d’un schéma [Si P, alors Q] renvoie ainsi exclusivement au trompe-l’œil comme méthode permettant de générer l’illusion de la réalité. Il s’agit en effet d’exposer une relation d’antécédent à conséquent non graduelle8 entre P et Q, observable dans les cinq énoncés concernés, parmi lesquels « Vistan un palo y parecerá algo » (V 322) : [Si l’on habille un bâton, il semblera être plus qu’un bâton], qui se réfère à un possible fondement de l’illusion : ici l’artifice. Grimée, la réalité est altérée. La recette est la même pour sa variante « Afeitá un cepo y parecerá mancebo » (A 979) ou pour « El oro y la miel, donde está parece bien » (E 935). La transformation engendrant l’illusion, toujours méliorative, est également le fruit de jeux de lumière avantageux : « A la luz de la candela, toda rústica parece bella » (A 311), « Oro, tela, ni doncella, no lo tomes a candela » (O 178). Pour chacun de ces proverbes, le schéma argumentatif suit la même logique : le procédé induisant une apparence trompeuse est exposé en P et son résultat, le trompe-l’œil, est dénoncé en Q : [Si l’on travestit un objet ou si l’on regarde un objet dans la pénombre, l’apparence en est faussée].

  • 9 Aunque bobo, no en todo, ni del todo (A 2313). Aunque ...

  • 10 La notion de topos, empruntée aux Topiques d’Aristote...

9La majorité des proverbes recensés (plus de 90 %)9 reposent quant à eux sur un schéma antitopique, s’appuyant sur un mécanisme concessif, lequel autorise le passage d’un argument à une conclusion renversée, contraire à celle qui est attendue. Les énoncés concernés constitueraient ainsi le refus d’une relation de cause à effet, graduelle ou non. Par exemple, pour « Aunque la mona se vista de seda, mona se queda » (A 2328), le topos10 rejeté serait qu’une amélioration de l’apparence implique une amélioration de l’être. La présence d’une conjonction adversative orientant et guidant l’interprétation de l’interlocuteur, quoiqu’usuelle, n’est pas une condition nécessaire à la construction de ce type de schéma ; citons « El hábito no hace al monje » (E 597), dont la forme concise nécessite une reformulation explicitant P et Q, sous-entendus dans l’énoncé source ; soit « aunque lleve el hábito, no es un monje » (bien qu’il en porte l’habit, ce n’est pas un moine). L’identité apparence / essence est réfutée. Il en est de même pour « Detrás de la cruz está el diablo » (D 199), où le rapport d’antécédent à conséquent, selon lequel une apparence positivement connotée (« cruz ») induit une essence aux caractéristiques similaires, est rejeté ; idem pour « El lobo pierde los dientes pero no las mientes » (E 738) : la dégradation physique – externe – n’est pas accompagnée d’une dégénérescence mentale – interne. Dans chaque cas, nous remarquons que P est maintenu : on tente de parfaire la forme (« la mona se viste de seda »), on se contente de la mettre en évidence (« el hábito ») ou de la présenter sous un jour avenant (« la cruz ») ou au contraire déliquescent (« pierde los dientes »). C’est au niveau de Q qu’il y a refus. On passe de (+ P, + Q sous-entendu) à (P n’a pas pour effet Q) : la relation de cause à effet est rejetée. Et quoi de plus approprié pour dénoncer un trompe-l’œil dans sa définition plus générale d’apparence trompeuse ? La concession, en dévoilant que la conclusion n’est pas celle à laquelle on aurait pu s’attendre, est en effet parfaitement appropriée à une mise en évidence de l’illusion : un argument P semble tendre naturellement vers une conclusion qui se révèle illusoire. Le trompe-l’œil philosophique est mis à jour par une structure linguistique (la concession) évoquant un trompe-l’œil sémantique (la conclusion attendue).

10Non seulement la sagesse des nations prend pour cible le phénomène, mais elle le fait, qui plus est, en adaptant, sans doute inconsciemment, le raisonnement cognitif sous-tendu aux divers signifiés de la thématique. Si la matière proverbiale pense le trompe-l’œil, elle peut également en être le modèle.

Une structure normée souvent imitée, voire égalée mais non attestée

  • 11 Nous avons eu recours à cette appellation dès notre m...

11De précédentes investigations parémiologiques ont révélé l’existence de ce que nous avons choisi de nommer « formes proverbiales »11, à savoir des structures non attestées dans les recueils mais possédant néanmoins toutes les caractéristiques inhérentes aux proverbes : prosodie, syntaxe particulière, rythme. Dans La Comedia Serafina, sur les 104 énoncés relevés, 26 sont absents du recueil de Correas, soit 25 %. Citons, par exemple :

Del sabio es mudar el consejo (Cena Primera)
Quien
de locura enferma tarde o nunca sana (Cena Segunda)
Si
mal le fuere en la mercaduría, su bolsa lo sentirá (Cena Segunda)
Lo
que se avía de comer cozido, hágase asado (Cena Cuarta)
Amigo,
amigo, pero no habléys en el dinero (Cena Cuarta)
A
la mañana la cozina y a la noche la carne (Cena Quinta)
La
mucha familiaridad odio engendra (Cena Quinta)… etc.

