XVIIIe siècle
Agrégation 2021
N° 21, automne 2020

Raphaëlle Brin

De l’inconstance : variations sur un thème casanovien

  • 1 J.‑C. Igalens, « “Un homme […] dont le grand système f...

  • 2 J. Sandeau, « Casanova », Dictionnaire de la conversat...

1Dans la notice « Casanova » qu’il rédige en 1834 pour le Dictionnaire de la conversation et de la lecture, le romancier Jules Sandeau envisage l’inconstance du Vénitien comme une disposition existentielle, dont le modèle serait à chercher dans la multiplicité de ses liaisons sentimentales : aux caprices du cœur répondraient ainsi l’inconséquence du discours et de la pensée de l’écrivain, comme les errances et l’instabilité de l’aventurier. Peu sensible aux enjeux d’un « mode d’être fondé sur la déprise1 », le sens de l’instant et la mobilité, Sandeau juge avec sévérité cette « âme avide de changements et de contraste », dont il déplore le manque de résolution et de fermeté. Casanova, assène‑t‑il, « n’est pas homme à poursuivre une idée, à l’atteindre, à s’y tenir : sans logique et sans volonté, plus mobile que la destinée qui l’entraîne, il porte dans toutes les conditions de la vie l’inconstance de ses amours2 ».

  • 3 Article « Inconstance », D. Diderot et J. d’Alembert, ...

  • 4 M. Leca‑Tsiomis, « La morale diderotienne dans l’Encyc...

2L’inconstance apparaît au xviiie siècle comme un thème littéraire récurrent, qu’interrogent et modulent sous des formes variées romans, essais ou comédies. Les lexicographes du temps la définissent comme une « légèreté trop grande », une « facilité à changer d’opinion, de résolution, de passion, de conduite, de sentiment » et enregistrent la connotation négative d’un terme qui « ne se prend qu’en mauvaise part » (Dictionnaire de l’Académie, 1762). Furetière y aperçoit un « vice de l’âme » (Dictionnaire universel, 1708), tandis que l’édition de 1740 du Dictionnaire de la langue française, ancienne et moderne de Richelet juge que « l’inconstance en amour mérite d’être blâmée ». L’article « Inconstance » de l’Encyclopédie, dû à Diderot, en propose une appréciation plus contrastée. S’il reconnaît à la variabilité des goûts une légitimité et un caractère « raisonnable » ou « nécessaire », l’écrivain met en garde contre « l’étrange dérèglement3 » auquel celle‑ci peut conduire dans les relations amicales ou amoureuses. L’énoncé de conseils et de remèdes contre l’inconstance transforme la réflexion lexicale en « véritable parénétique4 ».

  • 5 C. Crébillon, Lettres de la Marquise de M*** au Comte ...

  • 6 C.‑J. Dorat, Les Malheurs de l’inconstance, in Romans ...

3Les romans libertins envisagent l’inconstance comme une modalité dominante des rapports humains, et en font souvent l’objet d’un discours moral non dénué de pessimisme. Dans les Lettres de la marquise de M*** au comte de R*** (1732) de Crébillon, les affirmations de l’héroïne – qui juge que la « constance n’est qu’une chimère », étrangère aux lois de la « nature5 » – doivent ainsi être rapportées à sa perception d’une dégradation des relations amoureuses. Le roman témoigne des efforts déployés par la marquise pour dépasser ce jeu libertin au profit d’un amour véritable, qui se caractériserait par la fidélité et l’exclusivité. Les Malheurs de l’inconstance de Dorat (1772) illustrent le conflit du libertinage et de la vertu, et soulignent les conséquences dramatiques de l’inconstance : le roman se conclut par la mort – physique ou sociale – des protagonistes. La dernière lettre du comte de Mirbelle, annonçant au chevalier de Gérac son souhait de « s’ensevelir » à la campagne, formule explicitement une leçon morale dont l’œuvre serait dépositaire : « Puisse au moins mon exemple effrayer tous ceux qui se font un jeu de l’inconstance et de la perfidie ! Qu’ils me contemplent, ils frémiront et peut‑être ils seront corrigés6. »

« Je vous crois libertin, et inconstant » : inconstance et libertinage dans l’Histoire de ma vie

  • 7 Toutes les citations de l’Histoire de ma vie renvoient...

4L’Histoire de ma vie s’écrit à rebours de ces anathèmes. Imputant dans la préface de 1797 son « inclination à faire des nouvelles connaissances, autant que [sa] facilité à les rompre » à son « tempérament sanguin » (I, p. 107), Casanova inscrit d’emblée sa vie sentimentale sous le signe d’une fondamentale discontinuité. Il prend cependant soin de s’en justifier : la multiplication de ses liaisons amoureuses ne serait pas la conséquence de sa « légèreté », mais relèverait d’un choix concerté (« avec connaissance de cause », I, p. 11). La logique sérielle du récit autobiographique, reposant sur un jeu de répétitions et de variations, apparaît comme le pendant narratif de cette érotique de la pluralité.

