XIXe
Agrégation 2019
N° 19, automne 2018

Alex Lascar

Le Cousin Pons, « scène de la vie privée »

  • 1 Le ou les chiffres qui, dans le corps du texte, suiven...

  • 2 « Le jeune avocat sans causes, le jeune médecin sans c...

  • 3 Un couple comme celui que forment Pons et Schmucke est...

1Le Cousin Pons initialement paru en feuilletons, puis en librairie, comme deuxième partie (ou épisode) de l’Histoire des parents pauvres ou sous le titre Les Parents pauvres, est intégré en 1848 dans l’édition Furne de La Comédie Humaine et placé, évidemment sans changement ultérieur, dans les Scènes de la vie parisienne. En traiter sous l’angle de la vie privée est donc au premier abord paradoxal (mais on ne saurait oublier que le classement balzacien fluctua : ainsi, par exemple, Le Père Goriot entra en 1843 au t. IX de La Comédie humaine parmi les Scènes de la vie parisienne ; c’est seulement dans le Catalogue des ouvrages que contiendra La Comédie humaine de 1845 que Balzac le fit passer dans les Scènes de la vie privée). Le roman se passe à Paris intra muros et seulement à Paris. C’est dans une grande ville, et plus encore dans la capitale, où les maisons riches sont si nombreuses, qu’a pu se déployer l’activité de dîneur de Pons. Sans doute découvre-t-on en province d’admirables trésors (voir par exemple La Rabouilleuse), mais Paris est un marché si vaste : les brocanteurs y apportent, indistinctement, les dépouilles d’une vaste contrée, et là Pons, aux aguets, peut vraiment flâner et « bricabraquer » (104)1 tout à loisir. Balzac intitule bien le chapitre ouvrant l’histoire du docteur Poulain (XLII) : « Histoire de tous les débuts à Paris2 », et deux des chapitres, sordides et sinistres, traitant de l’enterrement de Pons : « Où l’on apprendra comment on meurt à Paris » (LXVIII) et « La mort est un abreuvoir pour bien des gens à Paris » (LXX). Près de la moitié du Cousin Pons (du chapitre XLIV à la fin, 226-383) est consacrée aux manœuvres passionnantes et terribles autour de l’héritage du héros qui se meurt : tous savent maintenant l’immense valeur de sa collection ; elle est peut-être « l’héroïne » du roman (381). L’affaire est privée : elle déchaîne les désirs forcenés des étrangers, de la famille3 ; elle est dominée par la Loi, par le Code. Mais ce qui se joue là est dans un lien étroit, essentiel, avec l’avant-scène (du début jusqu’au chapitre XLIII), où le lecteur est confronté à l’obscure psychologie des protagonistes, Pons et Schmucke, où il découvre la vie personnelle, les problèmes aigus et cachés des Cibot, des Camusot, de quelques autres acteurs, bientôt de premier plan. Le Cousin Pons est donc pour une bonne part une scène de la vie privée.

Aperçus de la vie privée, du Marais à la rue de Hanovre

2Balzac nous mène quelques instants « dans une de ces affreuses localités qu’on pourrait appeler les cancers de Paris » (366), derrière la Porte Saint-Martin, mais surtout dans le Marais et aussi dans un quartier, sinon huppé, du moins fort bourgeois, celui des Camusot.

  • 4 Par ailleurs on entre chez Fraisier, l’avocat dont l’e...

3Le romancier se met peut-être dans les pas d’Eugène Sue (Les Mystères de Paris, 1843 ; Le Juif errant, 1844), en nous introduisant cité Bordin, chez Topinard, un gagiste (le « garçon chargé de mettre les partitions sur les pupitres à l’orchestre », 346) du théâtre où travaille Pons. On nous décrit précisément (366-368) ce logis dans l’ensemble misérable où l’on devine les aléas et les difficultés de la vie privée (dès l’âge de six ou sept ans l’aîné des enfants « joue le rôle de la mère vis-à-vis de ses sœurs et de ses frères », 368). Pons et Schmucke, les Cibot, le docteur Poulain et Fraisier habitent le Marais, quartier central mais paradoxalement très excentré. On suit le romancier chez le docteur Poulain (au chapitre XLII), rue d’Orléans (non loin de chez Pons), homme de réel talent mais médecin pauvre d’un arrondissement modeste, courant après quelques honoraires, et dont l’intérieur peu reluisant (le mobilier n’a pas été renouvelé depuis l’Empire, autrement dit depuis quarante ans) et dont les habitudes patentes d’économie domestique diminuent encore la considération qu’on pourrait avoir pour lui dans ces parages. On le surprend même au moment du repas, et Balzac de détailler les mets, les moins coûteux, de sa pauvre table. Dédaigné, méconnu, ce « domestique pour tout faire » (155) vit donc horriblement frustré (il avait dans le visage, ce « parchemin jaune », les « yeux ardents de Tartuffe et l’aigreur d’Alceste », 218), d’où plus tard sa participation au complot contre Pons. Une seule lueur dans cette existence (l’une des rares du roman) : l’amour, le dévouement absolus, la sublime tendresse de sa vieille mère qu’il adore, une héroïne secrète de la vie privée4.