12A première vue, rien ne distingue ces énoncés de véritables proverbes, puisque, outre le fait qu’ils ont une fonction didactique évidente, ils sont, à leur image, très souvent dotés d’un rythme à la fois

  • binaire, séparant le proverbe en deux parties distinctes ; il est mis à jour par la rhétorique (chiasme, parallélisme) et la syntaxe (constructions parallèles ou symétriques) ; et

  • prosodique, ayant pour origine la répétition de mêmes phonèmes (assonances, allitérations, paronomase, homéotéleute, rimes).

13Des formes introductrices typiques de la matière proverbiale (Quien…, Lo que…) y apparaissent également et les verbes sont, comme dans plus de 90 % des séquences attestées dans les refraneros, conjugués au présent (indicatif, subjonctif, impératif), temps de la généralité par excellence. Tous les éléments sont donc réunis pour faciliter la mémorisation et la propagation de l’énoncé et, consécutivement, son figement.

  • 12 Charlotte Schapira, « Proverbe, proverbialisation et ...

  • 13 José María Sbarbi y Osuna, El libro de los refranes, ...

14La frontière entre « proverbe » et « forme proverbiale » est en conséquence très mince. Dans le premier cas, l’énoncé est figé, en sens large du terme, par l’usage ; dans le second, il est encore libre. Toute forme proverbiale est un proverbe potentiel et tout proverbe, avant que l’usage ne l’adopte et n’en fixe la forme, a été une forme proverbiale. Une forme proverbiale serait donc un proverbe, variable ou non, dont la forme ne serait pas encore figée mais pourrait le devenir si sa fréquence d’emploi et, par là même, sa notoriété se développaient suffisamment. L’attestation d’un énoncé dans un recueil plus récent alors qu’il n’avait pas été répertorié par les compilateurs antérieurs pourrait témoigner de sa proverbialisation12. Parmi les 26 séquences auxquelles nous avons précédemment fait référence, huit sont concernées par un recensement plus tardif chez Sbarbi13 en 1872. Citons :

Quien escucha de su mal oye (Cena Primera)
Quien
en malos pasos anda, en mal acaba (Cena Tercera)
Deque
Dios quiere, con todos ayres llueve (Cena Quinta)
Quien
se muda Dios le ayuda (Cena Quinta)…

  • 14 Juan Bergua, Refranero español, Madrid : Ediciones Ib...

  • 15 Jorge Garza Castillo, Refranero español, Barcelona : ...

  • 16 Auteur anonyme, Libro del caballero Zifar (1300-1305)...

  • 17 Pedro Manuel Jiménez de Urrea, La penitencia de amor ...

  • 18 Francisco de Osuna, Primera parte del abecedario espi...

15Cependant, qu’un proverbe n’ait pas été recensé par Correas mais par Sbarbi ne signifie pas, à coup sûr, qu’il n’était qu’une forme proverbiale au xvie siècle. Il se pourrait qu’il ait simplement échappé à la connaissance du compilateur. Notre corpus nous offre d’ailleurs un exemple particulièrement évocateur : l’occurrence « quien de locura enferma, tarde o nunca sana », absente aussi bien des recueils concomitants que des compilations plus tardives (Sbarbi, Bergua14, Castillo15) était toutefois présente sous une forme analogue dans le Libro del caballero Zifar, plus de deux siècles auparavant : « quien de locura enferma, tarde sana »16. Cette séquence, qui s’est de ce fait maintenue sous une forme quasi identique durant au moins, à notre connaissance, deux siècles, ne peut être considérée comme une production libre et ponctuelle. « Del sabio es mudar el consejo » pourrait engendrer des observations similaires. Une variante de cet énoncé apparaît dans La penitencia de amor17 de Pedro Manuel Jiménez de Urrea en 1514 et dans la Primera parte del Abecedario espiritual18 de Francisco de Osuna en 1528 : « De los sabios es mudar el consejo ». La connaissance de cette structure, au signifiant variable, semble suffisamment répandue pour que, en dépit de son absence (sous l’une ou l’autre de ses formes) du refranero de Correas, elle soit reconnue comme appartenant à la catégorie des énoncés proverbiaux, du moins au xvie siècle. Ce que nous appelons « forme proverbiale » est donc susceptible d’être un proverbe fortement usité mais inconnu de certains compilateurs. Les frontières entre ces deux types de constructions restent très floues, d’autant plus que nos précédentes recherches ont montré que les usages d’un proverbe et d’une forme proverbiale sont strictement les mêmes : influencer les actions ou les pensées de l’interlocuteur, que ce soit au sein d’un processus argumentatif ou préventif. Mais si une forme proverbiale a la même fonction qu’un proverbe, sa non attestation en fait-elle nécessairement un trompe-l’œil ? Le véritable trompe-l’œil ne serait-il pas l’exigence de recensement ? En d’autres termes, l’attestation linguistique est-elle plus essentielle que le fonctionnement discursif ?