5Précédé par sa réputation, le séducteur doit fréquemment se défendre de l’accusation d’inconstance, formulée à plusieurs reprises par les femmes qu’il croise au cours de ses voyages. « Je vous crois libertin, et inconstant », déclare ainsi en 1744 à Rome la marquise G. à ce jeune homme très entreprenant qui sollicite ses faveurs. « Je ne suis ni l’un, ni l’autre », rétorque Casanova, déjà tout entier à son désir d’ouvrir « à ses mains affamées » « le chemin à tout » (I, p. 282). Seize ans plus tard, à Aix‑en‑Savoie, l’aventurier déjoue un semblable reproche par un compliment galant : « la maîtresse du marquis s’attachant à mon bras me dit sans façon que j’avais la réputation d’un inconstant : la politesse veut que je lui réponde que je n’avais pas ce vilain défaut ; mais qu’en tout cas personne ne pourrait me le reprocher si j’avais l’honneur de servir une dame comme elle » (II, p. 555).

  • 8 A.‑R. Andréa de Nerciat, Félicia ou Mes fredaines, in ...

  • 9 J.‑J. Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, in Œuvre...

  • 10 G. Casanova, Examen des Études de la nature et de Pau...

  • 11 G. Casanova, Variante manuscrite de l’Examen des Étud...

  • 12 G. Casanova, Examen des Études de la nature et de Pau...

6Vécues dans toute l’intensité de l’instant, ses relations sont vouées à rester provisoires. Mû par une extraordinaire disponibilité sentimentale et sexuelle, le Vénitien cultive l’art de se dérober à tout engagement amoureux et passe d’une femme à l’autre sans jamais durablement s’y attacher. La multiplicité de ses partenaires, qu’elle soit simultanée ou successive, exorcise tout risque de fixation ou d’exclusivité. Chaque séparation est une promesse de renouveau : « J’ai aimé les femmes à la folie, mais je leur ai toujours préféré ma liberté. Lorsque je me suis trouvé dans le danger de la sacrifier, je ne me suis sauvé que par hasard » (I, p. 832). Les roués et les petits maîtres qui peuplent les romans du temps dissocient la séduction du sentiment pour ériger l’inconstance en principe. Casanova échappe au versant agressif de ce libertinage mondain. La multiplication des conquêtes n’obéit chez lui à aucune stratégie mais épouse le caractère fondamentalement fluctuant du désir, évoqué par Nerciat dans Félicia ou Mes fredaines (1775) : « Le parfait amour est une chimère. Il n’y a de réel que l’amitié, qui est de tous les temps, et le désir, qui est du moment […] Le désir est ordinairement inconstant, et s’éteint quand il ne change pas d’objet8 ». Le Vénitien demeure par ailleurs profondément étranger à l’exigence de fidélité que prônent les romans sentimentaux de son siècle. « L’inconstance et l’amour sont incompatibles », écrit Saint‑Preux à Julie dans La Nouvelle Héloïse, alors qu’il défend une nouvelle forme d’amour, épurée du désir et transfigurée par la mémoire. « L’amant qui change, ne change pas ; il commence ou finit d’aimer […] Nos amours, nos premières et uniques amours, ne sortiront jamais de mon cœur9». Peu sensible au lyrisme de ces serments éternels, Casanova ironise sur un amour délié de toute jouissance physique : « J.J. Rousseau, toujours admirable, apostropha l’homme en lui disant, homme, si tu désires jouir de l’objet que tu aimes, sache que tu ne l’aimes pas […] Un amant […] doit être toujours à plaindre si la jouissance de l’objet qu’il aime lui est défendue, et s’il ne la désire pas, il est convaincu qu’il ne l’aime pas10 ». La conclusion tragique de Paul et Virginie est prétexte à une condamnation sans appel : « M. de S[aint]‑P[ierre] dit qu’à l’enterrement de Virginie tous les garçons demandèrent à Dieu des amantes aussi constantes, et toutes les mères une fille comme elle. Les garçons devaient être des perfides égoïstes, et les mères toutes folles11 », commente le Vénitien. La cruelle fin de l’héroïne, restée « fidèle à Paul », disqualifie à ses yeux la leçon de cet « apologue fait à la gloire de la vertu12 », qu’il rejette au nom d’un impératif de bonheur.

  • 13 G. Poulet, « Casanova et le temps », Lettere italiane...

  • 14 M. Delon, « Casanova et le possible », Europe, n° 697...

  • 15 C. Martin, Espaces du féminin dans le roman français ...

7L’inconstance de Casanova témoigne d’un rapport spécifique au temps : Georges Poulet a souligné son obéissance au présent, comme le caractère isolé et morcelé des moments vécus. Casanova, précise‑t‑il, s’enchante de n’être « précédé ni limité par rien13 » : la perspective d’une liaison prolongée apparaît ainsi en contradiction avec son mode d’être dans le temps, défini par le refus de s’inscrire dans la durée et la jouissance de l’instant. La multiplication des aventures amoureuses relève en outre d’un certain rapport au possible, dont Michel Delon a fait une clé de lecture féconde de l’existence et de l’œuvre de Casanova14. Aucune femme ne saurait épuiser les virtualités de son sexe, ni aucune rencontre, celles de l’amour. Aussi les figures féminines qui mobilisent le plus intensément et le plus longuement la rêverie amoureuse de Casanova se singularisent‑elles par leur ambiguïté et leur puissance de métamorphose. Bellino‑Thérèse, Henriette, M.M. le séduisent par leur identité changeante et leur goût pour le travestissement. Commentant le « fantasme de pluralité » des libertins, Christophe Martin a montré que « l’essentiel […] est sans doute moins la multiplicité “réelle” de l’objet du désir que la possibilité de sa démultiplication, fût‑elle obtenue au prix de quelque artifice15 ».