  • 5 « Je n’ai pas d’enfant, et je puis le dire, c’est la f...

4Les portiers de Pons et Schmucke, rue de Normandie, les Cibot, ont en 1844, lui cinquante-huit et elle quarante-huit ans. Cibot occupe sa loge depuis 1818. Elle, belle écaillère (qui eut des aventures), l’épousa, par amour, en 1824 à vingt-huit ans (mais elle avoue aussi qu’en quête de sécurité, elle voulut être « logée et chauffée dedans une bonne loge », 99). C’est un mariage légitime et non « un mariage de théâtre » comme celui des Topinard (368). Ils sont parfaitement unis, et quand meurt Cibot (en même temps que Pons) elle est réellement émue, mais c’est elle qui a toujours mené la danse. À ses émoluments, modestes, Cibot joint les profits de son métier de tailleur, honorablement renommé dans son quartier. Ils grappillent par ailleurs, honnêtement, et l’arrivée de Pons et Schmucke en 1836 ajoute à leurs bénéfices (aussi les deux compères sont-ils longtemps par eux vénérés). En fait leurs revenus font de ces portiers, dans le quartier, des gens estimés, et peut-être presque enviés. Malgré l’ardeur amoureuse de Cibot, ils n’ont pas eu d’enfant5 : cela eût compromis leur situation et leur autre plaisir. Car ils consacrent tout ce qu’ils gagnent à la nourriture, ils n’aiment que le fin et le délicat (et voilà entre eux et Pons un secret point de rencontre). D’ailleurs Mme Cibot est une remarquable cuisinière (ce qui sans doute lui attache son mari). Mais finalement ils n’ont pas d’économies. Et alors que pour Cibot, fatigué, comme déjà « rabougri » par sa vie végétative (96), s’annonce la retraite, une complète misère est à l’horizon. Aussi, par une sorte de logique sinistre, implacable, quand se présente l’occasion, l’honnête Mme Cibot, pour capter l’héritage de Pons, bascule-t-elle dans la bassesse et d’infâmes manœuvres criminelles. Mais rue de Normandie existent aussi des rivalités amoureuses : Rémonencq, ferrailleur-brocanteur au rez-de-chaussée, auvergnat maigre, avare et madré, qui voudrait tripler ses capitaux, rêve des « beaux bras » de Mme Cibot (elle n’est pas tout à fait insensible à l’hommage). Pour la séduire, il joue de sa cupidité (car il connaît, lui, la valeur du musée Pons). Il voudrait se débarrasser du mari, épouser, veuve, « l’appétissante portière » (294), l’installer au comptoir d’un beau magasin sur le boulevard : il réussira dans ces trois entreprises.

  • 6 Comme par exemple, entre autres, Juana Diard (Les Mara...

5Rue de Hanovre, près de la Chaussée d’Antin, chez les Camusot, s’accumulent contre Pons des rancœurs d’autant plus tenaces qu’elles tiennent à des riens. Pons, non sans indiscrétion, les appelle souvent « cousins » (ils le sont … un peu). Or cette proximité, cette familiarité, de la part d’un si mince personnage, la présidente ne peut les supporter. Elle trouve contre Pons une alliée (qui est en même temps son ennemie à elle) en la personne de Madeleine Vivet, femme de charge et femme de chambre des Camusot depuis leur mariage, mais qui veut se démarquer de la simple domesticité : elle porte un « crispin en velours » (202), ce qui indigne Mme Cibot ; tous les rangs sont donc confondus ! Elle a voulu à toute force épouser Pons, chose surprenante. Mais, elle-même sorte de parente pauvre « par alliance », « elle appartenait trop à la famille pour ne pas avoir des raisons de s’en venger. Ce désir de jouer à l’orgueilleuse et ambitieuse présidente le tour d’être la cousine de Monsieur devait cacher » une haine sourde (81). Elle a fait miroiter au bonhomme Pons son petit capital, mais en vain. De là contre lui, avec l’aval de la présidente, cette haine implacable, si active au quotidien à travers brimades, humiliations et complots délibérés. Dans le roman, on sait au fond fort peu de choses sur la vie personnelle des Camusot de Marville (mais ce sont des personnages reparaissants, on a vu à l’œuvre la médiocrité, les atermoiements du futur président, l’esprit de décision et d’intrigue, l’entregent de Mme Camusot dans Le Cabinet des Antiques, dans Splendeurs et misères des courtisanes). Ils ont perdu un fils et toute leur affection, leur vanité, se sont reportées sur leur fille Cécile. Chez la présidente en 1844, « ardente seulement aux honneurs et [on peut le souligner] enragée d’être vertueuse », faussement dévote, quelle « sécheresse d’âme et de corps » (131) ! C’est une de ces héroïnes balzaciennes6, elle au demeurant sans véritable envergure, mais bien supérieure à son mari (dont les capacités sont jugées très médiocres par sa hiérarchie). Elle a pour lui un profond dédain et domine souverainement au logis, mais a l’habileté de lui laisser parfois l’apparence d’une feinte autorité (« le président déploya toute sa majesté maritale et judiciaire, en déclarant à ses gens qu’ils seraient chassés, et qu’ils perdraient ainsi tous leurs avantages […] si, désormais, son cousin Pons et tous ceux qui lui faisaient l’honneur de venir chez lui n’étaient pas traités comme lui-même. Cette parole fit sourire Madeleine [Vivet]. » (122).