Vrai proverbe en langue / faux proverbe en discours… et inversement !

16Il est en effet des proverbes attestés qui, en contexte, perdent leur contenu gnomique. Le propre de la sagesse populaire est de véhiculer un enseignement. Tout énoncé proverbial, nous l’avons souligné, est porteur d’un schéma argumentatif conduisant, par inférence, à ce que John Searle nomme un acte directif. La séquence « Pan por pan y vino por vino » préconise ainsi de s’exprimer clairement, sincèrement, sans détours. Or, dans La Comedia Serafina, elle semble dénuée de toute fonction didactique : « Aora puedes dezir lo que quisieres, que no uso de circunferençias, antes hablo pan por pan y vino por vino al uso de mi tierra. » (Cena Primera). Le proverbe, devenu adverbe de discours équivalent de « claramente », est ici réduit à un emploi « locutionnaire » et se voit donc dépossédé de son essence même. Son signifiant, demeuré intact, est un véritable trompe-l’œil, car il ne reflète en rien la transformation qui s’est opérée au niveau du signifié et, par là même, de son usage. Cet énoncé n’a plus du proverbe que la forme… Il en va de même pour « calla y callemos, que sendas tenemos » qui n’a pas, dans le support textuel évoqué, valeur de conseil mais se limite, en tant que substantif de discours, à une fonction de complément d’objet indirect : « Por el cruçifijo de Burgos que se holgó como si viese el cielo abierto, porque ella bien vido que su [mercaduría] no se podía vender secreta. Y por jugar a calla y callemos, que sendas tenemos, no ay trayción que no hará. » (Cena Sexta). Le langage proverbial ne souligne plus l’inopportunité de reprocher à autrui des défauts également partagés mais se contente de qualifier une activité ludique sans poursuivre aucune visée argumentative ou préventive : le jeu met l’enseignement hors-jeu.

  • 19 Sonia Fournet-Pérot, Etude descriptive des proverbes ...

17Si ces deux séquences sont des proverbes en langue, elles fonctionnent, en discours, comme des locutions (adverbiale ou nominale). Tout serait question d’usage et donc de contexte. L’attestation dans un recueil témoigne d’un degré de figement relativement élevé dans la mémoire collective : elle est un gage théorique de bon usage. Dans la pratique, nous le voyons, cette logique n’est pas toujours respectée. Or, un proverbe est avant tout destiné à être employé au sein d’un raisonnement (explicite ou implicite). Norme générale, il vise l’action particulière de l’énonciataire par la mise en place d’un mécanisme enthymémique interlocutif19 qui ne peut être déclenché qu’en situation de communication. Si ce processus cognitif n’est pas engagé, l’énoncé proverbial se voit dépourvu de toute fonction didactique et, par là même, dénaturé. La sentence est sans appel : un proverbe en langue qui ne sous-tend pas un raisonnement en discours n’est plus un proverbe qu’en façade. En revanche, une forme proverbiale, non attestée parce qu’en cours de figement ou parce qu’ayant échappé aux compilateurs, n’est peut-être pas un proverbe en langue mais en est bel et bien un en discours. Ce serait, en quelque sorte, l’usage qui fait le proverbe et non la compilation extra-contextuelle.

18La matière proverbiale doit de ce fait être employée en tant que telle pour ne pas devenir un leurre, forme sans épaisseur, vidée de son sens premier. Mais, même ainsi, elle peut tromper l’interlocuteur en jouant sur une variabilité sémantique inattendue, car affectant un signifié prétendument figé.

Un proverbe peut en cacher un autre…

19L’insertion d’un proverbe dans un contexte particulier est en effet susceptible d’altérer, en le pervertissant, le sens du proverbe. Le corpus observé dresse le portrait de personnages aux mœurs légères qui usent et abusent de la sagesse populaire dans un discours, parfois cru, dont le thème principal est l’amour sous sa forme charnelle. Le jeune valet Pinardo, travesti en femme, parvient à s’introduire chez Serafina en se faisant passer auprès de la belle-mère de cette dernière, Artemia, pour une malheureuse maltraitée par ses parents. Artemia l’accueille généreusement pour la nuit, lui proposant de partager sa chambre et sa couche. Pinardo, simulant la folie, saisit l’occasion pour assouvir ses désirs et abuser de son hôtesse. La duègne feint verbalement l’ingénuité mais son corps la trahit, comme en témoignent les paroles en aparté du jeune-homme : « tengo neçesidad de tenerme a las crines, está disimulando haziéndose de nuevas. Aosadas, que dizen bien que pajar viejo es malo de apagar » (Cena Cuarta). L’énoncé proverbial, en gras, signifie d’ordinaire métaphoriquement que l’amour, chez les personnes d’âge mûr, est plus fort, plus profond, plus solide. Or, dans le contexte évoqué, il n’est plus question de sentiment mais de sexualité et la portée du proverbe en est déviée. Cet écart quant au signifié original est trompeur car le signifiant, une fois encore, reste fixe. Ce type de modification, voire de corruption, sémantique, relativement fréquente, est toutefois uniquement le fait d’une contextualisation. Or, il est des énoncés qui, intrinsèquement, donnent matière à une double lecture et dont l’unicité interprétative n’est de ce fait qu’illusion.