8L’inconstance participe, enfin, d’une culture libertine des plaisirs, tout entière orientée vers leur diversification et leur accroissement. Dans une digression intégralement biffée, située au début du troisième tome de l’Histoire de ma vie, Casanova invite, non sans provocation, ses lecteurs à suspendre leur jugement et à se déprendre d’une doxa peu en prise avec le réel : « Cette constance qu’on qualifie de vertu, la trouvons‑nous parfaite ailleurs que dans les bordels ? Tenons‑nous sur nos gardes, et ne soyons pas tant faciles à décider. Songeons que le plus précieux de tous nos partages est le plaisir, et que si l’inconstance nous en procure, nous avons tort et nous ne devenons que des vrais ingrats lorsque nous en faisons la satire » (I, p. 685). Une note manuscrite retrouvée à Dux module ces considérations. Faisant écho aux réflexions théoriques sur le passage du « besoin » au « plaisir » esquissées par le mémorialiste peu avant l’épisode des amours avec M.M. (I, p. 1021‑1023), elle propose, à la faveur d’une comparaison récurrente sous la plume du Vénitien entre l’alimentation et la sexualité, une réflexion sur la variabilité des objets de désir :

  • 16 G. Casanova, Archives d’État de Prague, Marr 16K63.

Le sexe féminin est à la concupiscence de l’homme, comme le manger est à la nécessité qu’il a de se nourrir. Malgré qu’il pourrait se nourrir d’un seul mets, il en veut cent sous des différentes figures : la nourriture est la même ; mais il ne s’en aperçoit qu’après. En mangeant les différents ragoûts il a toujours senti un plaisir différent. Il en est de même dans la jouissance amoureuse. Chaque femme est un ragoût différent de l’autre. Le fait est le même ; mais on ne le voit bien qu’après. On appelle cela de l’inconstance, et cela peut être ; mais elle est égale à la friandise. On se trompe souvent dans l’un, et dans l’autre ; mais on ne se trompe pas dans le plaisir qu’on se procure, car il est toujours réellement différent16.

  • 17 N. Trublet, Essais sur divers sujets de littérature e...

9Que la singularité de la femme aimée puisse au fond n’être qu’illusoire importe peu : le caractère unique de chaque rencontre autorise une différenciation des plaisirs, que le séducteur sait apprécier en connaisseur. Le friand, capable de finesse dans ses choix et caractérisé par son amour des bons morceaux, se distingue du « glouton » comme le libertin s’oppose au « paillard » (I, p. 685). L’inconstance est un symptôme privilégié de l’empressement du Vénitien à « passer d’une jouissance à l’autre » comme de son ingéniosité à « en inventer » (I, p. 10). Nicolas Trublet, dans ses Essais sur divers sujets de littérature et de morale (1735), soulignait déjà la capacité de l’inconstant à se procurer des « plaisirs continuels et toujours vifs », pour en faire une des clés du bonheur : « L’inconstant ne prend que la fleur des choses. Il écrème les objets. Rien ne s’use pour lui et il ne s’use pour rien. L’inconstant qui change souvent de goûts est toujours heureux, comme le riche qui change souvent d’habits est toujours propre17 ».

  • 18 Voir par exemple t. I, p. 108 et p. 883, et t. III, p...

10Un terme résume, sous la plume de Casanova, cet instinct exploratoire et cette appétence pour la nouveauté : la « curiosité », qui articule désir de savoir (libido sciendi) et concupiscence (libido sentiendi). L’écrivain, qui la tient pour une « belle qualité de l’esprit » autant que pour une passion des sens dérivant « des perceptions et des sensations » (II, p. 704), en fait l’un des principaux ressorts du sentiment amoureux. Relatant les prémices de sa liaison avec la jeune Barberine, sœur de sa précédente maîtresse « cédée » à Murray, l’ambassadeur d’Angleterre à Venise, il lie explicitement l’inconstance à la curiosité : « Cette fille aussi jolie que sa sœur, quoique dans un autre genre, commença par exciter ma curiosité. C’est la curiosité qui rend inconstant un homme habitué dans le vice » (I, p. 1153). Le séducteur sait par expérience que la sexualité est toujours jouissance du même : il en résume de façon récurrente le principe par l’adage « sublata lucerna nullum discrimen inter mulieres » [une fois la lampe emportée toutes les femmes se ressemblent18]. Or si ce « proverbe » est « vrai pour ce qui regarde la jouissance matérielle », il lui apparaît « faux, et très faux pour ce qui regarde l’amour » (I, p. 577). L’inépuisable diversité des visages féminins, comme la variété des caractères, suscitent en effet le renouvellement perpétuel du désir et du sentiment : « Si toutes les femmes avaient la même physionomie, et le même caractère dans l’esprit, l’homme, non seulement ne deviendrait jamais inconstant, mais pas même amoureux. Il en prendrait une par instinct, et il se contenterait d’elle seule jusqu’à la mort. L’économie de notre monde serait une autre » (I, p. 1153). La séduction ne relève pas d’un calcul : elle n’est que la réaction spontanée de l’individu à ce qui attise sa curiosité. Le passage s’achève par une méditation sur le fonctionnement du désir, ses liens avec l’imagination et l’illusion sensible : « La nouveauté est le tyran de notre âme : nous savons que ce qu’on ne voit pas est à peu près la même chose ; mais ce que [les femmes] nous laissent voir nous fait croire le contraire ; et cela leur suffit. Avares par nature de nous laisser voir ce qu’elles ont de commun avec les autres, elles forcent notre imagination à se figurer qu’elles sont tout autre chose » (ibid.).