Pons et Schmucke

  • 7 Paris comptait douze arrondissements, jusqu’en 1860. L...

6Le roman devait s’appeler d’abord « Les Deux musiciens ». Mieux encore Balzac aurait aimé l’intituler « Les Deux amis », mais, écrit-il, son admiration pour La Fontaine était trop grande pour qu’il voulût lui faire pièce (68). Le lien entre Pons et Schmucke fut tardif (ils se découvrent en 1834, le premier a cinquante ans et l’autre à peu près le même âge), se déploya vite (« ils furent en huit jours comme deux frères », 69), resta indéfectible jusqu’à la mort (Schmucke ne survivra guère à Pons). Il est au cœur de l’œuvre. Paradoxalement, le roman est l’histoire de deux hommes qui n’eurent pas de vie privée. Pons est étonnamment laid (55) et Schmucke l’est plus encore (aussi n’est-il pas décrit) : il était à Pons ce que « la nourrice de Niobé […] est à la Vénus de la Tribune [du Vatican] » (71). Pons n’a donc jamais osé exprimer sa tendresse à aucune femme, n’a jamais eu ni amour ni liaison (même si dans sa jeunesse en Italie il connut quelques aventures, peut-être vénales, et Balzac de dire cruellement : « le climat fut sans doute la raison de ses succès », 67). Sur Schmucke on en sait moins encore. Le maître de piano éprouva une affection profonde, durable, pour quelques-unes de ses jeunes élèves, mais voilà tout (personnage reparaissant de La Comédie humaine, on le rencontrait déjà dans Une fille d’Ève en 1838). Pour Pons, en tout cas, « le célibat fut moins un goût qu’une nécessité » (67). Et « il contracta le seul mariage que la société lui permît de faire, il épousa un homme, un vieillard, un musicien comme lui », Schmucke (68). On parlait au XIXe siècle de mariages du XIIIe arrondissement7, peut-être faudrait-il inventer pour nos deux héros l’expression : « mariage du XIVe arrondissement ».

  • 8 On peut se demander si l’idée d’intituler une œuvre Ph...

  • 9 M. Lucey, « Drôles de cousins » in Actes de la recherc...

7On suppose que Schmucke éprouve un véritable manque affectif, au long de son existence, puisqu’enfin la découverte de Pons, son âme-sœur, le ravit. L’idée d’avoir Pons pour lui tout seul (cela durera trois mois après la rupture avec les Camusot) le transporte d’enthousiasme : son amitié est absolument passionnée. En tout cas, avant sa rencontre avec Pons, il semble avoir vécu une vie neutre, sans entraînement ni pulsion, et cela intrigue vraiment. En revanche la passion, si éclairée, si perspicace, de la collection et des œuvres d’art, contractée à Rome, quand il était pensionnaire de l’Académie de France (il avait un peu plus de vingt ans), nourrie lors de son second séjour en Italie, ne quitta plus Pons à son retour à Paris en 1810. Elle durait encore en 1844. C’était une « manie », de celles qui permettent de boire encore, d’autre manière, à « La coupe du plaisir » et où l’on retrouve « le lingot du bonheur en petite monnaie » (62-63). La chasse aux beaux objets cachés est peut-être aussi pour lui le substitut de la quête amoureuse, la découverte et l’entrée en possession sont l’équivalent de la possession sensuelle. Et d’ailleurs E. Magus, son rival prêt à tout, mais le seul qui l’égale par les connaissances, le goût, l’adoration du beau, éprouve des sensations analogues : il a devant les chefs-d’œuvre des éblouissements qui tiennent du coup de foudre et de la fascination (205-206). Pour les « prodiges du travail », Pons éprouvait « l’amour de l’amant pour une belle maîtresse ». Il « possédait son musée pour en jouir à toute heure » avec « la faculté sublime des vrais amants » (62) et l’auteur ne dit pas autre chose de Magus (chapitre XXXV). Mais surtout, depuis son retour de Rome, en 1810, « la bonne chère et le Bric-à-Brac furent » pour Pons « la monnaie d’une femme » (67). Devenu gourmand (et gourmet), « esclave » d’un « des sept péchés capitaux » (63), il était même « gastrolâtre » (67). Alors Balzac, se référant à Brillat-Savarin qui l’intéressait depuis longtemps8, évoque « le plaisir que l’homme trouve à table » mais il note, allant plus loin que lui : « la digestion, en employant les forces humaines, constitue un combat intérieur qui, chez les gastrolâtres, équivaut aux plus hautes jouissances de l’amour » (67). « Il lui faut [et donnons au verbe toute sa force] un bon dîner à déguster comme à un galant une maîtresse à lutiner » (71). En fait « des concepts psychanalytiques comme la sublimation et le déplacement s’offrent irrésistiblement – ils sont pratiquement offerts par le texte lui-même pour expliquer » les deux passions de Pons9.