  • 20 Real Academia Española, Diccionario de la lengua cast...

  • 21 Ibid.

  • 22 Fernando de Rojas, Comedia o tragicomedia de Calisto ...

20Le proverbe « al moso vergonçoso el diablo lo [truxo] a palacio » (Cena Tercera) pourrait ainsi engendrer deux interprétations distinctes construites sur la polysémie de l’adjectif qualificatif « vergonçoso ». En effet, la « vergüenza » pouvait et peut toujours désigner « [el] encogimiento u [la] cortedad para executar alguna cosa »20, c’est-à-dire la timidité, mais aussi, quoi que beaucoup plus sporadiquement « el pundonor o estimación de la propia honra »21, soit la dignité. En fonction de l’acception retenue, le message du proverbe est radicalement différent : le plus souvent, il condamne une réserve excessive, véritable frein à la réussite, comme l’illustre notre texte : « Artemia.- ¿Sóys de aquí de la cibdad, hija, o qué enorabuena queréys en nostra casa ? Entrad, entrad, no ayáis vergüença que, como suelen dezir, al moso vergonçoso el diablo lo [truxo] a palacio » ; ou La Celestina de Rojas : « CELESTINA. Llégate acá, asno. ¿Adónde te vas allá a asentar al rincón ? No seas empachado, que al hombre vergonzoso el diablo le trajo a palacio »22. Mais il arrive aussi qu’il conseille de mettre son honneur de côté si l’on souhaite tirer son épingle du jeu, ainsi qu’en témoigne cet extrait d’une œuvre de Alfonso de Valdés, contemporaine de La Comedia Serafina :

  • 23 Alfonso de Valdés, Diálogo de las cosas acaecidas en ...

ARCIDIANO. Vacaron ciertos beneficios en mi tierra, por muerte de un mi vecino, y fuilos a demandar.
LATANCIO
. Demasiada cobdicia era ésa. ¿ No habíades mala vergüenza de ir a importunar con demandas en tal tiempo ?
ARCIDIANO
. No, por cierto, que hombre vergonzoso el diablo lo trajo a palacio ; y también había muchos que los demandaban, y quise más prevenir que ser prevenido.
LATANCIO
. Agora os digo que es terrible la cobdicia de los clérigos […].23

21L’expression « mala vergüenza » employée par Latancio se réfèrerait davantage à la honte, dans le sens d’effet d’opprobre, de déshonneur, dont est affligé celui qui transgresse une convenance, une règle éthique, en cherchant ici à tirer profit de la mort d’autrui sans que la période du deuil soit arrivée à son terme. L’accusation de vénalité, défaut faisant généralement fi des valeurs morales, conforterait également la glose que nous faisons de la séquence proverbiale : ce n’est pas de la timidité dont l’homme d’église fait la critique en énonçant ce proverbe, mais du sens de l’honneur, qu’on lui reproche justement de ne point avoir ! La polysémie d’un terme, en engendrant une homonymie syntaxique, remet en cause le proverbial figement sémantique de la sagesse des nations. Notre corpus en offre une autre occurrence : « quien se muda Dios le ayuda » (Cena Quinta), où la polysémie du verbe « mudarse » est susceptible de générer une plurivocité. Dans le contexte de l’œuvre étudiée, il recouvre le sens de changer d’état :

Que ni se contentó de que donzella yr al tálamo virgen como el portal de Quarte sino que, aun después con mill autos y hechos desonestos, ensuzió el lecho del noble marido, pues notorio es ansimismo que a su padre de Serafina no le guardó mucha lealtad. Pues, [… q]ual sea su negra vida qual ella lo ha hecho antes y después, que ni se [contenta] con tener en su casa por huésped de que viene a visitar al provisor del obispo, ni se contenta con la demasiada conversación del vicario, ni con la continua visita del guardián de ya sabéys, ni con la amistad antigua del otro cabeçmordido que ya me entendéys, sino que aora de nuevo a tomado al que pide para las ánimas de purgatorio ; y para acabar de subir el paño de color ase refregada con estotro por provar estotro género de gentes de palacio. Y aun avrá dicho con su cara sin vergüença, yo aseguro : quien se muda Dios le ayuda.