11Ce discours démystificateur trouve un écho, quelques centaines de pages plus tard, dans une longue digression qui interrompt la narration du séjour de Casanova en Suisse. L’absence de désir du héros pour une belle servante dans les bains de Berne offre matière à une curieuse réflexion sur la nudité et la coquetterie, puis sur le rôle déterminant de la « physionomie » dans la naissance du sentiment amoureux. Inversant l’importance relative du corps et du visage, le libertin s’interroge : « Ne serait‑il pas plus naturel et plus conforme à la raison, et ne vaudrait‑il pas mieux aller toujours avec le visage couvert, et le reste tout nu, et devenir amoureux ainsi d’un objet, ne désirant autre chose pour couronner notre flamme qu’une physionomie qui répondrait aux charmes qui nous auraient déjà fait devenir amoureux ? » (II, p. 441‑442). Sa rêverie se conclut par une affirmation qui reprend de près les considérations du troisième tome : « Il est d’ailleurs évident, et incontestable que l’inconstance en amour n’existe qu’à cause de la diversité des figures. Si on ne les voyait pas, l’homme se conserverait toujours amoureux constant de la première qui lui aurait plu » (II, p. 442).

Les « serments d’une constance éternelle »

  • 19 C. Thomas, Casanova. Un voyage libertin, Paris, Galli...

  • 20 M. Delon, « Casanova et le possible », art. cit., p. ...

12Si Casanova tient les promesses de « constance éternelle » pour des « serments absurdes que l’homme n’est pas en état de faire à la plus belle de toutes les femmes » (I, p. 305), il n’hésite cependant pas à y recourir pour obtenir les faveurs de ses maîtresses, s’étourdissant de ces déclarations sans que celles‑ci outrepassent « le pur enthousiasme d’une énergie exclamative19 ». La critique a souligné la récurrence de ce schème narratif : Casanova, écrit Michel Delon, « envisage sans cesse des mariages et des engagements dont la seule idée donne une intensité particulière à l’instant et exalte l’étreinte d’un moment20 ». Les exemples de tels serments sont nombreux et scandent l’Histoire de ma vie : le Vénitien jure à Tonine « d’être à elle jusqu’à [sa] mort » (I, p. 1131) ; il assure quelques jours plus tard sa sœur cadette « d’un amour éternel » (I, p. 1156) ; promet à la Baret une « constance éternelle » (II, p. 250) ; déclare à la marquise Q…, qui lui demande si ses sentiments sont assez forts pour le fixer à Milan auprès d’elle, qu’il se croit « amoureux d’[elle] à perpétuité » (II, p. 1026)… Renvoyant le Vénitien à ses contradictions, cette dernière refuse d’être la dupe de ces beaux discours, dont elle pointe le caractère stratégique : « Je suis sûre que vous avez dit cela à mille filles, et que vous les avez méprisées après qu’elles vous ont trouvé digne de leur cœur » (ibid.). La simultanéité de ses liaisons n’empêche pas Casanova de réitérer ses gages amoureux : épris de la nonne M.M., qu’il fréquente dans un casin vénitien, il ne manque pas d’assurer C.C. enfermée au couvent « que le goût qu’[il a] pris pour sa chère amie ne préjudici[e] en rien à la constance de [sa] passion pour elle » (I, p. 1065).

  • 21 D. Diderot, Les Bijoux indiscrets, in Œuvres complète...

  • 22 J.‑C. Igalens, Casanova. L’écrivain en ses fictions, ...

13« Beaucoup de serments, et point de sincérité », résume le Sélim des Bijoux indiscrets de Diderot (1748), alors qu’il évoque les multiples conquêtes de sa jeunesse. À la favorite qui désire savoir s’il a « jamais aimé », il rétorque n’en avoir « voul[u] qu’au plaisir et à celles qui [lui] en promettaient21 ». Aux yeux de Casanova, l’inconstance et le manquement à la foi jurée ne contreviennent pourtant ni à l’intensité de l’amour dans son actualité, ni à son authenticité. La vérité ou la fausseté de la parole proférée importent moins que l’intention de l’énonciateur et que l’inscription de la relation dans le temps. Jean‑Christophe Igalens a montré comment l’Histoire de ma vie met en scène la « vanité d’une éthique de la promesse », délestée du poids de l’engagement : « Les amants sont moins dupes l’un de l’autre qu’ils ne partagent une illusion22 », susceptible de produire les conditions nécessaires au plein épanouissement de la jouissance, aussi éphémère soit‑elle. L’absence d’intention agressive ou manipulatrice innocente le Vénitien et le distingue du « séducteur de profession », qui lui apparaît comme un « homme abominable, ennemi foncièrement de l’objet sur lequel il a jeté le dévolu » (III, p. 999). Insistant sur sa bonne foi et sur le caractère illusoire des serments d’amour, le narrateur se dédouane de toute responsabilité, comme en témoigne par exemple son dialogue à Milan avec la Q…, sensible aux sinuosités déroutantes de son argumentaire :