  • 10 Ibid.

  • 11 Peut-être ici est-il utile, pour apprécier la formule...

  • 12 Sa douleur est aussi violente que celle de Jacques Co...

  • 13 M. Lucey, art. cit ., p. 51.

8Ici, comment ne pas poser la question que se pose sans doute tout lecteur : « quelle est l’étrange nature de la sexualité difficilement lisible de Pons10 » ? Balzac le laisse entendre, allusivement, à travers l’idée de mariage, en notant par exemple que les deux hommes « conversaient […] à la manière de deux amants11 », que « Pons prit la main de Schmucke, la mit entre ses mains, il la serra par un mouvement où l’âme se communique tout entière, et tous deux ils restèrent ainsi pendant quelques minutes, comme des amants qui se revoient après une longue absence » (104) : les passions de Pons couvrent peut-être une homosexualité latente. Mais en même temps jamais le roman ne lui évoque de camaraderie ou d’amitié masculine, jamais on ne laisse penser que ses aspirations n’aient pas été hétérosexuelles. « Allez, vous aimez les femmes ! » lui dit Mme Cibot. – Ah ! oui, dit Pons, et je n’en ai jamais eu » (199), et, près de sa fin, il confie : « J’aurais tant aimé une femme, des enfants, une famille » (310). Le romancier parle du passé de Pons, Pons parle un peu de lui-même. De Schmucke on ne sait pratiquement rien. On est simplement confronté après la mort de Pons à l’expression de sa douleur hyperbolique, bouleversante, si vraie12, celle d’un être qui apparaît séparé de sa moitié, douleur qui semble dépasser de loin les expressions habituelles de l’amitié. Mais nous sommes là, il faut le souligner, dans le domaine des impressions. En fait Balzac émet et dénie « tout à la fois la possibilité de l’homosexualité de Pons » [et de Schmucke]13. Ce n’est sans doute pas chez lui timidité, respect des bienséances, c’est plutôt respect de l’inconnaissable vérité des êtres. Il avait fort allusivement parlé de l’homosexualité de Vautrin dans Le Père Goriot, clairement dans Illusions perdues, plus encore dans Splendeurs et misères des courtisanes (1846), et dans La Comédie humaine (depuis La Fille aux yeux d’or), il n’avait guère été timide dans l’évocation des « déviances ». Ce romancier que l’on dit omniscient nous dit, face à Pons et à Schmucke, qu’il ne sait pas, que peut-être on ne peut savoir, qu’il est de nécessaires questionnements sans réponses. Là est aussi sa grandeur.

  • 14 Avant d’œuvrer pour sa « cousine » Cécile, il a peut-...

  • 15 Et en lui garantissant son héritage, ce qu’il réaffir...

9La journée de Pons, même éclairée de la découverte, miraculeuse, d’un objet admirable, est frappée d’une radicale incomplétude, s’il ne connaît, le soir, le plaisir d’une table raffinée. Au fil des ans, de 1810 à 1844, pour satisfaire ce besoin, psychologiquement et physiquement vital, il sera donc prêt (c’est la trame même du roman) à rendre tous les services14, à subir les compromissions, les « capitulations infâmes (66), les avanies croissantes, secrètement dévorées ; et la découverte en 1835 d’un alter ego auprès duquel il puisse s’épancher est donc un grand bonheur dans sa vie. Mais en 1844 (c’est le début de l’action), il connaît une humiliation majeure, d’abord insurmontable, directement liée à ce goût invétéré de la bonne chère. Il sait qu’il doit, de plus en plus, mériter ses invitations, et afin de se les assurer pour longtemps, il offre à la présidente Camusot, sa « cousine », l’éventail, inestimable, de Madame de Pompadour : il a déniché, découvert ce chef-d’œuvre, il l’a « inventé ». Or l’inculte présidente tient cet objet pour chose négligeable, puis n’en veut considérer que la valeur marchande. Pons est donc blessé au vif dans son être même ; son art d’antiquaire est bafoué, nié. De plus, et cette fois, il ne peut biaiser, il comprend que la présidente et sa fille, Cécile, ainsi que les domestiques, au salon et dans la loge, se raillent de lui dans son dos : il n’est qu’un vieux pique-assiette, un parent pauvre. Il se cabre et ne revient plus rue de Hanovre, ni nulle part ailleurs. Il rentre donc auprès de Schmucke, rue de Normandie, dans la vie privée, mais, au bout de trois mois, une telle vie est pour lui privée de goût, de sens, de vie. Il est « triste, moribond » (125). Le président cependant finit par offrir excuses et réconciliation. Contrainte, toute la « maison » y souscrit, apparemment. Pons guérit dans l’instant. Enchanté, et sans s’être abaissé, il retrouve ses habitudes. Mais il le sait : plus que jamais, il doit assurer l’avenir de ses dîners. Il s’acquerra donc la reconnaissance éternelle des Camusot en mariant brillamment Cécile15. Il est tout près de réussir (« Ah ! ils auront d’immenses obligations à leur pique-assiette, se dit-il », 130). Mais l’échec va le mener à la catastrophe.