22La femme volage dont on dresse le portrait n’est autre que Artemia, marâtre ayant répondu aux avances de Pinardo, laquelle, si elle devait effectivement prononcer pareil énoncé proverbial, le ferait pour vanter les vertus du libertinage. Il s’agit bien ici de changer d’état, mais en passant d’un amant à un autre… La contextualisation gangrène le message initial, en lui donnant en outre un caractère grivois. Ce signifié de « mudarse », ouvert à ce type de détournement car général, est également susceptible d’occasionner une interprétation plus morale, prônant une bonification de l’être, comme en atteste cet extrait de Obra poética de Caraisco de Figueroa datant de 1490-1510 :

  • 24 Bartolomé Cairasco de Figueroa, Obra poética (1490-15...

Dicen que quien se muda Dios le ayuda;
Mas
base de entender esta Mudanza
De
mal en bien, de pecador en justo,
Porque
del Rey supremo es ordenanza
Que
no puede faltar, ni tiene duda,
Ser
misericordioso como justo,
Y
que su grato gusto,
Manifestado
al mundo en dulces modos,
Es
que se salven todos ;
Y
así, quien se mudare del pecado
Al
virtuoso estado,
Tenga
por cierto allá en su pensamiento
Que
Dios ayudará su buen intento.24

23Mais « mudarse » est aussi très souvent compris comme notifiant un déplacement spatial, un changement de lieu. La mutation préconisée n’est alors plus interne mais géographique. Le Libro del caballero Zifar, en 1305, présentait déjà une occurrence validant cette seconde acception :

  • 25 Libro del caballero Zifar…, op. cit., p. 78.

- Mas, señora – dixo el caballero , yo veo que bevimos aquí a gran desonra de nos y con gran pobreza y, si por bien lo toviéssedes, creo que sería bien en nos ir para otro reino do no nos conociessen e quiçá mudaríamos ventura, ca dize el proverbio que quien se muda, Dios le ayuda […].25

  • 26 Gaspar Gómez de Toledo, Tercera parte de la tragicome...

  • 27 Mateo Alemán, Segunda parte de la vida de Guzmán de A...

24Cette interprétation, majoritaire, a perduré à l’époque classique, chez Gómez de Toledo notamment : « Y lo que te quiero dezir es que yo vengo de comprar vn macho muy bueno que te lleuará bien a ti y al hato ; que yo te prometo, no ay tal como salir desta tierra, porque quien se muda Dios le ayuda »26 ; ou encore chez Mateo Alemán : « Volvámonos a casa, que es lo más cierto. Más a cuento me viene mirar por mis baúles y salirme de lugar que no conozco ni soy conocido. Que a quien se muda, Dios le ayuda »27.

  • 28 Citons, par exemple, « Gota a gota, la mar se apoca »...

  • 29 L’interprétation d’un proverbe, nécessairement subjec...

25Ces quelques exemples mettent à jour un trompe-l’œil qui affecte la recherche parémiologique : le figement de la matière proverbiale. La fixité formelle a depuis longtemps été reconnue comme partielle : en butte à la mémoire plus ou moins fidèle des énonciateurs, à leurs habitudes langagières, à l’évolution de leur environnement sociolectal… etc., il est communément admis que le signifiant proverbial, souvent objet de légères modifications, mériterait davantage l’appellation de semi-figé. Le signifié, en revanche, est considéré comme inaltérable. Or, nous l’avons vu, la polysémie, favorisée par l’imprécision de la forme brève, peut être à l’origine d’une homonymie syntaxique. La fréquente opacité sémantique tend également à générer le phénomène28 qui est loin d’être anecdotique. Les proverbes seraient donc résolument des phrases semi-figées, tant morpho-syntaxiquement que sémantiquement, ne recouvrant un sens précis, incident à l’appréhension qu’a le locuteur du message véhiculé29 et à l’emprise du contexte d’insertion, qu’en discours, le temps que dure l’énonciation.

26En conclusion, le trompe-l’œil semble n’avoir de cesse de hanter l’univers proverbial. Dans l’Espagne des Siècles d’Or, la sagesse populaire en fait l’une de ses marottes en dénonçant avec régularité la vacuité des apparences. Le trompe-l’œil n’est pour elle que simulacre – associant erronément aspect sensible et substance – contre lequel elle met en garde en développant soit un raisonnement d’antécédent à conséquent éclairant les ingrédients à même de fomenter l’illusion, soit un raisonnement de type concessif dévoilant, dans un parallélisme morphosyntaxique, sémantique et référentiel parfait, la non adéquation entre ce qui semble être ou devoir être et ce qui est. Le trompe-l’œil est donc proverbial en tant que thème de réflexion qui s’interroge sur l’écart, la non-identité, entre le semblant – faux en l’occurrence – et l’essence, réfractaire à tout rapport synecdotique, ainsi que l’a souligné Platon :

  • 30 Platon, La République [en ligne], Traduction français...