— Le plaisant de la chose est que vous me trompez sans le savoir, s’il est vrai que vous m’aimez.
— Tromper quelqu’un sans le savoir, c’est pour moi du nouveau. Si je ne le sais pas, je suis innocent.
— Mais vous ne me trompez pas moins, si je vous crois, car vous ne serez pas le maître de m’aimer quand vous ne m’aimerez plus.
— C’est entre les possibles, mais je rejette cette idée empoisonneuse. (II, p. 1026)

14L’infidélité envers C.C., recluse à Murano, est mise par le libertin sur le compte d’un instinct de survie auquel la jeune femme – ultime bénéficiaire de son choix – ne manquera pas à ses yeux d’adhérer : « Il me semblait qu’une infidélité de cette espèce, si elle eût pu parvenir à la découvrir, n’aurait pas pu lui déplaire, parce qu’elle n’était propre qu’à me maintenir en vie, et par conséquent à me conserver pour elle » (I, p. 1008). Le non‑respect de son engagement auprès de Barberine, et d’une promesse proférée « certainement sans intention de la tromper », n’est pas non plus de son ressort : « ce que la destinée me préparait, constate rétrospectivement l’écrivain, ne pouvait pas se combiner avec mes projets » (I, p. 1156). Casanova confie parfois à un personnage féminin le soin de le disculper, comme l’illustre l’épisode de ses amours avec Christine. La relation avec cette jeune paysanne est exemplaire de sa tendance à déléguer à un autre celles qu’il a promis d’épouser. Après l’avoir séduite, il gratifie la jeune femme d’un « sermon sentimental et paternel » dans la perspective de ses noces :

La fin de mon discours fut pathétique et mortifiante pour moi, puisque lui insinuant le devoir de fidélité j’ai dû lui demander pardon de l’avoir séduite, et trompée. Elle m’interrompit alors pour me demander si quand je lui ai promis de l’épouser la première fois après la faiblesse que nous avions eue de nous rendre à l’amour j’avais eu intention de lui manquer de parole, et m’entendant lui répondre que non, elle me dit que je ne l’avais donc pas trompée ; mais qu’au contraire elle devait m’être reconnaissante [… car] j’avais pensé à lui trouver un mari plus sûr […]. (I, p. 543)

  • 23 Article « Amour des sexes », D. Diderot et J. d’Alemb...

15La sincérité du sentiment amoureux comme la bonne foi momentanée du séducteur disqualifient l’accusation d’inconstance, qui ne saurait dès lors être prise au tragique : « Je ris quand j’entends certaines femmes appeler perfides des hommes qu’elles accusent d’inconstance. Elles auraient raison si elles pouvaient prouver que quand nous leur jurons constance nous avons l’intention de leur manquer. Hélas ! Nous aimons sans consulter la raison, et elle ne s’en mêle pas davantage quand nous finissons d’aimer » (I, p. 1160). Soulignant par l’italique que l’individu n’a guère de prise sur l’évolution de ses propres émotions, le mémorialiste retrouve l’argumentation ébauchée dans l’article « Amour des sexes » de l’Encyclopédie, qui stipule : « Comme on n’est jamais en liberté d’aimer ou de cesser d’aimer, l’amant ne peut se plaindre avec justice de l’inconstance de sa maîtresse, ni elle de la légèreté de son amant23 ».

16L’Histoire de ma vie fait cependant entendre l’asymétrie qui structure les rapports entre les sexes. Si l’inconstance casanovienne s’exerce dans un climat de joyeuse insouciance, plusieurs pages des Mémoires relaient les récriminations du héros contre l’infidélité de ses anciennes maîtresses, jugées coupables de s’être promises à un autre. L’annonce des noces de Mlle de la M—re avec M. Corneman provoque fureur et désirs de vengeance : « Je fus sûr que son âme inconstante était devenue amoureuse du marchand. Cette imagination me détermina à aller le tuer […] Cet ange me semblait un monstre que je devais haïr, ou une inconstante que je devais punir » (II, p. 64). La lettre de rupture de Manon Balletti, qui évoque son futur mariage avec l’architecte Blondel et enjoint à son ancien amant de ne plus la fréquenter, attise chez le Vénitien une semblable colère. L’idéal libertin d’une « circulation » des femmes laisse place à des fantasmes de propriété et d’exclusivité : « Je me suis mis à écrire à l’infidèle, déchirant toujours ma lettre après l’avoir écrite […] J’ai décidé d’aller à Paris pour tuer ce Blondel que je ne connaissais pas, et qui avait osé épouser une fille qui m’appartenait, et qu’on croyait ma femme […] J’ai passé toute la journée à écrire, et à relire les lettres de la perfide » (I, p. 292). Dans l’un et l’autre cas cependant, le narrateur prend ses distances avec ces accès de fureur spontanés, qu’il impute à la déraison.