La mise en scène du privé : le mariage de mademoiselle Cécile Camusot de Marville

10Cécile a vingt-trois ans. Elle n’a pas convolé. On s’étonne de cette complète anomalie. Pour garder figure, la Présidente invente maints prétextes, mais elle est à bout de ressources. Elle s’exaspère et ne cesse de se plaindre, en privé, devant Pons. Ce mariage devient une obsession pour les Camusot. La Présidente avoue même au « cousin » qu’elle est « disposée à prendre pour sa fille aveuglément les partis qui se présenteraient. Elle allait jusqu’à regarder comme une bonne affaire un homme de quarante-huit ans, pourvu qu’il eût vingt mille francs de rente » (92). Pons de s’étonner ! En fait les Camusot viennent de se voir infliger un nouveau refus : « on ne veut point nous donner un jeune homme qui jouit de trente mille francs de rente [venus de sa mère] en attendant la fortune du père » (93).

  • 16 Cécile, apprenant sa probable union avec Brunner, « é...

11En fait, comme le notaire Berthier l’explique à Pons (126-127), avec cent mille francs de dot, Cécile est une sorte de « parente pauvre ». La somme produit trois ou cinq mille francs de revenu. Or, en raison des dépenses que demande la vie de la capitale, pour un jeune couple, c’est presque la misère. Mademoiselle Thirion, la Présidente, s’était mariée à Camusot avec vingt mille francs de dot, mais c’était en 1819 et elle était la fille d’un huissier du roi, ce qui donnait au petit avocat parisien l’espoir d’un poste dans la magistrature en province ; voir Le Cabinet des antiques). Sans doute un facteur peut-il jouer : l’amour, le désir ; mais « mademoiselle de Marville laisse à ses prétendus le cœur assez tranquille » (128). Cécile est « un peu rousse » (78), en fait même « très rousse » et son « maintien entaché de pédanterie affectait la gravité judiciaire et se sentait de la sécheresse de sa mère » (90). Si elle devient « presque jolie », c’est par l’espérance d’un mariage riche (131)16.

12Pons rencontre un allemand, un homme mûr, célibataire, immensément riche (son père a fait fortune dans les chemins de fer badois), légèrement ennuyé. Il jette son dévolu sur lui, et croit (ou décide de) voir sur sa physionomie « des aspirations au bonheur de la famille » (130). Il propose Cécile, et même organise chez lui une rencontre, tout à fait inattendue, entre la mère, la fille et le prétendant.

13Balzac, dans un de ces retours en arrière qui lui sont familiers et dont le lecteur comprendra un peu plus tard toute la nécessité, revient sur l’histoire de Frédéric Brunner. Fils d’une belle juive de Francfort, il a perdu très tôt sa mère. Son père, un très riche aubergiste, s’est remarié. La seconde et jeune épouse, fille unique et despotique, fait vite, et sans jamais faiblir, le tourment de son mari. Elle prend en haine le jeune Frédéric, ne lui épargne ni avanies ni souffrances, d’autant qu’elle ne peut avoir d’enfant. Dès qu’il est adolescent, « mue par une pensée diabolique » (113), elle décide donc de cultiver, d’attiser, son penchant assez naturel à la dissipation. Il s’adonne avec fièvre aux amours, à la boisson, au jeu. Il a hérité d’un oncle. Il se ruine totalement. Son père et la ville de Francfort lui refusent le moindre secours. Il s’enfuit en France, y retrouve son ami Schwab et tous deux dépensent allègrement, médiocrement, intégralement, les cinq cent mille francs de l’héritage de Schwab. Ils finissent à Paris, teneur de livre et flûtiste (ainsi Schwab rencontre-t-il Pons). Mais M. Brunner père meurt. Frédéric hérite. Il fait don de cinq cent mille francs à Schwab. Aux yeux de Brunner en tout cas, qui s’exempte de la moindre responsabilité personnelle, tout son malheur durant tant d’années vient de cette marâtre, dont Balzac fait une « hyène » (113). Il est secrètement décidé à ne jamais reproduire l’erreur paternelle.

  • 17 Dans le Code des gens honnêtes (qui dans sa forme ini...

  • 18 Régime matrimonial dans lequel les biens de la femme ...

  • 19 Le notaire Solonet disait déjà à Mme Évangelista : « ...