L’imitation est […] loin du vrai, et si elle façonne tous les objets, c’est, semble-t-il, parce qu’elle ne touche qu’à une petite partie de chacun, laquelle n’est d’ailleurs qu’une ombre. Le peintre, dirons-nous par exemple, nous représentera un cordonnier, un charpentier ou tout autre artisan sans avoir aucune connaissance de leur métier; et cependant, s’il est bon peintre, ayant représenté un charpentier et le montrant de loin, il trompera les enfants et les hommes privés de raison, parce qu’il aura donné à sa peinture l’apparence d'un charpentier véritable.30

27Si la raison, le bon sens, incarnés par la parole proverbiale, permettent effectivement de déjouer le piège du trompe-l’œil, le proverbe est également susceptible de servir de patron à d’habiles tailleurs de mots. Les formes proverbiales, constructions ponctuelles, revêtent ainsi l’habit de la sagesse des nations sans pour autant être attestées dans un recueil. Elles épousent le moule proverbial, tant morpho-syntaxiquement que rythmiquement, mais ne sont pas officiellement considérées comme proverbes, bien qu’en en ayant le comportement en situation de communication. Inversement, certaines séquences proverbiales recensées par un/des compilateur/s se voient privées, en contexte, de toute fonction didactique. L’illusion semble se fonder, à nouveau, sur une disjonction : entre non-attestation, signifiant et usage, dans le premier cas ; entre attestation, signifiant et non-usage, dans le second. Or le propre du langage proverbial est de sous-tendre un raisonnement : contrairement à l’attestation qui s’avère un critère d’identification subjectif et donc, par nature, artificiel, partial et partiel, la transmission d’un enseignement est une condition sine qua non, essentielle de tout proverbe. L’imitation peut donc être à tel point parfaite qu’elle égale le modèle, alors que le modèle, tout parfait qu’il soit en langue, peut n’être qu’un pâle ersatz de lui-même en discours, arborant un signifiant identique, trompeur car vide de contenu gnomique. Et lorsque la fonction didactique demeure, elle peut être à son tour un trompe-l’œil, puisqu’elle ne prend sens qu’au moment de l’énonciation de la séquence proverbiale, rejetant toute adéquation radicale entre l’unicité du signifiant et celle du signifié. Le contexte et l’homonymie syntaxique favorisée par la brièveté de la forme fondent la plurivocité de la matière proverbiale, substance linguistique sémantiquement adaptable et donc déformable, versatile, insaisissable, car source d’une pluri-interprétabilité. « Méfiez-vous des apparences ! », tance le proverbe, sans toutefois percevoir que cette mise en garde lui est applicable. Il dénonce le simulacre, afin de mettre à nu la vérité, sans voir que ce qu’il pense réel peut n’être qu’illusoire (mauvais usages, usages détournés, signifié semi-figé) et que la chimère (l’imitation proverbiale) peut prendre corps et vie. La catégorisation selon l’attestation, le bon usage, l’exacte correspondance signifiant/signifié, l’invariabilité sémantique sont des mirages, qui, s’ils sont fallacieux, n’en sont pas moins, en tant que tels, séduisants et rassurants, d’où, peut-être, la puissance du trompe-l’œil. Comme dit le proverbe : Mal me quieren mis comadres, porque las digo las verdades ; bien me quieren mis vecinas, porque las digo las mentiras… 

Bibliographie

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Notes

1 Pour plus de détails, voir Louis Combet, Recherches sur le Refranero castillan, Paris : Société d’édition Les Belles Lettres, 1971.

2 Ibid., p. 98.

3 La comedia Serafina (1521) [en ligne], Edición de José Luis Canet, Anexos de la Revista Lemir, Universitat de València, 2003, ISSN 1579-735X, dernière mise à jour : 2012, disponible sur : <http://parnaseo.uv.es/Lemir/Textos/Serafina/Index.htm> (consulté le 18 juin 2012).

4 Définition du thème, développement, conclusion.

5 Marcelino Menéndez y Pelayo, « La Celestina [estudio] » [en ligne], Orígenes de la novela (1905-1910), Tomo 3, Biblioteca Virtual Miguel de Cervantes, Edición digital basada en la de Madrid, CSIC, 1941, p. 255, dernière mise à jour : 2003, disponible sur : <http://www.cervantesvirtual.com/obra-visor/la-celestina-estudio-0/html/ffe2d08c-82b1-11df-acc7-002185ce6064_4.html> (consulté le 15 juin 2012).

6 Le trésor de la langue française informatisé [en ligne], CNRS, Atilf, Université de Lorraine, dernière mise à jour : 2003, disponible sur <http://atilf.atilf.fr/tlf.htm> (consulté le 18 juin 2012).

7 Gonzalo Correas, Vocabulario de refranes y frases proverbiales (1627), Edición Louis Combet revisada por Robert Jammes y Maïté Mir-Andreu, Madrid : Editorial Castalia, 2000.

8 La non-gradabilité de ce genre de schéma est due à la présence de verbes ou de groupes verbaux conclusifs ou ponctuels n’acceptant pas de quantification.