L’Icosameron ou l’utopie matrimoniale

  • 24 G. Casanova, Icosameron ou Histoire d’Édouard et d’Él...

  • 25 Ibid., p. 282‑283.

  • 26 Ibid., p. 176.

  • 27 Ibid., t. II, p. 316.

17Les réflexions autobiographiques de Casanova sur l’inconstance gagnent à être comparées à l’utopie matrimoniale et procréatrice mise en scène quelques années plus tôt dans l’Icosameron, un volumineux roman qu’il publie à Prague en 1788. L’ouvrage relate à la première personne les aventures du narrateur Édouard et de sa sœur Élisabeth, projetés à la suite d’un naufrage au sein du « Protocosme », un univers souterrain qui abrite les Mégamicres, des êtres androgynes et multicolores échappant à la différence sexuée comme au poids du péché originel. La fidélité et « l’exclusion de qui que ce soit aux privautés dépendantes du droit conjugal24 » caractérisent les relations de ces créatures utopiques, qui vivent en couple d’« inséparables » jusqu’à leur mort : « Ces deux Mégamicres, rapporte le narrateur, sont amoureux l’un de l’autre à un degré dont vous ne sauriez imaginer le plus haut. Élevés l’un près de l’autre, informés qu’ils sont nés pour s’appartenir mutuellement jusqu’au dernier moment de leur vie, enflammés par la nature même de ce désir […], imaginez‑vous, de grâce, le feu de l’amour de ces deux êtres, car il est impossible que je vous en fournisse l’idée25 ». La « curiosité », tenue par le mémorialiste pour le ferment même de l’inconstance, constitue significativement le vice suprême au sein du Protocosme. L’organisation amoureuse édictée par Édouard au sein de la société des Géants suppose un même impératif d’exclusivité. Unissant chaque année des couples de jumeaux – tous issus, à des degrés divers, de son union originelle avec sa sœur – le « patriarche » leur insinue la nécessité d’une « fidélité réciproque que les époux se doivent à l’exclusion de tout autre être » : « par un préjugé que j’ai volontiers laissé courir, précise‑t‑il, ils ont toujours cru […] que leur union est un lien inviolable auquel la nature même les a destinés lorsqu’elle les a fait naître ensemble, et je me suis bien gardé de leur dire que la chose se passe tout autrement en Angleterre26 ». Cette mécanique bien huilée se heurte cependant à l’apparition du « libertinage » dans le royaume souterrain : contrevenant à leurs vœux nuptiaux, des « Mégamicres séducteurs27 » s’éprennent de Géants, qui délaissent eux‑mêmes leurs épouses. Le « désordre » est de courte durée : les manœuvres d’Édouard pour y mettre un terme s’écrivent à rebours des variations libertines de l’Histoire de ma vie. La prégnance, dans l’Icosameron, de ce discours moralisateur fort éloigné des préoccupations du Vénitien participe à la lourdeur parfois déconcertante de l’œuvre et n’est sans doute pas étrangère à sa piètre réception.

L’inconstance des Français

  • 28 G. Casanova, Quelques remarques au sujet du « Coup d’...

  • 29 G. Casanova, Confutazione della storia del governo ve...

  • 30 G. Casanova, Quelques remarques au sujet du « Coup d’...

  • 31 B.‑L. de Muralt, Lettres sur les Anglais et les Franç...

  • 32 Article « Transfuge », D. Diderot et J. d’Alembert, E...

18Une ville se détache, dans la géographie personnelle du Vénitien, comme un symbole d’inconstance : Paris, où « tout court après la nouveauté » (p. 725), où les amours durent le temps d’une curiosité, où le libertinage déjoue la rigidité de l’ordre matrimonial. La capitale française consonne avec les dispositions intimes de l’écrivain : il en aime jusqu’au « climat fou28 », « capricieux et inconstant29 » qui lui plaît davantage que « celui de Rome30 ». Ses considérations récurrentes sur l’inconséquence et la légèreté des Français font écho aux discours du temps et relèvent d’une caractérologie nationale fortement balisée. Dans ses Lettres sur les Anglais et les Français (1725), le Suisse Béat‑Louis de Muralt juge ainsi que la nation française est « plus que toutes les autres […] sujette au changement et sensible à la nouveauté31 ». Dans l’article « Transfuge » de l’Encyclopédie, attribué à Saint‑Lambert, une réflexion sur les causes de la désertion militaire offre prétexte à une digression sur « la légèreté et l’inconstance qui entrent pour beaucoup dans le caractère du Français » : « Comptez‑vous pour rien cette inquiétude machinale, ce besoin de changer de lieu, d’occupation, d’état même ; ce passage fréquent de l’enjouement au dégoût, qualités plus communes chez eux que chez tous les peuples de l’Europe32 ? », interroge le lexicographe.

  • 33 G. Casanova, Raisonnement d’un spectateur sur le boul...

  • 34 Ibid., f°8.