14Brunner sitôt entré en scène, se déploient des saynètes, évidemment parisiennes, qui pourraient être provinciales ; c’est, sur le théâtre restreint du milieu de la bourgeoisie mise au premier plan par le régime de Juillet, la mise en scène du privé. Dès la proposition de Pons, le Président, qui ne veut donner sa fille « au premier venu », à quelque valétudinaire » (Brunner a quarante ans, 132), s’inquiète de prendre des renseignements (c’est un vieux thème balzacien, apparu dès 1825, sur lequel le romancier module de nombreuses variations dans son œuvre17). M. Camusot se rend donc chez Berthier, qui a fait venir Schwab, représentant et mandataire de Brunner. Le mariage est bien ici (et fort souvent dans La Comédie humaine) un marché, une affaire d’argent, mais aussi de vanité. Le père de Cécile discute régime dotal18, achat de douze cent mille francs de fermes et d’herbages par le prétendant autour de Marville, etc. (au point que Berthier se dit : « Il va bien, monsieur le Président », 133). Schwab, « ébloui d’une pareille alliance », en allemand si respectueux « des distinctions sociales » (133), accepte tout. Le président, de retour rue de Hanovre, « rendit ses deux femmes presque folles en leur apprenant ces nouvelles » (134). Pour la grande scène de la première rencontre, inopinée, la présidente sert d’habilleuse à sa Cécile. La toilette importe en effet énormément pour conquérir un prétendant19. « La présidente employa cinq jours à apprêter sa fille. Le jour de l’entrevue, elle [l’]habilla elle-même, elle l’équipa de ses mains [et ici apparaît une comparaison au premier abord étrange : elle révèle que le mariage est haute politique] avec le soin que l’amiral de la flotte bleue mit à armer le yacht de la reine d’Angleterre » partant pour l’Allemagne (134). Dans le musée Pons, Cécile use habilement de tout l’arsenal codifié des jeunes filles à marier et Brunner, fait essentiel, de demander à se présenter rue de Hanovre. Alors troisième étape (ou troisième acte) : les deux parents sont à la manœuvre. La présidente, de famille amie en maison connue (à commencer par les Popinot qui ont dédaigné l’alliance avec les Camusot), va évoquant le mariage prochain, d’abord jouant de l’allusion, puis tombant bientôt dans le dithyrambe : Brunner est si amoureux, si riche, si généreux et moralement élégant ! Deux jours plus tard, certains viennent complimenter la présidente « pour voir si la dent d’or existait ». Alors, note Balzac, elle « fit ces variations admirables [il les cite fort ironiquement] que les mères pourront consulter, comme autrefois on consultait le parfait secrétaire » (139). Quant au président, il décide le ministre de la justice et les plus hauts magistrats « à dîner chez lui le jour de la présentation du phénix des gendres » mais aussi (nouvelle revanche pour la présidente), le comte et la comtesse Popinot. Ils trouvent cela un peu cavalier, mais viennent en aide avec plaisir, car « en France on porte assez volontiers secours aux mères de famille qui pêchent un gendre riche » (140).

15Arrive le jour tant attendu, celui de la demande. « L’aspect d’une famille pendant une soirée pareille ne se décrit pas », écrit Balzac (142), et de fait le romancier est sobre et allusif. Cécile continue roueries et minauderies. Frédéric avait dit à Pons, après l’entrevue du musée : « la petite est insignifiante, la mère est un peu pincée … nous verrons » (138). Notons cependant qu’il n’avait jamais émis le désir de se marier : c’est son ami Schwab, qui craignant pour lui les errements de la vie de garçon richissime, avait pris l’initiative. Apparemment charmé, maintenant il trouve Cécile « adorable » (142). Mais ce faux naïf comprend autour de lui tous les sous-entendus, il est tout ouïe. Le cousin, toujours maladroit et spontané, remercie fort peu discrètement les Camusot de l’offre qui lui a été faite par Cécile d’une rente viagère. « Brunner qui » y vit « une prime, fit sur lui-même un retour israélite, et prit une attitude qui dénotait la rêverie plus que froide du calculateur » (142). Premier accroc. Puis il s’amuse à exciter les désirs de cette famille ignorante et intéressée en suggérant une valeur toujours plus grande de la collection Pons. Enfin il pose cette question tout à fait rassurante pour les présents : mademoiselle est fille unique ? La réponse donnée, il devient « soucieux », s’installe un « fatal silence » ; il « reste muet » (143). On fait sortir Cécile. Emmené à l’écart par le vieux Camusot, il lui raconte son histoire personnelle : la qualité de fille unique est pour lui « un empêchement absolu » (144). Il rentre dans la pièce et s’en va. Famille atterrée ; « Cécile se montra pâle comme une moribonde » (145). « Le président et sa femme [la] traînèrent dans un fauteuil où elle s’acheva de s’évanouir » (146). Aussitôt la présidente accuse Pons de malveillance et de cruauté, d’avoir tout machiné (les raisons de Brunner lui sont évidemment incompréhensibles, à elle personnellement, et à la société). Dès le lendemain, les Camusot prennent la décision héroïque de sacrifier toute leur fortune au mariage de Cécile. La présidente se rend donc auprès des Popinot. « Au prix où sont les biens en Normandie », la terre « représentait environ neuf cent mille francs, et l’hôtel de la rue de Hanovre était estimé deux cent cinquante mille francs. Aucune famille raisonnable ne pouvait refuser une pareille alliance » (148). On orchestre une campagne de dénigrement contre les Brunner, et tout le monde « connu » des Camusot se ligue pour accabler Pons : il devient pour toujours un perfide et un paria. Il tombe malade. Malgré sa faiblesse, il défend avec une étonnante lucidité sa liberté de testateur, en faveur de Schmucke. Son état savamment aggravé par les démons qui l’entourent, il meurt. On manœuvre Schmucke qui renonce à ses droits. Il meurt presqu’aussitôt.