9 Aunque bobo, no en todo, ni del todo (A 2313). Aunque bobo, no tanto que nos sepa cuántas son cuatro (A 2314). Aunque callo, piedras apaño (A 2316). Aunque el águila vuela muy alta, el halcón la mata (A 2319). Aunque la garza vuela muy alta, el halcón la mata (A 2326). Aunque la mona se vista de seda, mona se queda (A 2328). Aunque me río, regaño con el frío (A 2341). Aunque muda el pelo la raposa, su natural no despoja (A 2350). Aunque soy grande, soy estambre (A 2368). Aunque soy manca de la mano, no de la calderita del rabo (A 2369). Aunque soy tosca, bien veo la mosca (A 2370). Aunque tengo malas piernas, bien visito las tabernas (A 2375). Bien se me entiende todo, aunque me hago bobo (B 231). Bobo pero no en todo (B 270). Como la manzana, de dentro podrida, de fuera sana (C 737). Debajo de mi manto, al rey me mato (D 168). Debajo de miel, hay hiel (D 170). Debajo del buen sayo está el hombre malo (D 171). Detrás de la cruz está el diablo (D 199). El buen traje encubre el mal linaje (E 278). El hábito no hace al monje (E 597). El lobo muda de pelo, mas no el celo (E 736). El lobo pierde los dientes, mas no las mientes (E 738). El pelo muda la raposa, mas el natural no despoja (E 987). Hombre cano, ni viejo ni sabio (H 510). La mona, aunque la vistan de seda, mona se queda (L 452). Máguera loco, no del todo (M 40). No es el diablo tan feo como le pinta el miedo (N 551). No es oro todo lo que reluce, ni harina lo que blanquea (N 580). No es tan bravo el león como le pintan (N 593). No es todo oro lo que reluce (N 599). No es villano el de la villa, sino el que hace villanía (N 604). No fíes de la fortuna, mira que es como la luna (N 629). No fíes en día claro, ni en culo de vieja mal vezado (N 633). No hace el hábito al monje (N 647). No hay mujer, por buena que sea, qua cuando se mea no se pea (N 795). No soy tan boba como me hace la toca (N 1237). No soy tan bobo como me hace el sayo (N 1238). No todos los canos son viejos y sabios (N 1296). No todos los letrados son sabios (N 1297). Parece bobo, y come de todo (P 230). Parecéis molinero, amor, y sois moledor (P 235). Piel de oveja, carne de lobo (P 493). Pierde el lobo los dientes, mas no las mientes (P 509). Piérdense los dientes, mas no las mientes (P 512). Por buen día que haga, no dejes la capa en casa (P 662). Por dama que sea, no hay ninguna que no se pea (P 678). Por las obras, no por el vestido, el hipócrita es conocido (P 781). Por pulido, pulido que sea, no hay culito, culito que no se pea (P 845). Quien blanquea entre las ollas, negrea entre las otras (Q 229). Ratones, arriba, que todo no es harina (R 22). Reniego de grillos, aunque sean de oro fino (R 85). Reniego del amigo que cubre con las alas, y muerde con el pico (R 95). Reniego del necio que se echa con la mujer del cuerdo (R 96). Todo lo blanco no es harina (T 397). Correas, op. cit.

10 La notion de topos, empruntée aux Topiques d’Aristote, désigne des principes généraux admis au sein d’une communauté linguistique et servant d’appui à l’argumentation. Règles d’inférence, ils autorisent ainsi le passage d’un argument à sa conclusion.

11 Nous avons eu recours à cette appellation dès notre mémoire de Maîtrise : Sonia Fournet, Proverbes et locutions espagnols, Travail de Recherche en Linguistique en vue de l’obtention de la Maîtrise d’Espagnol, sous la direction du Professeur Dolores Ligatto, Limoges : 1999. Ces séquences non recensées par des compilateurs doivent être distinguées des proverbes, lesquels sont susceptibles d’être variables, c’est-à-dire d’admettre de légères modifications syntaxiques, lexicales et / ou pragmatiques n’altérant pas leur sens et n’entravant pas leur identification, et dont nous pouvons rencontrer diverses variantes dans les « refraneros ».

12 Charlotte Schapira, « Proverbe, proverbialisation et déproverbialisation », Langage, Septembre 2000, no 139, p. 81-97.

13 José María Sbarbi y Osuna, El libro de los refranes, Madrid : Librería de D. León Pablo Villaverde, 1872.

14 Juan Bergua, Refranero español, Madrid : Ediciones Ibéricas, 1992.

15 Jorge Garza Castillo, Refranero español, Barcelona : Edicomunicación, 1999.

16 Auteur anonyme, Libro del caballero Zifar (1300-1305), Madrid : Edición de Joaquín Gonzáles Muela, Clásicos Castalia, 2000, p. 293.

17 Pedro Manuel Jiménez de Urrea, La penitencia de amor (1514), Madrid : UNED-Universidad de Sevilla-Universidad de Valencia, 1993, p. 152.