19Une section du Raisonnement d’un spectateur sur le bouleversement de la monarchie française par la révolution de 1789, manuscrit inachevé d’une cinquantaine de pages que Casanova compose à Dux vers 1794, brosse le portrait du peuple français sous l’angle des mœurs. « Légers », « inconstants », « inconséquents » et « frivoles », les Français se singularisent par leur profonde versatilité : « Aucun, précise l’écrivain, n’a dans un âge avancé les mêmes principes qu’il avait étant jeune33 » – les dévots deviennent libertins ; les dissipateurs, avares ; quant aux courtisans, ils finissent leurs jours dans une retraite campagnarde… Cette variabilité se retrouve dans l’ordre des passions et du sentiment amoureux. Les premières, explique Casanova, « ne sont impétueuses dans le Français que parce qu’elles n’ont pas assez de force pour durer longtemps : elles se laissent toujours remplacer par une ou nouvelle ou renaissante ; et quand elles cessent d’être en vigueur, ce n’est jamais l’entendement qui les a domptées ; mais elles n’ont cessé d’agir que par faiblesse de l’individu qu’elles envahissent, ou à cause de sa naturelle inconstance34 ».

20Le passage du temps et la Révolution exhibent le revers grimaçant de cette inconstance. En 1762, l’aventurier retourne brièvement à Paris, douze ans après son premier voyage, et trois ans après son dernier séjour. La capitale le déroute par ses transformations rapides : « Tel était Paris de mon temps. Les changements qui s’y faisaient en filles, en intrigues, en principes allaient aussi rapidement que les modes » (II, p. 852). Cinq ans plus tard, les métamorphoses urbaines et sociales se colorent d’une teinte mélancolique : « Paris me parut un nouveau monde […] Mes vieilles connaissances avaient changé de maison, ou de fortune […] J’ai trouvé non seulement des nouveaux bâtiments qui ne me laissaient plus connaître les rues, mais des rues neuves toutes entières, et si singulièrement composées dans leur architecture que je m’y perdais. Paris me paraissait devenu un labyrinthe » (III, p. 524). L’appétit de découverte du Vénitien se mue en errance : longtemps lieu d’élection, la ville lui est devenue étrangère.

  • 35 G. Casanova, Raisonnement d’un spectateur sur le boul...

  • 36 Sur ce point, voir J.‑C. Igalens, « “Un homme […] don...

21L’inconséquence et la superficialité des Français se brisent quant à elles sur la violence révolutionnaire, qui en révèle les potentialités destructrices. L’Histoire de ma vie, le Raisonnement d’un spectateur ou la lettre À Leonard Snetlage (1797) fustigent avec virulence la versatilité d’un peuple « étourdi » et oublieux du passé, « car ou il n’a pas de mémoire, ou il ne se soucie pas de savoir ce qui n’est plus35 ». Le mémorialiste relit, à la fin du troisième tome de l’Histoire de ma vie, l’amour prétendu des Français pour leur Roi à la lueur des troubles politiques contemporains à la rédaction de son récit. Les exactions de la Révolution lui apparaissent comme une manifestation tragique et exacerbée du caractère national, qui dit une continuité par‑delà la cassure historique : « Mais dans le fond, les Français sont toujours les mêmes. Cette nation est faite pour être toujours dans un état de violence : rien n’est vrai chez elle : tout n’est qu’apparent. C’est un vaisseau qui ne demande que d’aller, et qui veut du vent, et le vent qui souffle est toujours bon. Aussi un navire est‑il les armes de Paris » (I, p. 1313). Par un effet de coïncidence involontaire, ces lignes apparaissent comme une nouvelle modulation du lien électif qui unit Casanova à la capitale française. On peut en effet y entendre un écho de la préface de 1797, dans laquelle l’écrivain, recourant à la même métaphore, exposait son art de la déprise et son ouverture aux possibles36 : « Le lecteur qui aime à penser verra dans ces mémoires que n’ayant jamais visé à un point fixe, le seul système que j’eus, si c’en est un, fut celui de me laisser aller où le vent qui soufflait me poussait » (I, p. 5).

Notes

1 J.‑C. Igalens, « “Un homme […] dont le grand système fut de n’en avoir aucun” : système et récit de soi dans l’Histoire de ma vie de Giacomo Casanova », dans É. Pavy‑Guilbert et S. Marchand (dir.), L’Esprit de système au xviiie siècle, Paris, Hermann, 2017, p. 191‑201, p. 190.

2 J. Sandeau, « Casanova », Dictionnaire de la conversation et de la lecture, Paris, Belin‑Mandar, 1834, t. xi, p. 246.

3 Article « Inconstance », D. Diderot et J. d’Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers par une société de gens de lettres, édition de Paris, 1765, t. VIII, p. 654.

4 M. Leca‑Tsiomis, « La morale diderotienne dans l’Encyclopédie n’est pas où on l’attend », Cultura, vol. 34, 2015, p. 19‑30, p. 20.

5 C. Crébillon, Lettres de la Marquise de M*** au Comte R*** (1732), Paris, Desjonquères, 2010, lettre XII, p. 47.

6 C.‑J. Dorat, Les Malheurs de l’inconstance, in Romans libertins du xviiie siècle, éd. R. Trousson, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 1047.