Conclusion

  • 20 La ville de Provins, et les Rogron ses tuteurs au pre...

  • 21 « Théophile Gautier [I] » in « Critique littéraire »,...

16Le lecteur de La Comédie humaine a le sentiment que, surtout depuis Pierrette (1840)20, le pessimisme balzacien est allé croissant et trouve son expression paroxystique dans Le Cousin Pons, l’ultime œuvre achevée. Dans cette nuit si obscure, une toute petite lueur, quand passe, si fugitive, si marginale, la mère du docteur Poulain, et une grande figure lumineuse, impuissante, écrasée, Schmucke. Sans doute est-il absolument impropre à la vie banale, son monde est celui de la musique, la plus haute, la plus exquise ; il irrite, ou étonne, le romancier : c’est un mouton ; c’est aussi un enfant (il en a l’innocence, et parfois, si rarement, la rouerie). Surtout son « amour » pour son ami Pons est d’une pureté, d’un désintéressement, d’une ferveur, d’une intensité, d’une permanence vraiment admirables. Il serait prêt pour lui au sacrifice de sa vie. Il sera piétiné, lapidé. Il est aussi pour Balzac cet « agneau qui repose aux pieds de Dieu » (311). Pons a de grands talents, mais une faiblesse, un vice, sa gourmandise, qui l’entraînent loin ; il est enfin, pour sa succession, attaqué de toutes parts, grugé, tourmenté à mort. En fait autour des deux amis, c’est un pandemonium. De la loge du portier aux salons de la magistrature, en passant par boutiques et officines, et même à Francfort chez les Brunner, se masquent ou se dévoilent, se déchaînent, dans l’intimité du privé, vanités effrénées (tout est théâtre jusqu’au mariage), mesquineries funestes, manœuvres ignobles et savantes, le désir de parvenir à tout prix, le goût, l’esprit tyranniques du lucre. Néanmoins, sans conteste, madame Cibot, par exemple, malgré sa médiocrité, a une forme de grandeur dans le mal. « Chez Balzac, même les portières ont du génie », écrivait Baudelaire21, et cela vaudrait aussi pour un Fraisier. Avec maints autres, ils vivront dans l’impunité. Au cœur du privé (d’où l’importance capitale du mariage) est la question de la transmission des fortunes, et celle aussi de l’héritage : il est scandaleux, insupportable, que ce dernier ne revienne pas aux gens du même sang, même si les liens de parenté sont très éloignés, et passe à l’État ou à un « étranger ». Le Code, que par ailleurs Balzac juge si imparfait, a en tout cas cette vertu fondamentale, essentielle, de préserver le libre-arbitre de l’individu. Il a été strictement respecté par Pons et son testament est inattaquable. Mais ses volontés seront pourtant bafouées au profit de la famille. Ce qu’il faut, c’est contourner légalement la Loi.

Notes

1 Le ou les chiffres qui, dans le corps du texte, suivent une citation se réfèrent à la page, aux pages de l’édition de référence : Paris, Garnier-Flammarion, 1993. Les autres œuvres de Balzac sont citées dans l’édition de la « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1976-1981, en usant de l’abréviation suivante : Pl.

2 « Le jeune avocat sans causes, le jeune médecin sans clients sont les deux plus grandes expressions du Désespoir décent, particulier à la ville de Paris » (219).

3 Un couple comme celui que forment Pons et Schmucke est acceptable quand les effets de leur lien reste purement sentimental, mais il est à détruire absolument quand il cherche à exister contre les familles et sur le plan matériel.

4 Par ailleurs on entre chez Fraisier, l’avocat dont l’extrême saleté personnelle lui interdit, pour l’instant, tout mariage. Ce personnage, venimeux et sans cœur, éprouve pourtant une véritable, généreuse, active reconnaissance pour le docteur Poulain qui l’a guéri. « Quelques-unes de ces natures haineuses, âpres et disposées à la méchanceté par la souffrance ou la maladie, éprouvent les sentiments contraires, à un degré égal de violence » (269-270).

5 « Je n’ai pas d’enfant, et je puis le dire, c’est la faute à Cibot qui m’aime trop ; car si je voulais … » (195).