18 Francisco de Osuna, Primera parte del abecedario espiritual (1528), Madrid : Cisneros, 2004, p. lxxr.

19 Sonia Fournet-Pérot, Etude descriptive des proverbes dans la littérature hispanique médiévale et pré-classique et de leur fonctionnement au sein des mécanismes de l’argumentation, Thèse sous la direction de Dolorès Ligatto, Limoges, 2005, p. 219-237.

20 Real Academia Española, Diccionario de la lengua castellana [en ligne], 1739, Tomo sexto, p. 464, dernière mise à jour : avril 2005, disponible sur : <http://ntlle.rae.es/ntlle/SrvltGUIMenuNtlle?cmd=Lema&sec=1.0.0.0.0..> (consulté le 16 juin 2012).

21 Ibid.

22 Fernando de Rojas, Comedia o tragicomedia de Calisto y Melibea (La Celestina) (1499), Madrid : Edición de Doroty S. Severin, Cátedra Letras Hispánicas, 2002, p. 206. Cet énoncé appartient à la catégorie des proverbes dits variables, c’est-à-dire possédant différentes formes, lesquelles ne se distinguent que par de légères modifications syntaxiques, lexicales et/ou pragmatiques, ce qui explique l’alternance « moso » / « hombre », « truxo » / « trajo »… etc.

23 Alfonso de Valdés, Diálogo de las cosas acaecidas en Roma (1527-1529), Madrid : Cátedra, 1992, p. 228, in : Real Academia Española, Corpus diacrónico del español (CORDE) [en ligne], dernière mise à jour en avril 2005, disponible sur : <http://www.rae.es> (consulté le 15 juin 2012).

24 Bartolomé Cairasco de Figueroa, Obra poética (1490-1510), Madrid : Biblioteca de autores españoles, 1857 (in : CORDE, ibid.).

25 Libro del caballero Zifar…, op. cit., p. 78.

26 Gaspar Gómez de Toledo, Tercera parte de la tragicomedia de Celestina (1536), Philadelphia : University of Pennsylvania Press, 1973, p. 128, (in : CORDE, op. cit.).

27 Mateo Alemán, Segunda parte de la vida de Guzmán de Alfarache. Atalaya de la vida humana (1604), Madrid : Cátedra, 1987, p. 358 (ibid.).

28 Citons, par exemple, « Gota a gota, la mar se apoca ». Dans La Dorotea de Lope de Vega, ce proverbe préconise la tempérance (Lope Félix de Vega Carpio, La Dorotea (1632), Madrid : Edición de Edwin S. Morby, Clásicos Castalia, 1988, Acto Tercero, Escena Tercera), alors que, à la même époque, Correas (1627), dans son refranero, précise que cette séquence fait l’éloge de la persévérance. L’énoncé proverbial, métaphorique, accepte effectivement cette double lecture, pourtant contradictoire.

29 L’interprétation d’un proverbe, nécessairement subjective, peut donc générer des utilisations des plus inattendues, frôlant parfois le contre-sens et causant l’incompréhension de l’interlocuteur. La comédie étudiée en offre un exemple significatif : « Pues dés prisa, que por mucho madrugar no amanece más ayna. » (Cena Quarta) L’énoncé proverbial, en gras, est porteur d’un schéma du type [Bien qu’on se lève tôt, le jour ne se lève pas plus vite] ; autrement dit, rien ne sert de se hâter. Or, la conclusion factuelle inférée exprime l’idée inverse…

30 Platon, La République [en ligne], Traduction française Robert Baccou, Livre X, 598b-598c, dernière mise à jour le 6 décembre 2009, disponible sur : <http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep10.htm> (consulté le 11/06/2012). Texte original : « Οἷον ὁ ζωγράφος, φαμέν, ζωγραφήσει ἡμῖν σκυτοτόμον, τέκτονα, τοὺς ἄλλους δημιουργούς, περὶ οὐδενὸς τούτων ἐπαΐων τῶν τεχνῶν· ἀλλ’ ὅμως παῖδάς γε καὶ ἄφρονας ἀνθρώπους, εἰ ἀγαθὸς εἴη ζωγράφος, γράψας ἂν τέκτονα καὶ πόρρωθεν ἐπιδεικνὺς ἐξαπατῷ ἂν τῷ δοκεῖν ὡς ἀληθῶς τέκτονα εἶναι ».

Pour citer ce document

Sonia Fournet Pérot, «L’habit fait-il le moine ?», Líneas [En ligne], Numéros en texte intégral /, Trompe-l'oeil et vérité, mis à jour le : 10/12/2017, URL : https://revues.univ-pau.fr/lineas/721.

Quelques mots à propos de :  Sonia  Fournet Pérot

Sonia Fournet Pérot - Parémiologie, proverbe, pragmatique, logique naturelle, argumentation

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Université de Limoges

CeReS (Centre de Recherches Sémiotiques)