7 Toutes les citations de l’Histoire de ma vie renvoient à l’édition de J.‑C. Igalens et É. Leborgne, Paris, Robert Laffont, 2013‑2018. Les chiffres romains renvoient aux différents volumes.

8 A.‑R. Andréa de Nerciat, Félicia ou Mes fredaines, in Romans libertins du xviiie siècle, éd. R. Trousson, Paris, Robert Laffont, 1993, p. 1089.

9 J.‑J. Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1964, t. II, p. 675.

10 G. Casanova, Examen des Études de la nature et de Paul et Virginie de Bernardin de Saint‑Pierre, éd. M. Leeflang et T. Vitelli, Utrecht, « Documents casanoviens », 1985, p. 78.

11 G. Casanova, Variante manuscrite de l’Examen des Études de la nature et de Paul et Virginie de Bernardin de Saint‑Pierre, Archives d’État de Prague, Marr 28‑2, f°65.

12 G. Casanova, Examen des Études de la nature et de Paul et Virginie de Bernardin de Saint‑Pierre, op. cit., p. 77.

13 G. Poulet, « Casanova et le temps », Lettere italiane, XVIII, n° 4, 1966, p. 342.

14 M. Delon, « Casanova et le possible », Europe, n° 697, mai 1987, p. 41‑50.

15 C. Martin, Espaces du féminin dans le roman français du xviiie siècle, Oxford, Voltaire Foundation, 2004, p. 439.

16 G. Casanova, Archives d’État de Prague, Marr 16K63.

17 N. Trublet, Essais sur divers sujets de littérature et de morale, Paris, chez Briasson, 1735‑1738, t. III, p. 359‑360.

18 Voir par exemple t. I, p. 108 et p. 883, et t. III, p. 576.

19 C. Thomas, Casanova. Un voyage libertin, Paris, Gallimard, 1998, p. 110.

20 M. Delon, « Casanova et le possible », art. cit., p. 49.

21 D. Diderot, Les Bijoux indiscrets, in Œuvres complètes, éd. H. Dieckmann, J. Proust et J. Varloot, Paris, Hermann, 1975 et suiv., t. III, p. 87.

22 J.‑C. Igalens, Casanova. L’écrivain en ses fictions, Paris, Classiques Garnier, 2011, p. 331.

23 Article « Amour des sexes », D. Diderot et J. d’Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers par une société de gens de lettres, op. cit., t. I, p. 369.

24 G. Casanova, Icosameron ou Histoire d’Édouard et d’Élisabeth qui passèrent quatre vingts un ans chez les Mégamicres […], Montréal, Saint‑Germain Morya, t. I, p. 279.

25 Ibid., p. 282‑283.

26 Ibid., p. 176.

27 Ibid., t. II, p. 316.

28 G. Casanova, Quelques remarques au sujet du « Coup d’œil sur Beloeil » du Prince de Ligne, Liège, Éditions Dynamo, 1962, p. 10.

29 G. Casanova, Confutazione della storia del governo veneto d’Amelot de la Houssaie, divisa in tre parte, Amsterdam [Lugano], Pietro Mortier, 1769, t. I, p. 74 (« capriccioso ed incostante »).

30 G. Casanova, Quelques remarques au sujet du « Coup d’œil sur Beloeil » du Prince de Ligne, op. cit., p. 10.

31 B.‑L. de Muralt, Lettres sur les Anglais et les Français [1725], Berne, Le Soudier, 1897, p. 166.

32 Article « Transfuge », D. Diderot et J. d’Alembert, Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers par une société de gens de lettres, op. cit., t. XVII, p. 833.

33 G. Casanova, Raisonnement d’un spectateur sur le bouleversement de la monarchie française par la révolution de 1789, Archives d’État de Prague, Marr 29‑2, f°6.

34 Ibid., f°8.

35 G. Casanova, Raisonnement d’un spectateur sur le bouleversement de la monarchie française par la révolution de 1789, Archives d’État de Prague, Marr 1‑5, f°14.

36 Sur ce point, voir J.‑C. Igalens, « “Un homme […] dont le grand système fut de n’en avoir aucun” : système et récit de soi dans l’Histoire de ma vie de Giacomo Casanova », art. cit.

Pour citer cet article

Raphaëlle Brin, «De l’inconstance : variations sur un thème casanovien», Op. cit., revue des littératures et des arts [En ligne], « Agrégation 2021 », n° 21, automne 2020 , mis à jour le : 30/11/2020, URL : https://revues.univ-pau.fr:443/opcit/index.php?id=591.

Quelques mots à propos de :  Raphaëlle Brin

Agrégée de lettres modernes, Raphaëlle Brin enseigne la littérature française à l’Université de Kyoto. Elle a consacré une thèse et plusieurs articles à l’œuvre polygraphique de Giacomo Casanova et coordonné le volume collectif « Écrire à tort et à travers » : Casanova (Classiques Garnier, 2016). Dans le cadre d’un projet dirigé par Jean‑Christophe Igalens et Érik Leborgne, elle collabore actuellement à l’édition critique de textes inédits ou peu accessibles de l’écrivain.

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