6 Comme par exemple, entre autres, Juana Diard (Les Marana) ou Mme de Mortsauf (Le Lys dans la vallée).

7 Paris comptait douze arrondissements, jusqu’en 1860. Le mariage du XIIIe, comme ici celui des Topinard, désignait le concubinage.

8 On peut se demander si l’idée d’intituler une œuvre Physiologie du mariage (1829) n’est pas née du titre donné par Brillat-Savarin à la sienne, Physiologie du goût, parue en 1825. Le romancier fit paraître en 1839 le Traité des excitants modernes (in Pathologie de la vie sociale, Pl., t. XII) en appendice à une nouvelle édition, chez Charpentier, de la Physiologie du goût et il cite à maintes reprises Brillat-Savarin dans La Comédie humaine.

9 M. Lucey, « Drôles de cousins » in Actes de la recherche en sciences sociales, « Homosexualités », 1998, 125, p. 51. Ce long et dense article traite d’abord du Cousin Pons puis de La Cousine Bette en examinant les conflits et les interactions entre hétéro et homosexualité (même latente). Il préfigure le livre du même auteur paru en 2008, Les Ratés de la famille : Balzac et les formes sociales de la sexualité (Paris, Fayard).

10 Ibid.

11 Peut-être ici est-il utile, pour apprécier la formule à sa juste valeur, éviter toute surinterprétation, de citer la phrase tout entière : « Ils croyaient fermement que la musique, la langue du ciel, était aux idées et aux sentiments ce que les idées et les sentiments sont à la parole, et ils conversaient à l’infini sur ce système, en se répondant l’un à l’autre par des orgies de musique pour se démontrer à eux-mêmes leurs propres convictions, à la manière de deux amants » (70).

12 Sa douleur est aussi violente que celle de Jacques Collin (Vautrin) face au cadavre de Lucien de Rubempré (Splendeurs et misères des courtisanes, Pl., t. VI, pp. 822 et 929).

13 M. Lucey, art. cit ., p. 51.

14 Avant d’œuvrer pour sa « cousine » Cécile, il a peut-être, à l’occasion des mariages, servi d’informateur : « il devint l’espion honnête et innocent détaché d’une famille dans une autre » (65).

15 Et en lui garantissant son héritage, ce qu’il réaffirme le jour de la présentation du prétendant.

16 Cécile, apprenant sa probable union avec Brunner, « était allée droit au fait, en s’enquérant de la manière dont [il] s’habillait, et lorsqu’elle eut conjecturé que Frédéric avait l’air distingué, elle admira [seulement alors] la générosité de son caractère [il avait donné cinq cent mille francs à son ami] ». Sa réaction est toute matérielle et futile : « Oh ! maman, j’aurai voiture et loge aux Italiens » (131).

17 Dans le Code des gens honnêtes (qui dans sa forme initiale date de 1825), où l’on sait que Balzac mit largement la main, on lit : « § 14 / Vous mariez votre fille à un honnête homme. / Il vous a juré n’avoir pas un sou de dette. / Quinze jours après le mariage la dot est mangée. / D’où cet aphorisme : mères ne soyez pas trop empressées de marier vos filles. / Un jour nous publierons l’art de prendre des renseignements » (in Œuvres diverses, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1996, t. II, p. 187).

18 Régime matrimonial dans lequel les biens de la femme se répartissent entre biens dotaux (dont le mari a l’administration et la jouissance) et biens extra-dotaux ou paraphernaux (dont la femme garde l’administration et la jouissance).

19 Le notaire Solonet disait déjà à Mme Évangelista : « La robe du contrat contient selon moi la moitié des donations ». Aussi habilla-t-elle même Natalie (Le Contrat de mariage (1836), Pl., t. III, p. 557).

20 La ville de Provins, et les Rogron ses tuteurs au premier chef, s’acharnent contre l’orpheline Pierrette Lorrain. Aucun de ceux, conclut Balzac, « qui ont trempé dans la mort de Pierrette n’a le moindre remords » (Pl., t. IV, p. 161).

21 « Théophile Gautier [I] » in « Critique littéraire », Œuvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1993, t. II, p. 120.

Pour citer cet article

Alex Lascar, «Le Cousin Pons, « scène de la vie privée »», Op. cit., revue des littératures et des arts [En ligne], « Agrégation 2019 », n° 19, automne 2018 , mis à jour le : 21/12/2018, URL : https://revues.univ-pau.fr/opcit/464.

Quelques mots à propos de :  Alex Lascar

Agrégé de lettres, Alex Lascar est l’auteur d’un doctorat d’état publié sous le titre : Les Problèmes du mariage dans le roman français (1825-1850) Les contemporains de Balzac, Stendhal et G. Sand (3 vol., Villeneuve d’Ascq, Éd. du Septentrion, 2000). Il est membre du Groupe d’Études Balzaciennes ainsi que du Groupe international de recherches balzaciennes. Il a publié de nombreux articles sur l’œuvre de Balzac, sur les romanciers de l’époque romantique, et des éditions critiques de G. Sand et des Goncourt aux éditions Champion.

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